Société

Bondoukou : des marabouts pris d’assaut (qui, pourquoi et comment)

Par Dasse Claude9 avril 2025

Précédés d’une notoriété à Bondoukou pour leurs succès, les marabouts « Ouattara », également connus sous l’appellation de « jumeaux » nous ouvrent leurs portes, au cours d’échanges ponctués de confidences, le 1er et le 2 avril 2025, lors de notre séjour au nord-est de la Côte d’Ivoire

L’un s’appelle El Hadj Seydou Mahama Ouattara et l’autre, El Hadj Youssouf Ouattara. Ils sont issus de la grande famille Ouattara. Ils sont professeurs franco-arabes et imams à Bondoukou. Le premier officie à la mosquée Boussabossa, et l’autre, à celle de d’Al-Kuran de la même ville. Ils sont jumeaux dans la spiritualité, avec pour essence la pratique du Saint Coran, et non biologiquement.

En effet l’imam Ouattara Youssouf est de deux ans l’ainé de Ouattara Seydou Mahama. N’empêche , à Bondoukou, ils sont baptisés « les frères jumeaux » avec une célébrité sans faille. Durant notre séjour de deux jours, dans la capitale du Zanzan, nous avons retrouvé ces érudits du Coran sans difficulté à Donzosso, un quartier de la commune de Bondoukou. Plus précisément dans la famille Boussabasso.

« On nous appelle les jumeaux parce que l’un ne consulte pas, sans l’autre, lorsque les gens viennent nous voir. En tout cas, rien ne peut se passer en l’absence de l’autre. Nous faisons tout ensemble et cela a toujours fonctionné ainsi pour le grand bonheur de ceux qui viennent nous consulter », a précisé avec sa barbe grisonnante, l’imam de la mosquée de Boussabasso.

« Nous sommes des imams, nous sommes des serviteurs d’Allah. Nous ne faisons rien en dehors d’Allah. Nous adorons Dieu. Nous prions matin, midi et soir. Nous sommes à la mosquée durant toutes les heures, et pratiquement toute la journée. Vous savez, lorsque vous êtes à fond dans la prière, il y a des dons que Allah vous révèle. C’est notre cas. Et tout cela c’est aussi grâce à la bénédiction de nos ascendants, nos grands-pères, nos papas, nos maîtres ainsi que nos mamans. Aujourd’hui, Dieu nous a fait beaucoup de grâces et de dons. Quel que soit le problème qui nous ait soumis, que ce soit, la maladie, le travail, monter en grade dans le boulot, élection, recherche de stabilité et d’amour dans le couple, nous apportons la solution et ça marche toujours. Mais avant de nous lancer dans les prières et autres, que nous faisons, toujours avec le Saint Coran, nous demandons d’abord l’avis d’Allah si ça peut marcher. Et c’est lorsque Allah l’autorise que nous commençons le travail. Et ça marche à 100%100. Avant toute action, c’est seul, Allah que nous consultons d’abord. Avec nous, ce n’est pas une question de demander à ceux qui viennent vers nous pour des consultations de mettre tel ou tel bois ou plante dans un canari, ou encore, leur demander de casser des œufs à des carrefours, sacrifier un poulet ou toute sorte d’animaux qu’on devait immoler, jeter des cauris, verser des eaux mystiques çà et là, dans la rue. Non ! Rien de tout cela. Nous ne faisons pas ces types de bêtises. Par ailleurs, on ne vient pas à nous pour demander de nuire à autrui. Alors là, vraiment pas du tout »., a-t-il poursuivi.

Les politiciens sont les plus nombreux à venir

El Hadj Youssouf Ouattara révèle le type de personnes qui sollicitent leur service. Ils informent qu’elles sont issues de toutes les couches sociales, sans distinction d’ethnie et de religion.

« Les viennent de partout et de tous bords. Et les témoignages affluent de la Côte d’Ivoire comme de l’extérieur. La dernière personne qui vient de m’appeler aujourd’hui me disait que son problème de mariage est désormais réglé. La personne souffrait d’une instabilité qui régnait dans sa vie de couple. Quant aux politiciens, ils sont les plus nombreux. Nous ne pouvons pas les compter. Que ce soit des députés ou des maires. Il y a même certains pour lesquels on a prié qui sont devenus ministres. Aujourd’hui, ils sont là, en Côte d’Ivoire. Eux-mêmes le savent lorsqu’ils liront ces lignes. On ne dit pas de nom. Quand ils viennent, ils sont logés dans les hôtels à l’extrémité de la ville. Loin des regards indiscrets. On a également fait des prières pour des gens qui n’étaient rien et qui sont aujourd’hui députés en Côte d’Ivoire. Certains sont devenus maires. Il y en a d’autres qui sont devenus des Directeurs généraux de sociétés etc. Ils occupent à présent de grands postes. Mais il faut préciser que c’est Dieu qui a fait tout cela. Allah est passé par nous parce que nous ne sommes que ses serviteurs, sans aucun pouvoir réel sans lui. Puisque nous ne faisons que demander et c’est Allah qui exauce nos prières. »

Les deux guides religieux mentionnent
que les dons de guérison, de succès et autres, reçus gratuitement par Allah, se transmettent gratuitement. Sans demander un rond à ceux qui les sollicitent. Ils précisent que cela ne signifie pas qu’ils n’ont pas besoin d’argent : « Si, bien au contraire, puisque nous ne faisons que ça comme travail. Mais nous n’exigeons rien à ceux qui viennent nous consulter. Il est même arrivé que c’est encore nous qui payons le transport retour de certains. Nous nous inspirons du Coran pour travailler et ça marche à tous les coups parce que Allah est avec nous. Et c’est après que les gens très contents du succès nous font des dons en nature et en espèces par reconnaissance. Beaucoup parmi eux reviennent nous voir pour nous dire merci et nous offrir des cadeaux. Soit l’argent et autres. Mais, malheureusement il y a d’autres qui sont ingrats qu’on ne revoit plus. »

Les deux imams sont issus de la grande famille de l’imam Timithé El Hadj Koudous, celui-là même qui avait contribué à l’expansion de l’imam dans la région. Il est décédé à l’âge de 128 ans, en 1989, après avoir signé un pacte de paix avec Samory Touré au milieu du 19è siècle.

Reportage de Claude Dassé

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