Opinion

Arnaques en ligne : l’Afrique en pointe

Par Yaya Kanté16 avril 2026

Si la Chine, la Russie et l’Inde trônent en bonne position pour les arnaques en ligne, l’Afrique, notamment l’Afrique de l’Ouest n’est pas en reste. Le business plutôt florissant ont rapporté à certains escrocs plusieurs dizaines voire de centaines de millions de dollars.

Quatre Ghanéens, à la tête d’une organisation baptisée «The Enterprise», ont été poursuivis, en août 2025, par la justice américaine pour avoir extorqué plus de 100 millions de dollars à des citoyens des Etats-Unis depuis 2016.

Trois d’entre eux Isaac Oduro Boateng, alias «Kofi Boat» (36 ans), Inusah Ahmed, alias «Pascal» (40 ans), et Derrick Van Yeboah, alias «Van» (40 ans) ont été extradés du Ghana et sont arrivés aux États-Unis le 7 août 2025. 

Le quatrième, Patrick Kwame Asare, dit «Borgar», reste à ce jour introuvable. Les prévenus risquent des dizaines d’années de prison, car les chefs d’inculpation se cumulent : fraude électronique, blanchiment d’argent, recel etc.

Déclencher le paiement

Derrière ces arnaques en ligne se cache un écosystème criminel très structuré. Les réseaux opèrent depuis le Cameroun, le Nigeria, la Côte d’Ivoire, le Bénin, le Kenya, le Ghana et bien d’autres pays d’Afrique. Faux profils, chantage aux sentiments, intelligence artificielle, lingots bidons. Cette industrie siphonne des centaines de millions de dollars chaque année en ciblant des personnes vulnérables dans des pays des zones riches : États-Unis et Europe en particulier. 

«Ce n’est pas une organisation, chacun a son rôle. En réalité, la division du travail est claire” Certains créent des comptes, d’autres bâtissent la relation, d’autres encore gèrent les paiements. Moi j’empoche empoche environ 30% des sommes», témoigne ce brouteur, le nom donné aux escrocs qui piègent leurs victimes sur Internet. 

La mésaventure est arrivée à un retraité belge. Après des mois d’échanges, la proie mord à l’hameçon. Il lui est promis environ 20 kg d’or, pour un million de dollars. Pour rassurer, le réseau va jusqu’à organiser une rencontre à Dubaï, avec une valise de faux lingots.

Objectif : déclencher le paiement final. Un membre du réseau, sous couvert d’anonymat, raconte avoir gagné plusieurs centaines de milliers de dollars avec une seule victime suisse, après trois ans à «construire la confiance (…) L’argent est ensuite réinvesti à Yaoundé, notamment dans l’immobilier. Le butin est partagé entre les membres du réseau».

Robin des bois

Qu’est-ce qui pousse ces personnes à franchir le pas de l’escroquerie en ligne ? «La pauvreté», répond Nahema Hanafi, maîtresse de conférences en histoire moderne et contemporaine. Elle a publié en 2020 un livre dans lequel elle met en lumière le système qui se cache derrière les courriels frauduleux envoyés par de jeunes africains francophone.

Elle décrypte notamment l’arnaque à la nigériane qui repose sur de l’avance de frais. Par exemple, une expatriée française vivant en Afrique atteinte d’un cancer promet un héritage conséquent en échange d’une avance d’argent». Ce peut être aussi Laurent (un pseudo) qui rencontre sur Facebook cette veuve belge de 80 ans.

Au fil des échanges, cette dernière tombe amoureuse de cet homme plus jeune qu’elle. Après quelques semaines de contact, Laurent demande de l’argent à sa cible, disant s’être fait agresser. Elle lui a versé 20 000 euros au total, pour des frais d’hôpitaux. 

Derrière ces brouteurs, se trouvent souvent des jeunes gens âgés de 15 à 25 ans venant d’un milieu très défavorisé et qui sont déscolarisés, note l’enseignante. L’argent recueilli permet de faire vivre la famille, argumentent les arnaqueurs. S’ils ont conscience que c’est immoral, ils se rassurent en disant ne pas être les seuls ni les premiers à exercer cette activité illégale.

«Ils légitiment de faire de l’argent sur les populations riches, les possédants du Nord à savoir les Blancs en prenant la posture de Robin des bois décoloniaux redistribuant cet argent aux populations locales», analyse Nahema Hanafi. Les risques de se faire prendre existent mais ils sont minimes car les polices locales manquent de moyens et la corruption parfois endémique, mine l’action publique.

Une contribution de Constantine Ndoko

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