Face à un déficit de plus de 80 % entre la demande et la production locale de poissons, la Côte d’Ivoire accélère le développement de l’aquaculture. Depuis le Salon international de l’agriculture de Paris 2026, le ministre Sidi Tiémoko Touré a réaffirmé la volonté du gouvernement de faire de ce secteur un pilier de la sécurité alimentaire et de l’économie bleue nationale.
Une dépendance aux importations de poissons
En Côte d’Ivoire, les produits halieutiques constituent la principale source de protéines animales, avec une consommation moyenne supérieure à 20 kg par habitant et par an. Pourtant, la production nationale reste largement insuffisante : environ 110 000 tonnes pour des besoins estimés à 650 000 tonnes par an, soit un déficit structurel de plus de 80 %.
Cette situation entraîne une forte dépendance aux importations de poissons congelés, évaluées à près de 400 milliards de FCFA par an. Au-delà du coût économique, cette dépendance fragilise la sécurité alimentaire et accentue la pression sur les ressources halieutiques naturelles, déjà surexploitées.
L’aquaculture, axe central de la stratégie ivoirienne d’économie bleue
Pour réduire ce déficit, le gouvernement ivoirien repositionne l’aquaculture au cœur de sa stratégie de souveraineté alimentaire. Le pays dispose d’atouts naturels majeurs : 550 km de façade maritime, 150 000 hectares de lagunes, 350 000 hectares de lacs et quatre grands fleuves, favorables à divers systèmes d’élevage piscicole (étangs, cages flottantes, bassins hors-sol).
Selon le ministère des Ressources animales et halieutiques, la Côte d’Ivoire compte déjà plus de 1 000 fermes piscicoles et plusieurs écloseries publiques, produisant notamment tilapia, mâchoiron, carpe rouge, mulet ou capitaine. Mais la production aquacole restait encore inférieure à 10 000 tonnes en 2024, révélant
un fort potentiel de croissance.
Investissements privés et emplois verts au cœur de la filière aquacole
La stratégie nationale, portée par la PONADEPA 2022-2026 et le Programme stratégique de transformation de l’aquaculture (PSTACI), vise à développer toute la chaîne de valeur : écloseries privées, alimentation piscicole locale, infrastructures de grossissement et transformation (fumage, congélation, conserverie).
Pour Abidjan, l’enjeu dépasse l’alimentation : il s’agit aussi de créer des emplois ruraux durables et de réduire la pression sur la pêche de capture.
En misant sur l’aquaculture, la Côte d’Ivoire cherche ainsi à transformer un déficit structurel en opportunité économique, au cœur de sa souveraineté alimentaire et de son économie bleue.
Une correspondance particulière de F. Kouadio
Cap’Ivoire Info / @CapIvoire_Info