Afrique

Burkina Faso : Djibo, territoire perdu ? La vidéo choc de Oussman Dicko et les interrogations sur la stratégie d’Ibrahim Traoré

Par La Rédaction14 mai 2025

Une nouvelle vidéo de cinq minutes, publiée le 13 mai 2025 sur le réseau social X (ex-Twitter), suscite de vives inquiétudes quant à la situation sécuritaire au Burkina Faso. À visage découvert, Oussman Dicko – frère de Jaafar Dicko, leader du Groupe de soutien à l’islam et aux musulmans (JNIM) – y affirme que la ville de Djibo est désormais sous le contrôle des jihadistes. L’homme y exhorte les civils à fuir les zones « d’emprise de l’ennemi », désignant l’armée burkinabè et les Volontaires pour la défense de la patrie (VDP), tout en proférant des menaces claires à leur encontre.

Une armée dépassée malgré un soutien russe ?

Ce nouvel épisode souligne l’embarras sécuritaire persistant dans le nord du pays, en particulier autour de Djibo, verrou stratégique du Sahel burkinabè. Pourtant, depuis l’arrivée au pouvoir du capitaine Ibrahim Traoré en 2022, le discours officiel martèle des progrès militaires soutenus par des partenaires non-occidentaux, notamment la Russie. Le régime a vanté une montée en puissance de l’armée nationale et des VDP, formés et armés pour repousser les groupes armés terroristes. Mais sur le terrain, la réalité semble toute autre : incursions répétées, embuscades meurtrières et propagande jihadiste savamment orchestrée continuent de mettre à mal les annonces triomphalistes de Ouagadougou.

Une communication jihadiste qui devance celle de l’État

La vidéo d’Oussman Dicko est un exemple flagrant de la guerre de l’information maîtrisée par les groupes armés. S’exprimant sans voile, dans une posture de vainqueur, il s’adresse à la population avec un message clair, presque politique. Pendant ce temps, le silence des autorités burkinabè ou les déclarations minimisant l’ampleur de la menace ne convainquent plus. Les jihadistes semblent avoir compris que contrôler le récit est tout aussi important que tenir le territoire.

Ibrahim Traoré à la croisée des chemins

Le capitaine Traoré, figure de proue d’un pouvoir populiste et souverainiste, se retrouve confronté à l’épreuve de la crédibilité. Sa volonté affichée de « reconquérir le territoire » s’érode face à l’enlisement militaire et aux revers sur le terrain. Ses discours galvanisants ne suffisent plus à masquer les pertes humaines, les villes assiégées et les lignes de ravitaillement coupées.

Alors que la propagande s’effrite, l’heure est à la vérité et à l’efficacité. Traoré peut-il encore opérer une « remontada », une reprise en main politique et militaire pour inverser la tendance ? Ou restera-t-il enfermé dans une rhétorique révolutionnaire sans effets concrets sur le terrain ?

Le drame de Djibo, un signal d’alarme
L’affaire de Djibo n’est pas qu’un épisode de plus dans la guerre asymétrique qui ronge le Burkina Faso. Elle est symptomatique d’un système de défense en crise, d’une communication gouvernementale en retard sur celle de l’ennemi, et d’une population de plus en plus désillusionnée. Sans un sursaut stratégique et une reconquête réelle de l’initiative, Ibrahim Traoré risque de voir son pouvoir fragilisé par ceux-là mêmes qu’il avait juré de chasser.

Philippe Kouhon

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