Opinion

Chefferies traditionnelles ivoiriennes : une gouvernance africaine toujours vivante

Par Yaya Kanté19 janvier 2026

En Côte d’Ivoire, les chefferies traditionnelles illustrent une réalité africaine souvent sous-estimée : la persistance de formes de gouvernance endogènes capables de coexister avec l’État moderne. Loin d’être des vestiges du passé, elles constituent encore aujourd’hui des structures d’organisation sociale essentielles.

Les chefferies traditionnelles, piliers de l’organisation sociale

Dans de nombreuses sociétés africaines, la chefferie ne se limite pas à un symbole culturel. Elle structure la vie communautaire, régule les conflits et incarne un ordre social fondé sur le consensus. En Côte d’Ivoire, cette fonction demeure visible, notamment dans les zones rurales où l’autorité traditionnelle reste parfois plus audible que celle de l’administration.

La création de la Chambre nationale des rois et chefs traditionnels s’inscrit dans une tendance continentale visant à institutionnaliser les autorités traditionnelles sans les dissoudre dans l’appareil étatique. Ghana, Bénin ou Burkina Faso ont engagé des démarches similaires, reconnaissant le rôle stabilisateur de ces structures.

Une coexistence entre État moderne et gouvernance coutumière

Cependant, cette reconnaissance pose une question essentielle : comment préserver l’autonomie morale des chefferies tout en les intégrant aux politiques publiques ? En Côte d’Ivoire, leur implication dans les programmes de paix, de réconciliation et de développement local montre leur potentiel, mais aussi les risques de dilution de leur autorité coutumière.

Face aux crises sécuritaires et aux fractures sociales qui traversent l’Afrique de l’Ouest, les chefferies traditionnelles apparaissent comme des acteurs de résilience. Leur capacité à mobiliser les communautés, à transmettre des valeurs de solidarité et à prévenir les conflits en fait un levier souvent négligé des stratégies de gouvernance.

L’enjeu, pour la Côte d’Ivoire comme pour le continent, est de repenser la place de ces institutions non pas comme des reliques, mais comme des partenaires à part entière d’un modèle africain de gouvernance, enraciné dans l’histoire et tourné vers l’avenir.

Une correspondance particulière de F. Kouadio
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