Après la défaite du Burkina Faso à la CAN 2025, les accusations de complots extérieurs révèlent une fragilité politique et un isolement croissant.
Au Burkina Faso, la défaite face à la Côte d’Ivoire en huitième de finale de la CAN 2025 (3-0) a eu un retentissement inattendu sur la scène politique. Peu après cette défaite, les autorités militaires burkinabè ont annoncé avoir déjoué une tentative de coup d’État, en accusant notamment la Côte d’Ivoire d’être impliquée, une affirmation que ni Abidjan ni des sources indépendantes n’ont pu corroborer: aucun dossier probant n’a été produit.
Cette stratégie de communication n’est pas un incident isolé mais s’inscrit dans un pattern récurrent. Sous le régime du capitaine Ibrahim Traoré, l’appareil d’État a multiplié les annonces de complots extérieurs, souvent suivies de sanctions internes contre des officiers ou des responsables perçus comme « dissidents », sans procédures judiciaires transparentes. Ce mode opératoire révèle davantage des rivalités internes entre factions militaires que de véritables menaces organisées contre la nation.
Sur le plan régional, cette logique de méfiance croissante ne se limite pas à la Côte d’Ivoire. D’autres pays côtiers, comme le Bénin, ont également été la cible d’accusations infondées d’abriter des réseaux de déstabilisation, ce que les gouvernements concernés réfutent catégoriquement.
Plus structurellement, cette rhétorique s’inscrit dans l’isolement politique que le Burkina Faso et ses alliés ont choisi. Avec le Mali et le Niger, le pays a quitté la CEDEAO et renforcé l’Alliance des États du Sahel (AES), une configuration qui se veut alternative à l’intégration ouest-africaine traditionnelle mais qui l’expose à un isolement diplomatique croissant.
Dans ce contexte, accuser systématiquement l’extérieur devient un écran de fumée pour masquer des difficultés internes réelles: désorganisation des chaines de commandement, pertes territoriales face aux groupes armés, et tensions politiques non réglées. Cette pratique politise chaque conflit ou critique en le transformant en trahison internationale, alimentant une logique de suspicion permanente qui fragilise plus qu’elle ne protège l’État burkinabè.
Une correspondance particulière de F. Kouadio
Cap’Ivoire Info / @CapIvoire_Info