La région Bourgogne-Franche-Comté, en France, se positionne comme un acteur clé dans le domaine des biothérapies et de la bioproduction, un secteur qui combine innovation médicale et développement économique. Dans cet entretien exclusif avec Nicolas SORET, vice-président chargé des finances, du développement économique, de l’économie sociale et solidaire et de l’emploi, nous explorons les enjeux, les ambitions et les impacts de cette filière prometteuse, ainsi que les projets de la région à devenir un leader européen dans ce domaine, tout en offrant des solutions thérapeutiques innovantes et accessibles pour les patients.
Afrikipresse.fr : En votre qualité de Vice-Président chargé des finances, du développement économique, de l’économie sociale solidaire et de l’emploi, pouvez-vous présenter le projet de la filière « biothérapies et bioproduction » de la Région Bourgogne-Franche-Comté ?
Le périmètre sectoriel des biothérapies et de la bioproduction est large (anticorps et protéines thérapeutiques, vaccins, médicaments de thérapies innovantes…). Les liens sont étroits avec les secteurs historiques de la chimie et des dispositifs médicaux, et pourtant le travail sur le vivant constitue une importante spécificité. En raison de la rupture technologique de santé, elles concentrent la majorité des investissements (60% des budgets de recherche) et offrent des marchés d’avenir pour l’économie et l’emploi.
Face aux enjeux économiques, de recherche ou sociaux ou sociétaux du secteur des biothérapies, la Région a entamé un travail de structuration de sa filière. Après des premières assises qui se sont tenues en mars 2024 et un temps de concertation organisé au printemps, la feuille de route régionale portant les ambitions de la filière a été présentée aux acteurs lors des deuxièmes assises le 24 septembre et a été soumise au vote des élus régionaux en AP du 17 octobre.
Ce document-cadre référence une trentaine de chantiers en cours et à mener pour donner plus de visibilité à la filière, améliorer les synergies entre les acteurs, porter les projets remarquables à un niveau supérieur.
Qu’est-ce qui a motivé la mise en place et le développement de la filière des biothérapies dans la région Bourgogne-Franche-Comté ?
Les enjeux liés au développement des biothérapies sont multiples : recherche, accès pour les patients et soutenabilité ou coûts abordables pour le système de santé, souveraineté nationale et indépendance.
Avec des temps de développement longs impliquant fortement la recherche, des modèles économiques très risqués nécessitant de lourds investissements, et un lien fort avec la socialisation de la prise en charge des patients, la question de la coordination entre le public et le privé se pose avec une rare complexité.
Si certaines biothérapies sont matures et disponibles sur le marché, les nouvelles thérapies présentent souvent des coûts rédhibitoires. Développer les médicaments de demain aux meilleurs coûts pour les patients et la santé publique est un enjeu de société… qui peut trouver une réponse dans une optimisation de la filière, de l’amont à l’aval.
Par ailleurs, il s’agit de participer à la construction de l’indépendance sanitaire de la France sur la scène mondiale pour garantir la disponibilité des traitements les plus novateurs pour les patients, un enjeu d’autant plus déterminant suite à la pandémie du Covid-19.
Les acteurs qui étaient dans des écosystèmes parallèles, à Dijon et Besançon, vont se retrouver dans ces objectifs communs de visibilité à l’international, de recherche de positions de leader sur ces marchés émergents ou de capacité à attirer des profils et des investissements sur le territoire.
Concrètement, quels sont les objectifs de cette nouvelle filière de traitement médical et surtout les enjeux pour les malades ?
La feuille de route porte une stratégie, construite à partir des atouts identifiés, qui se donne 3 ambitions majeures, déclinées en une trentaine d’actions à déployer, qui visent à :
- Clarifier et renforcer la visibilité des atouts régionaux et attirer des investissements et projets en région ;
- Augmenter le nombre de candidats médicaments développés sur le territoire et renforcer les capacités de bioproduction en parallèle ;
- Donner accès au patient grâce à l’optimisation des coûts de production
Pour les malades, ces médicaments issus du vivant constituent une révolution thérapeutique par une approche de précision et très personnalisée des soins. Concrètement, elles peuvent sauver des vies et améliorer la santé et le bien-être de millions de patients car elles offrent des solutions thérapeutiques à des maux incurables jusqu’alors.
Aujourd’hui, quelle est la part de cette filière biothérapie dans l’écosystème sanitaire et économique de la région ?
Sur 500 entreprises et 13 000 emplois pour la filière santé en région, le domaine des biothérapies et bioproduction est de niche avec environ 40 entreprises pour 550 emplois.
La filière biothérapie/bioproduction de la région compte des acteurs et projets remarquables comme l’Etablissement Français du Sang qui propose non seulement des capacités de production de biomédicaments mais également une puissante force de recherche, avec l’UMR RIGHT, de laquelle émanent régulièrement des start-ups, à l’image de Advesya ou Carla Biotherapeutics. Le groupe URGO Médical leader mondial sur son secteur, travaille depuis de nombreuses années sur un projet unique au monde en thérapie tissulaire avec la création d’une peau artificielle.
RD Biotech représente l’enjeu de souveraineté nationale en qualité de seul producteur d’ADN plasmidique en France. Ou encore CellQuest, qui a mis au point une solution de culture cellulaire beaucoup plus rapide et légère avec les mêmes exigences de qualité que les solutions conventionnelles
Comment fonctionne concrètement cette nouvelle filière thérapeutique ?
La Bourgogne-Franche-Comté, riche de son écosystème composé d’instituts de recherche et de laboratoires, d’hôpitaux universitaires et d’un centre de lutte contre le cancer, de plateformes technico-scientifiques et d’entreprises start-ups comme ETI, dispose de nombreux atouts pour devenir un acteur clé de la filière des biothérapies.
Les compétences de la Bourgogne-Franche-Comté sont déjà mondialement reconnues dans deux domaines de thérapies innovantes : les thérapies cellulaires (avec l’EFS et ses spin-offs comme Advesya et Carla), tissulaires (URGO Médical et son projet de peau artificielle) et géniques d’une part et la théranostique d’autre part (le projet PROMÉTHÉ porté par OncoDesign Précisions Medicine).
En appui de ces deux domaines de spécialisation, la région peut compter sur des fournisseurs exceptionnels de technologies disruptives et de biocomposants dont certains sont uniques en France (RD-Biotech qui fournit de l’ADN plasmidique) ou sur des procédés de futurs leaders du marché (CellQuest qui conçoit du matériel de culture cellulaire).
Quel est le mécanisme de soutien et d’accompagnement d’un patient pour cette nouvelle forme de traitement quand on connait tous les débats politiques autour de l’Assurance Maladie ?
La relation directe aux patients relève des centres hospitaliers, notamment nos 2 CHU, partenaires de l’élaboration de cette stratégie sur les biothérapies. Le processus de bioproductions comme le projet BioImp, vise en outre à rendre abordable les coûts de fabrication des biomédicaments
Quelle est la stratégie régionale d’innovation dans le cadre de la politique de Santé, des soins individualisés et intégrés avec le développement des biothérapies et de la bioproduction ?
Cette feuille de route s’accompagne de moyens de financement de l’innovation des entreprises de Bourgogne-Franche-Comté qui travaillent dans cette filière.
Quels sont les impacts sociaux, socioprofessionnels et économiques directs et indirects d’un tel projet pour la Région pour qu’elle débloque environ 15.000.000 euros pour le soutenir et l’accompagner ?
Tout l’enjeu est le développement de la filière pour soutenir les acteurs de la recherche et industriels, avec comme objectif essentiel de pouvoir proposer au patient des thérapies innovantes, à des coûts acceptables pour le système de santé.
Plus particulièrement au niveau régional, nous avons l’EFS de Bourgogne-Franche-Comté qui dispose d’une plateforme de bioproduction avec le PIBT.
Quels sont les défis majeurs de développement et de maitrise de cette filière pour une politique de souveraineté médicale ?
Face à ces enjeux et au vu des atouts majeurs dont dispose la France dans la course mondiale au développement d’écosystèmes dédiés aux nouvelles biothérapies, le gouvernement a lancé une stratégie d’accélération visant à faire de la France un leader européen. Concrètement, la filière française se donne pour objectif de porter en 10 ans la part de produits biologiques approuvés par l’Agence européenne des médicaments et fabriqués en France de 5 à 20%. La stratégie d’accélération France 2030 :
- Permettre aux patients de bénéficier des meilleurs traitements
- Positionner la France en leader européen des biothérapies et de leur bioproduction
- Produire 20 biomédicaments d’ici 2030
- Doubler le nombre d’emplois dans le domaine de la bioproduction
- Faire émerger une licorne
Quelle est votre stratégie de communication et de visibilité pour promouvoir cette nouvelle filière au plan régional, national et international ?
Un travail incontournable de notoriété et de visibilité de la filière a été engagé. Ainsi la création d’une identité, sous la forme d’une marque ombrelle que l’ensemble des acteurs concernés pourra s’approprier, doit permettre l’identification de la filière sur les scènes nationale et européenne voire internationale. Par conséquent, la future marque sera porteuse des atouts différenciants, essentiels pour un positionnement dans ce secteur de concurrence mondialisée.
Vous avez conduit une forte délégation de la Région au Congrès de BioForward à Wisconsin, il y a quelques mois, quel était l’objectif de ce déplacement ?
Parmi les actions de consolidation de la filière, tisser des partenariats aux niveaux européen ou mondial participe à sa visibilité en promouvant l’industrie régionale.
L’économie de la santé dans le Wisconsin est un secteur dynamique qui emploie plus de 200 000 personnes dans plus de 3 000 établissements de recherche, de la santé digitale, pharmaceutiques, des équipements médicaux ou de la distribution. Le cluster BioForward qui représente les leaders de cette industrie, avec 240 adhérents pour un poids économique de 32 milliards de $ et 130 000 emplois, est présidé par un Français originaire de la région Bourgogne-Franche-Comté, Nicolas PARIS, par ailleurs dirigeant du groupe Gilson implanté dans notre région. Le lien s’est fait assez naturellement, d’autant que la Région et l’État américain présentent des similitudes économico-géographiques avec 2 pôles économiques dans un territoire rural.
Quel bilan faites-vous de ce déplacement et quels en sont les résultats ?
La Région Bourgogne-Franche-Comté et l’Etat du Wisconsin ont pris un premier contact grâce à la formalisation du partenariat BioForward – Agence Économique Régionale Bourgogne-Franche-Comté (AER BFC) via un protocole d’entente. Ce partenariat avec le cluster BioForward ouvre une porte sur de futures collaborations entre les deux écosystèmes de biosanté, autant sur des questions de recherche, de formation que d’échanges de nature économique tout en demeurant vigilant au regard des questions de souveraineté souhaitée dans ce secteur.
Quel message souhaitez-vous adresser aux populations et aux partenaires potentiels ?
La région Bourgogne-Franche-Comté est une terre très favorable à l’investissement dans les biothérapies, forte d’un écosystème solide.
Nous sommes à la fin de cet entretien, que retenir ?
Que la Région investit aujourd’hui sur les traitements de demain. Des traitements prometteurs au plus grand bénéfice de la santé des habitants de Bourgogne-Franche-Comté.
Interview réalisée par Lassina BAMBA