Afrique

9è conférence du Rapdp : bâtir une gouvernance unifiée des données africaines

Par Yaya Kanté18 mai 2026

Face aux géants mondiaux de la tech, l’Afrique s’organise pour reprendre le contrôle de ses données. La 9è conférence du Réseau africain des autorités de protection des données personnelles (Rapdp) s’est ouverte le lundi 18 mai 2026 à Abidjan, en présence du ministre ivoirien de l’Intérieur et de la sécurité, Vagondo Diomandé. 24 délégations africaines sont réunies jusqu’au 21 mai pour tenter de définir un cadre législatif harmonisé mais adapté aux réalités du continent.

Créer cadre africain unifié de la donnée

Le constat dressé par les participants est sans concession. Si plus de 35 pays africains ont déjà légiféré sur la protection des données, cette profusion de textes crée un paysage réglementaire morcelé. « Cette fragmentation fragilise les flux transfrontaliers et ralentit la construction d’une véritable souveraineté numérique africaine », a martelé le ministre ivoirien de la Transition numérique et de l’Innovation technologique, Djibril Ouattara.

La 9è conférence du Réseau africain des autorités de protection des données personnelles (Rapdp) s’est ouverte le lundi 18 mai 2026 à Abidjan. © DR

Pour l’écosystème technologique continental, l’enjeu consiste désormais à bâtir un cadre réglementaire unifié. L’ambition affichée n’est pas de copier le Règlement général sur la protection des données (Rgpd) européen, mais de s’en inspirer pour concevoir un modèle calibré pour les réalités de l’Afrique.

Réguler sans bloquer l’innovation

La donnée personnelle n’est plus une simple question juridique. C’est une question de sécurité. Roger Félix Adom, le tout nouveau président du Conseil de régulation de l’Artci, a été explicite sur ce point. « La donnée personnelle n’est pas une ressource comme les autres. Elle touche à la personne humaine, à sa vie privée, à son identité, à sa dignité, à sa liberté, à sa sécurité. », a-t-il déclaré.

L’un des principaux points de friction pour les décideurs est de trouver le point d’équilibre entre sécurité et compétitivité. À l’heure où l’intelligence artificielle et l’explosion du commerce en ligne redéfinissent l’économie, la régulation est trop souvent perçue comme un frein au développement des start-up.

La 9è conférence du Réseau africain des autorités de protection des données personnelles (Rapdp) s’est ouverte le lundi 18 mai 2026 à Abidjan. © DR

Une vision contestée par Roger Félix Adom : « Réguler ne signifie pas bloquer ou ralentir. Réguler signifie créer un cadre clair, équitable, protecteur et prévisible.» Ce cadre, précise-t-il, doit permettre aux innovateurs d’innover, aux entreprises de se développer, aux administrations de se moderniser tout en protégeant les citoyens. Dans cette optique, l’autorité ivoirienne entend actionner un double levier, s’affirmer comme le garant de la vie privée des citoyens tout en agissant comme un partenaire de conformité pour l’ensemble des acteurs.

La Côte d’Ivoire, modèle à dupliquer

Le bilan ivoirien présenté lors de la conférence est programmatique : loi 2013-2030, campagnes de sensibilisation dès 2015, contrôles de conformité en 2022, forum national en 2023, normes simplifiées en 2025, fichier national des correspondants en 2026.

Fort de son arsenal juridique et de sa feuille de route, la Côte d’Ivoire ne cache pas son ambition de devenir le centre névralgique de la confiance numérique en Afrique de l’Ouest d’ici 2030. Mais au-delà du cas ivoirien, c’est un changement de paradigme global qui se dessine à Abidjan.

Le continent ne veut plus se cantonner au rôle de simple marché de consommation pour les technologies étrangères . Il s’agit maintenant de transformer la “Déclaration Finale d’Abidjan”, attendue ce mercredi 20 mai, en un véritable outil de diplomatie numérique capable de faire de l’Afrique un producteur de normes de référence.

Yaya K

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