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CAN 2025: Didier Six parle du niveau tactique et de  l’organisation marocaine (interview)

Par Adou Mel16 janvier 2026

Ancien attaquant international français, Didier Six est entraîneur depuis 1986. Il a notamment dirigé les sélections nationales du Togo et de la Guinée, dernier pays africain qu’il a entraîné. Présent à la CAN 2025 au Maroc, il a accordé un entretien à afrikipresse.fr dans lequel il livre son regard sur la compétition et se projette déjà sur l’organisation de la Coupe du Monde 2030, dont le Maroc sera co-organisateur.

Quel regard portez-vous sur la CAN qui touche bientôt à sa fin ?

J’ai été agréablement surpris par l’amélioration nette des dispositions tactiques de pratiquement toutes les équipes. Ce n’est pas ce que nous voyions il y a quinze ou vingt ans. Il s’est produit quelque chose d’assez magique. Cela s’explique par le fait que de nombreux joueurs évoluent désormais en Europe, ce qui apporte des schémas tactiques et physiques beaucoup plus élaborés.

En tant que technicien, qu’avez-vous retenu de manière spécifique ?

Les équipes se resserrent beaucoup plus. Il y a un véritable nivellement des valeurs du bas vers le haut, et c’est extrêmement positif pour le football africain.

Parmi les équipes éliminées au premier tour, laquelle vous a laissé une bonne impression ?

La Guinée équatoriale, mais aussi le Gabon, qui a réalisé un très bon parcours lors des éliminatoires de la Coupe du Monde 2026. Ce sont des équipes qui auraient pu atteindre les huitièmes de finale.

Quel jugement portez-vous sur les quatre équipes demi-finalistes ?

C’est globalement ce que j’avais anticipé, même si je pensais qu’une équipe supposée moins forte pourrait se hisser en demi-finale. Mais nous avons assisté à des matches de très haut niveau, de véritables finales avant la lettre.

Selon vous, quel pays peut être sacré champion d’Afrique ?

Le Maroc a de sérieux arguments pour être champion d’Afrique, d’abord parce que la compétition se joue chez lui. Il possède une équipe solide, bien organisée, et a réussi à éliminer le Nigeria aux tirs au but, ce qui n’était pas évident face à l’un des grands favoris. Le match Sénégal-Maroc promet d’être d’un très haut niveau.

Vous avez suivi la Côte d’Ivoire en 2024. Quel jugement portez-vous sur son parcours cette année ?

L’absence de Sébastien Haller s’est beaucoup fait sentir. Pour un entraîneur, disposer d’un véritable avant-centre oblige toujours la défense adverse à rester vigilante. Haller est un joueur essentiel. J’ai connu cela au Togo avec Adebayor : lorsqu’il était absent, ce n’était plus la même équipe. Il apportait son aura, son leadership et ses qualités de buteur. Toutes les équipes de la CAN qui disposent d’un grand avant-centre peuvent se permettre beaucoup de choses.

Qu’est-ce qui, selon vous, n’a pas fonctionné contre l’Égypte ?

L’Égypte est une équipe très difficile à manœuvrer, extrêmement défensive depuis des années. Le match était très tactique et très fermé, à l’image de celui face au Sénégal. Ce n’est pas le football que je préfère, mais l’Égypte a bien plus de potentiel qu’elle ne le montre.

La Côte d’Ivoire pouvait-elle faire mieux que les quarts de finale ?

Oui, mais atteindre les quarts de finale reste l’apanage des grandes équipes. Ensuite, tout se joue sur un match. Il faut savoir gérer tactiquement une rencontre et parfois changer de système en cours de jeu, ce qui n’a peut-être pas été suffisamment fait. Cette élimination ne remet pas en cause la valeur de l’équipe ni celle des joueurs, car il y a une base solide.

Votre ancienne équipe, la Guinée, est absente de cette CAN. Que cela vous inspire-t-il ?

La Guinée souffre d’un manque de formation à la base et d’un déficit de stabilité. On ne laisse pas suffisamment de temps aux entraîneurs pour travailler. Au moindre grain de sable, c’est l’entraîneur qui saute, et cela nuit à la construction d’un projet durable.

Que pensez-vous de l’organisation de la compétition ?

L’organisation est remarquable. Les stades et les pelouses sont splendides. En 2013, j’ai joué sur une pelouse catastrophique face à l’Afrique du Sud, qui n’a rien à voir avec ce que propose aujourd’hui le Maroc. Le pays fait énormément d’efforts pour donner une image positive du football africain.

Le Maroc peut-il relever le défi de l’organisation du Mondial 2030 ?

Oui, sans hésitation. Le Maroc est prêt. Le roi a fait de cette organisation un point d’honneur pour positionner le pays sur la scène mondiale. Bien sûr, la Coupe du Monde se jouera aussi en Espagne et au Portugal, mais je suis convaincu à 100 % que le Maroc sera au rendez-vous, dans une ambiance exceptionnelle, comparable à celle que l’on retrouve au Sénégal, en Côte d’Ivoire et dans d’autres pays africains.

Entretien réalisé par Adou Mel, envoyé spécial à Rabat (Maroc)

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