Le samedi 6 juin 2015 au Palais des Sports de Ouaga 2000, l’ambassadeur Jean Baptiste Natama a dit oui, à la demande des hommes, des femmes, des jeunes réunis au sein du Collectif Natama 2015, de se présenter à l’élection présidentielle du 11 octobre 2015 au Burkina Faso. Ci dessous le discours d’acceptation de candidature et d’orientation politique, tenu à cette occasion devant près de 7000 personnes.
« Hommes et Femmes du Burkina Faso,
Jeunes et Anciens du Burkina Faso,
Peuple du Burkina Faso,
Chers amis du Burkina Faso,
Chers camarades panafricanistes,
Mers Chers Camarades,
Mes Chers amis,
C’est avec humilité et dévouement que je me présente aujourd’hui devant vous, répondant avec responsabilité à votre appel. Vous avez souhaité me confier une tâche immense qui est en réalité un sacerdoce, celle de me tenir à vos côtés pour solennellement porter, pour tous, les valeurs de dignité, de liberté, d’honneur, de justice et de solidarité qui sont les nôtres, vers les plus hautes responsabilités auxquelles nous convie notre chère patrie, notre cher Faso, la terre de nos aïeux.
Chers amis,
Je suis venu vous dire que j’ai entendu vos témoignages poignants racontant la difficulté du quotidien qui mine nos vies et les absurdités politiques, économiques et sociales qui gangrènent notre beau pays.
J’ai entendu les Anciens demander plus de protection, plus de solidarité et leur prise en charge par la société.
J’ai entendu les Femmes réclamer leur inclusion et autonomisation sociale, politique et économique ; réclamer de l’eau potable et de l’énergie ; demander la prise en charge efficiente de la santé maternelle, infantile et de la reproduction ; réclamer des solutions à la vie chère.
J’ai entendu le cri de cœur des jeunes pour l’emploi, la réforme de l’éducation scolaire, professionnelle et universitaire ; exiger leur inclusion dans la gestion des affaires publiques.
J’ai entendu l’appel des travailleurs intellectuels à la promotion de la méritocratie, à plus de justice ; des ouvriers à l’amélioration de leurs conditions de travail ; des paysans et éleveurs à plus de soutien de la part de l’état pour leur permettre l’augmentation de leur production, rendement et revenus.
J’ai entendu les besoins d’organisation et de soutien du secteur informel.
J’ai entendu les artistes dénoncer le manque de soutien à la promotion de la culture nationale.
J’ai entendu le secteur privé souhaiter plus d’opportunités et de mesures d’accompagnement.
J’ai entendu les organisations de la société civile clamer leur désir de dialogue social et de participation citoyenne à la vie de la nation.
J’ai entendu le besoin de renforcement des capacités des forces de défense et de sécurité.
J’ai entendu les partis politiques réclamer plus d’état de droit et une vraie démocratie.
J’ai entendu les exigences d’une justice sociale, d’une justice équitable ; les exigences de mettre fin à la corruption et aux crimes économiques.
Devant ce constat et ces appels je ne peux rester impassible. Je ne peux me dérober à mon devoir. Je ne peux échapper à ma responsabilité face à l’histoire et au destin de mon pays.
J’ai entendu votre appel au changement, MERCI pour l’honneur que vous me faites ! A vous, je dis oui, me voici ! Me voici avec vous, à vos côtés ! Et je vous affirme mon engagement ferme et sans faille.
Pour ce faire, j’ai dû abandonner mes hautes fonctions au service de l’Afrique pour me mettre à la disposition de mon pays. Pour me mettre à votre disposition. Ce choix, je l’ai fait sans hésitation ni regret.
Je peux vous dire que OUI, il existe une voie alternative, OUI il existe de l’espoir, l’espoir d’un renouveau pour le Burkina. Le vrai renouveau ! Dans cette quête, je puis vous assurer que je ne vous décevrai point !
Chers amis,
Le contexte politique actuel annonce des batailles rudes. Eh oui ! Au vu de la situation politique actuelle confuse que traverse notre pays, l’adversité sera âpre. Mais nous sommes prêts et préparés à affronter cela.
Et il est bien évident que notre candidature dérange !
Notre candidature dérange parce qu’elle est neuve et qu’elle interroge, questionne, invite à la réflexion.
Elle jette dans la confusion ceux qui des années durant se sont complus dans une gestion clientéliste, rétrograde, prédatrice, portant atteinte aux intérêts de notre peuple, à sa dignité.
Notre candidature dérange. Elle dérange parce que nous sommes nombreux, un collectif de milles aspirations légitimes, qui voulons inaugurer une ère nouvelle, radieuse de la marche de notre peuple vers l’horizon du bonheur « collectif » comme le clame « le ditanyè », notre hymne national !
A quelques obédiences adverses que ce soit, je voudrais ici dire tout haut que nul n’a le monopole de la politique. Je répète, nul n’a le monopole de la politique.
Que nos contempteurs, ceux qui ont œuvré contre l’intérêt des Burkinabè, ceux qui se sont montrés coupables de crimes politiques et économiques, comprennent que leur heure a sonné.
Il est temps qu’ils prennent leur retraite. Nous savons tous qu’ils sont fatigués et à cours d’arguments.
Notre candidature dérange. Elle dérange parce que nous sommes conscients de notre avenir, de notre devenir et de la nécessité de jouer pleinement notre partition dans la confection et l’accomplissement de notre destinée historique. C’est un engagement sans faille de toutes et tous.
Notre candidature dérange, aussi parce qu’elle se veut restaurer des valeurs cardinales qui sont celles de notre peuple depuis l’aube des temps : les valeurs de dignité, d’honneur, de liberté, d’intégrité, de solidarité, de justice, de partage !
Mais nous n’avons pas peur !
NON nous n’avons pas peur !
Nous voulons le renouvellement de cette vieille classe politique qui a fait ses preuves, son temps, a usé de son génie pour nous mener à l’échec collectif.
Une nouvelle ère a sonné. Elle pose ses exigences. Une nouvelle génération est interpellée. A nouvelle ère, nouvelle génération !
Et c’est cela le sens de mon engagement, de votre engagement, de notre engagement. Et nous nous devons de l’assumer sans tergiversation.
C’est Franz Fanon qui disait : « Chaque génération se découvre une mission à accomplir, elle l’accepte ou la trahit ».
Vous êtes la génération, nous sommes cette génération qui « choisit sans atermoiements ni dilemmes d’accepter ses responsabilités plutôt que de trahir sa mission ». (Cf. Par dessus la barre haute, p.23)
Mes chers camarades,
Octobre 2014 aura été la contestation active ultime d’un type de gouvernance irresponsable. Vous avez montré pendant ces journées historiques des 30 et 31 octobre 2014, que vous étiez dignes d’un héritage de luttes séculaires pour l’intégrité.
Les révoltes qui sont uniquement liées aux nécessités immédiates peuvent être éphémères. À l’inverse, celles qui naissent d’un idéal et se propagent par les idées sont inaliénables.
Votre lutte, notre lutte se situe dans le continuum de ces luttes populaires qui ont commencé dès le 3 janvier 1966 et dont les grands jalons ont été décembre 1975, mai 1979, octobre et novembre 1980, avril 1982, mai 1983. Mais surtout le 4 août 1983 qui a vu l’avènement du CNR avec le Capitaine Thomas Sankara à sa tête. La chronologie de ces évènements nous montre sans équivoque la capacité de résilience de notre peuple.
Je salue tous les héros de ces jours là qui ont vu notre peuple debout, poing levé pour scander sa colère ! Je salue les martyrs qui pour cela ont versé le sang précieux qui coule dans les veines de notre pays, pour mettre fin à la monoculture politique !
Chers amis, tous ces maux là qui ont gangréné notre vie sociale collective, je n’ai cessé de les dénoncer quand j’en ai eu l’occasion par ma vie entièrement dédiée au service de mon peuple et de l’Afrique, par les ostracismes divers dont j’ai été victime après le 15 octobre 1987, dans les médias au cours de différentes missions que j’ai eu l’honneur de mener.
Durant toutes ces années je n’ai jamais cessé de chérir mon pays, de souffrir avec son peuple, souffrir avec vous car les souffrances du peuple Burkinabè ce sont les miennes.
C’est pourquoi aujourd’hui, devant vous, je propose à tous les Burkinabè du pays des hommes intègres, un véritable changement. Un changement au service d’une « renaissance et d’un développement collectif ». Telle est ma vision !
Peuple du Burkina,
Il s’agira, d’emblée, dans le déploiement de cette vision, de la mise en œuvre harmonieuse d’une bonne gouvernance, en en atténuant le coût politique et social : car, in fine, c’est la légitimité démocratique conférée aux gouvernants et la participation citoyenne qui fondent l’efficacité des politiques et des stratégies de développement.
Pour ce faire, notre objectif sera de réaliser une croissance qui va s’appuyer sur des pôles économiques dynamiques et bien ciblés sur nos avantages comparatifs révélés, à savoir la fourniture de services économiques et culturels, l’élevage, l’agriculture, le secteur cotonnier qui servira de base pour le développement d’une industrie textile nationale, le secteur minier et le secteur touristique, par exemple.
Cette stratégie de croissance va aussi s’appuyer sur la foi inébranlable que nous avons en nos capacités, notamment notre capacité de travail pour transformer nos ressources, et partant, notre environnement social. Puisqu’il faudra créer des emplois pour une jeunesse formée, capable, spécialisée qui, hélas, ne trouve pas de cadre adéquat à la réalisation de son potentiel.
L’installation, la fixation et la formation des adultes ainsi que des jeunes scolarisés ou non en milieu rural comme en milieu urbain, méritent toute notre attention.
Le mot-clef restera la modernisation des secteurs de l’agriculture et de l’élevage, de l’artisanat, des secteurs du bâtiment, des secteurs de l’hydraulique et de l’aménagement du territoire, des secteurs liés aux constructions des voies de transport, de l’industrie de la culture et du tourisme, des services, etc.
La mise en valeur des ressources locales, la production de biens et services à coûts réduits devront permettre d’atteindre une certaine standardisation du niveau de vie, c’est-à-dire faire en sorte que chaque Burkinabè puisse avoir accès de façon réelle au minimum qui permet le « bien-vivre » dans la paix et la sécurité.
Chers camarades,
J’ai la conviction que nous pouvons avancer avec assurance et préparer l’avènement de cette société démocratique et prospère de demain.
Ma certitude est que nous pouvons conjurer tous les périls et améliorer le bien-être de nos populations.
Mais pour faire cela, nous devons être ensemble. TOUS ENSEMBLE !
Ensemble, nous devons, à travers un nouveau contrat social dont le dialogue social sera la clé de voûte, réussir à créer les conditions d’une stabilité politique et sociale, dans les prochaines années, à préserver les grands équilibres économiques et sociaux, à résister aux chocs externes liés aux soubresauts et diverses turbulences d’une mondialisation incontrôlée et de hauts risques.
Ensemble, nous le pouvons et nous le devons.
Ensemble, nous devons nous mettre dans les starting blocks, pour nous-mêmes et non pour rattraper les autres, mettre en œuvre et accélérer notre marche par des politiques plus pertinentes, plus audacieuses, plus ambitieuses et plus compétitives, dans le respect des valeurs d’Etat de droit, de démocratie et de bonne gouvernance.
Ce sera relever le défi de la recherche de ce bien-être, de celui de la qualité de la vie, un pari pour le renforcement de l’égalité et l’effectivité des droits de la femme, un pari pour la jeunesse et l’enfance pour des lendemains meilleurs, un pari pour toute la communauté nationale.
Il ne faut pas s’y tromper, c’est ensemble et seulement ensemble que nous pouvons gagner le pari du renouveau. Il faut l’engagement de tous et de toutes et nous devons être prêts à consentir les sacrifices nécessaires pour tracer le chemin, définir les objectifs et fixer les moyens de les atteindre.
A vous mes jeunes frères, je répète qu’il ne faut jamais céder à la fatalité et à la facilité. Chacun doit travailler avec dignité et honneur. Il faut donc se libérer de toutes les formes de dépendance qui inhibent la volonté d’action, sécrètent le complexe et entravent l’accomplissement de soi.
La jeunesse est d’emblée honnête parce que c’est à cet âge-là que l’on peut nourrir l’utopie d’agir sans calcul pour changer le monde. Je dis « honnête », c’est un a priori qui inclut le bénéfice du doute, puisque la jeunesse n’a en guise de propriétés et de territoires à défendre que son avenir à forger, que son futur à oser inventer.
Notre pays regorge d’hommes courageux et de femmes vertueuses, de héros du quotidien qui travaillent sans relâche, dans l’anonymat, à porter sur leurs épaules les frasques d’une classe d’élite politique déboussolée.
Il y a urgence à repenser les normes de développement en fonction des valeurs culturelles souhaitées et reconnues par la société en mutation. Ce devoir de développement endogène interpelle tous les acteurs de la vie sociale, économique, politique et plus strictement culturelle de nos pays…
Travailler davantage à l’inclusion et à l’autonomisation des groupes spécifiques laissés pour compte et pourtant moteurs de l’économie ou du dynamisme social: femmes, enfants, jeunes, paysans, pasteurs, ouvriers.
Mes chers amis , Ma réponse à votre appel est celle d’un nationaliste convaincu, doublé de celle d’un panafricaniste qui pendant des années a été au service de sa patrie, comme à celui du continent. Notre combat d’aujourd’hui devra également avoir pour ferment notre idéal panafricain. Chaque parcelle de notre continent devra être le bastion du panafricanisme, et le Burkina Nouveau auquel nous aspirons devra en être un.
Le développement se construit dans une dynamique de révolution des consciences. Celui du Burkina Faso ne peut se faire aisément de façon isolée de l’Afrique. La croissance démographique impressionnante qui caractérise l’Afrique d’aujourd’hui multipliera les défis à relever.
Le manque de planification dont on voit déjà les effets dans le chômage endémique des jeunes, la prolifération des bidonvilles insalubres et inhumains, l’exode des populations rurales vers les grandes agglomérations, la marginalisation des femmes, l’émigration des jeunes vers l’inconnu, aura pour conséquence d’incessants conflits atomiseurs à l’infini.
C’est pourquoi il est important sinon fondamental de consolider les valeurs qui servent de ciment entre les uns et les autres, les Etats entre eux, pour aller vers l’unité, si nous voulons constituer une force capable de résister à toutes les prédations éventuelles de pays en manque de ressources.
Il va sans dire que si nous n’opérons pas ce genre de révolution des consciences à temps, pendant qu’il est temps, nous nous exposons à de nombreux risques à venir.
Mes chers amis,
Pour nous, l’Afrique, en matière de développement, doit identifier elle-même ses partenaires, décider du type de relation d’échanges à mettre en place, construire un partenariat basé sur le respect mutuel des parties. Il en sera de même pour le Burkina Faso.
Dans cette nouvelle programmatique, la construction du partenariat national devra souscrire à l’évolution vers la minimisation du secteur public tel qu’issu de l’Etat-providence, pour en faire une instance de micro partenariats internes multiples entre l’Etat et le privé, le public et la société civile, la société civile et le privé. Cela, selon le principe de la subsidiarité.
Mes chers compatriotes, je ne pourrais clore ces mots sans paraphraser un des héros de nos indépendances (Je veux parler de Lumumba) que le poète martiniquais Aimé Césaire a immortalisé par cette envolée lyrique :
« Camarades, tout est à faire ou tout est à refaire, mais nous le ferons, nous le referons… Pour le Burkina Faso !
Nous reprendrons après les unes les autres toutes les lois, nous reprendrons après les autres toutes les coutumes… Pour le Burkina Faso !
Traquant l’injustice nous reprendrons les unes après les autres toutes les parties du vieil édifice, du pied à la tête… Pour le Burkina Faso !
Tout ce qui est courbé sera redressé, tout ce qui est dressé sera rehaussé… Pour le Burkina Faso !
Je demande l’union de tous, je demande le dévouement de tous… »
Oui Camarades ! Avec vous tous, femmes, jeunes, hommes, de toutes générations, travailleurs manuels ou intellectuels, agriculteurs, ouvriers, entrepreneurs, militaires, douaniers, policiers, gendarmes et agents des eaux et forêt, nous gagnerons le rendez-vous qui se profile pour bâtir le pays prospère de nos ambitions et de nos rêves, notre faso des hommes intègres.
Ensemble, nous vaincrons! ! Merci à toutes et à tous !