Le mardi 17 mars 2026, la Confédération Africaine de Football (CAF) à travers son Jury d’Appel, a retiré le trophée de la Coupe d’Afrique des Nations (CAN) de football au Sénégal et pour l’attribuer au Maroc sur plainte de ce dernier. Six journalistes sportifs africains ont accepté de se prononcer sur cette décision jugée inédite de la CAF.
L’Afrique sportive s’interroge depuis que la CAF a retiré le trophée de la CAN 2025 au Sénégal au profit du Maroc. Contactés par afrikipresse.fr, Élie Djouma (Comores), Patrick Guitey (Côte d’Ivoire), Steven Lavon (Togo), Lassina Savadogo (Burkina Faso), Michel Tobo (RD Congo) et Hugues Zunon Zinsou (Bénin) portent leurs jugements sur cette décision.
-Élie Djouma (Comores) ” Dommage, l’Afrique devient la risée de la plate football “
Le décision de la confédération de retirer le trophée de la CanAN 2025 au Sénégal est inédite. Elle est incroyable, je dirais qu’elle n’est ni impensable ni inimaginable. La CAF, via son Jury d’Appel, Cette manière de procéder de l’instance dirigeante du ballon rond continental suscite un grand tollé médiatique. Pour l’heure, plusieurs interrogations se posent au niveau du protocole de la reprise du trophée et des médailles à Dakar.
Comment la CAF va-t-elle procéder pour retirer le trophée au Sénégal ? Il y aura-t-il une cérémonie de remise du trophée au Royaume du Maroc ? Elle se déroulera au siège de la CAF, au Caire en Egypte ou sur la même pelouse du stade Prince Moulay Abdellah à Rabat ? La CAF a pris une décision inimaginable, cela malgré l’annonce de la fédération sénégalaise de saisir dans les meilleurs délais le Tribunal arbitral du sport. Dommage que le continent devienne la risée de la planète football après ce fait divers créé par la CAF.
-Patrick Guitey (Côte d’Ivoire) ” Cette décision est tirée par les cheveux “
L’article 82 des règlements de la CAN est clair. Si une équipe quitte notamment le terrain avant la fin du match sans autorisation de l’arbitre, elle sera considérée comme perdante. L’article 83 continue pour dire que l’arbitre devra enregistrer l’absence et la noter sur son rapport qui servira d’élément de sanction de l’équipe qui s’est rendue coupable, par la commission d’organisation.
Mais, ma question est de savoir par quelle magie on constate, enregistre et note l’absence d’une équipe qui a finalement joué et gagné sous les yeux de l’arbitre Jean Jacques Ndala ? A condition qu’on me montre un quelconque rapport accablant le sélection sénégalaise et datant du soir du match ou du lendemain de la finale produit par l’arbitre congolais, je trouve que tout ceci est un peu tiré par les cheveux et manque vraiment d’élégance et ce retrait du trophée au Sénégal écorche encore plus l’image du football africain tout le comportement de Pape Thiaw, de certains joueurs sénégalais et même marocains ainsi que celui de plusieurs spectateurs.
Steven Lavon (Togo) ” On savait que cette affaire n’était pas encore terminée “
La loi est dure mais c’est la loi, a-t-on coutule de dire. Quand on regarde l’article brandit par le jury d’Appel de la CAF pour annoncer cette décision, il est valable. Une équipe qui quitte le terrain sans autorisation de l’arbitre est sanctionnée. Sur le coup, l’arbitre Ndala aurait dû prendre ses responsabilités, ce qui n’a pas été fait pour quelle raison je ne saurai le dire. Cependant, c’est la première fois qu’un match terminé par un arbitre est requalifié de forfait. Ce qui est contre les lois de l’IFAB. On savait que cette affaire n’était pas terminée vu que le Maroc avait fait appel. Mais c’est une grosse surprise pour tout le monde.
C’est le début d’un combat judiciaire car le Sénégal va forcément se pourvoir auprès du Tribunal Arbitral du Sport (TAS) pour obtenir une nouvelle annulation de cet arrêtet. Par ailleurs, c’est l’image du football africain qui se retrouve encore traînée dans la boue. Cette finale n’a d’ailleurs pas fini de faire couler de l’encre et de la salive. Et depuis la gouvernance de la CAF était pointée du doigt.
Lassina Savadogo (Burkina Faso) ” Cette nouvelle est un missile sur la tête du football africain “
Cette nouvelle vient comme un missile sur la tête du football africain. Cette nuit du 17 mars entre tristement dans l’histoire du football mondial et non pas seulement celle du football africain. Alors qu’on croyait ce chapitre peu reluisant fermé qu’il ressurgit avec fracas.
Déchoir le Sénégal de son titre et habiller le Maroc d’un Jelabal de champion d’Afrique, est digne d’un film de science-fiction. On peut interroger tous les textes et les articles à cet effet qui juridiquement ont leur place mais sportivement cette décision deux mois est un pied de nez fait au football.
J’imagine que pour rien au monde le Sénégal va se considérer vaincu dans cette finale. Le maillot certes ne pourra pas comporter le deux Étoiles mais tous les Sénégalais se considèrent comme champion d’Afrique. Pour le Maroc, il faut voir comment le royaume acceuille ce titre défraîchi. Est ce que cela peut laver la frustration du 18 janvier ? Surtout que le sélectionneur Walid Regragui est même parti tant le choc a n’a pas été digéré ? C’est la question.
Michel Tobo (RD Congo) ” C’est un vrai scandale “
C’est un vrai scandale. Je n’aurai jamais imaginé un précédent fâcheux de ce calibre. Je me pose la question où est-ce que la CAF est entrain d’amener le football continental. C’est vraiment absurde. Si les articles 82 et 84 des règlements de la compétition devaient infliger un forfait au Sénégal cela devrait être fait le jour du match par l’arbitre qui devait le constater. C’est vraiment malheureux que nous puissions en arriver à cela. On verra maintenant ce que le TAS dira.
Hugues Zunon Zinsou (Bénin) ” À Lausanne se jouera la crédibilité du football africain “
La finale la plus longue de l’histoire de la Coupe d’Afrique des Nations ne se joue plus sur le terrain mais dans les instances.
Deux mois après le sacre du Sénégal, la Confédération Africaine de Football (CAF) a rebattu les cartes. Sa Commission d’appel a déclaré le Sénégal forfait sur la base de l’article 84 et attribué une victoire 3-0 au Maroc. Peut-on parler d’abandon dans ces conditions ? La CAF répond oui, mais cette décision jette le doute sur sa gouvernance. Hésitations, revirements et communication tardive fragilisent la crédibilité de l’instance dirigée par Patrice Motsepe.
Pour le Sénégal, la sanction est disproportionnée et infondée. La Fédération conteste la requalification a posteriori des faits et saisira le Tribunal Arbitral du Sport. Une nouvelle prolongation s’ouvre donc, judiciaire cette fois. Et à Lausanne pourrait se jouer le véritable verdict… mais aussi celui de la crédibilité du football africain.
Propos recueillis par Adou Mel