Opinion

Alliance des États du Sahel: un étendard commun dans un contexte de fragilité sécuritaire et économique

Par La Rédaction31 décembre 2025

Le 20 décembre 2025, les autorités de transition du Mali, du Burkina Faso et du Niger ont procédé à la remise officielle de l’étendard de la force unifiée de l’Alliance des États du Sahel (AES). La cérémonie, organisée en présence de responsables militaires et de représentants des trois États, se voulait un marqueur symbolique de la volonté affichée de renforcer la coopération sécuritaire entre les pays membres. Elle intervient toutefois dans un environnement régional toujours marqué par une forte instabilité.

Créée en septembre 2023, l’AES ambitionne de coordonner les efforts militaires face aux groupes armés jihadistes actifs dans la zone dite des trois frontières. L’étendard de la force unifiée est présenté par les autorités comme le symbole de cette intégration militaire. Les annonces officielles mettent en avant une mutualisation des moyens, du renseignement et des opérations sur le terrain. En revanche, aucun élément chiffré précis n’a été communiqué concernant les effectifs, le budget ou le calendrier opérationnel de cette force. Les mécanismes de commandement et de financement restent, à ce stade, peu détaillés.

Au-delà de la portée symbolique, cette initiative intervient alors que les trois pays de l’AES traversent une période de fortes tensions économiques. Au Mali, le ralentissement de l’activité est alimenté par l’insécurité persistante sur les axes logistiques, perturbant l’approvisionnement en carburant et affectant les secteurs du transport, de l’industrie et de l’électricité. L’inflation y dépasse régulièrement les 5 % en 2025, selon les données de la Banque centrale des États de l’Afrique de l’Ouest. Par ailleurs, la production aurifère est en recul depuis le début de l’année, limitant les recettes d’exportation malgré des cours de l’or élevés.

Les dirigeants de l’AES. © DR

Au Niger, la situation budgétaire s’est fortement dégradée. Les recettes publiques pour 2025 ont été revues à la baisse, passant d’environ 2 500 milliards de francs CFA avant le coup d’État de 2023 à près de 1 480 milliards. La contraction des échanges, la fermeture partielle des frontières et les difficultés du secteur minier pèsent lourdement sur les finances publiques. Les revenus pétroliers, mis en avant par les autorités, demeurent insuffisants pour compenser ces pertes.

Le Burkina Faso présente une résilience relative, mais reste fortement exposé. La production industrielle d’or a reculé d’environ 6,5 % à l’été 2025, notamment en raison de la fermeture de la mine d’Essakane pour des motifs sécuritaires. Si la hausse des prix du métal précieux atténue partiellement l’impact en valeur, l’insécurité continue de freiner l’investissement et de fragiliser les chaînes d’approvisionnement. Dans l’ensemble de l’espace AES, le crédit bancaire au secteur privé est en baisse et les créances douteuses progressent, révélant une détérioration du tissu économique.

Sur le plan sécuritaire, les résultats restent limités. Le Mali et le Burkina Faso concentraient déjà près de la moitié des décès liés au terrorisme dans le monde en 2024. En 2025, une part significative de leurs territoires échappe toujours au contrôle effectif des autorités, tandis que les attaques armées se rapprochent de centres urbains et de corridors commerciaux stratégiques. Les projets structurants annoncés par l’AES, comme la création d’une monnaie commune, n’ont pas encore été accompagnés de calendriers ou de cadres juridiques précis.

Dans ce contexte, la remise de l’étendard de la force unifiée illustre le décalage persistant entre l’affirmation politique et les réalités opérationnelles. Si l’AES revendique une rupture stratégique, notamment par un recentrage diplomatique vers de nouveaux partenaires comme la Russie, les effets concrets sur la sécurité et les conditions de vie des populations restent difficiles à mesurer. La capacité de l’alliance à transformer ses symboles en résultats durables demeure ainsi l’un des principaux enjeux pour les mois à venir.

Une correspondance particulière de F. Kouadio
Cap’Ivoire Info / @CapIvoire_Info

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