Le quotidien « L’Opinion » et le « Cian » organisent, le jeudi 9 avril, à Paris, l’édition 2026 du Forum « Investir en Afrique ». « L’Opinion » est un journal d’inspiration libérale, le « CIAN » (Conseil Français des Investisseurs en Afrique) est une organisation patronale privée française qui rassemble les entreprises industrielles et de services, grands groupes et PME-PMI qui investissent en Afrique et génèrent ensemble près de 80% de l’activité économique française sur le continent africain. Pour Nicolas Beytout, président et fondateur de « L’Opinion », et Etienne Giros, directeur du « CIAN », les organisateurs du Forum « Investir en Afrique 2026 », le secteur privé doit être pleinement associé au développement de l’Afrique. Il appartient donc aux Etats africains de faire de l’entreprise le moteur d’un développement durable et d’une croissance inclusive en créant un climat favorable aux affaires. Dans une économie mixte, comme l’est l’économie ivoirienne et comme le sont toutes les grandes économies modernes, la recherche de l’équilibre entre le rôle de l’Etat et les forces du marché fait l’objet d’ajustements constants. Un Etat trop lourd, trop présent, freine l’économie, une économie livrée aux forces du marché aggrave les inégalités.
Un carrefour néolibéral d’échanges et d’affaires
L’Edition 2026 du Forum organisé par « L’Opinion » et le « Cian » se propose d’abord de faire le point sur l’environnement géopolitique et macro-financier du continent et ses effets sur le coût du capital, la dette et les flux privés pour, ensuite, mettre l’accent sur les trois axes suivants : le passage à l’échelle des investissements, l’accélération des projets et l’industrialisation durable du continent. Le questionnement, les analyses et les réponses sont néolibérales, car, tout en continuant à réaliser des investissements publics massifs, Alassane Ouattara se tourne vers le secteur privé en lui demandant d’assurer le relais de la croissance. Le PND 2026-2030 de la Côte d’Ivoire repose sur une architecture de financement très marquée par le rôle du privé : selon le communiqué gouvernemental, 70,2% des investissements projetés doivent provenir de ce secteur, contre 29,8% du secteur public. Il faut, pour cela, attirer les investisseurs étrangers et locaux en leur offrant des opportunités d’investissement dans tous les secteurs : secteurs traditionnels (agriculture, agro-alimentaire), secteurs stratégiques (énergies fossiles, énergies renouvelables, mines) et secteurs ouverts à l’innovation (transformation digitale, Intelligence artificielle).
Ni un Etat trop lourd, ni la « main invisible du marché»
En Afrique, comme partout sur la planète, la forme socialiste de l’économie et les nationalisations apparaissent comme des mythes trompeurs. Au lendemain des indépendances, le capitalisme en Afrique, dans des secteurs stratégiques, est un capitalisme d’Etat avec des sociétés publiques obèses, peu productives, adossées à une administration bureaucratique. Ces structures institutionnelles et ces processus économiques du vieux monde ont produit un effet pervers : un frein au changement et à l’innovation dont le corrélé est une corruption qui s’enracine et prospère.
Renoncer à un système économique dans lequel l’Etat possède ou contrôle les moyens de production, c’est-à-dire le capital des grandes entreprises, ce n’est pas livrer l’économie à la « main invisible du marché ». L’expression « la main invisible du marché », attachée à la pensée d’Adam Smith, constitue le concept central pour le libéralisme économique qui attribue au marché la capacité de s’autoréguler. Or, les forces du marché n’ont ni la capacité, ni la volonté de s’autoréguler. Il incombe à l’Etat, qui doit rester un acteur économique important, de conduire une action publique destinée à réguler l’économie dans les domaines suivants : l’allocation optimale des ressources financières, la stabilisation de l’activité économique et la redistribution des richesses pour plus d’équité.
Le paradoxe de l’économie africaine
Charles-Denis Kouassi, le Directeur général de l’IPS-CNPS, sera l’un des intervenants du Forum du 9 avril 2026, « Investir en Afrique ». Ce qu’il dira portera sur le paradoxe des réalités économiques africaines. Il avait formulé ce paradoxe lors de l’Université d’Eté des PME ivoiriennes (2025) : « Permettez-moi d’ouvrir mon intervention sur un paradoxe évident : avec un PIB en croissance constante de 3,7 % en moyenne ces dix dernières années et un capital humain jeune, dynamique et créatif, ouvert sur le monde et avide de croissance, notre continent porte la promesse d’un formidable développement, parmi les plus prometteurs du monde, MAIS, car il y a un « mais », et c’est là que se situe le paradoxe, nous peinons à mobiliser encore à mobiliser les financements nécessaires pour transformer ce potentiel en développement durable et inclusif, créateur de richesses et d’emplois. » Afin de résoudre ce paradoxe, Charles-Denis Kouassi milite pour une coopération constante entre les acteurs politiques, économiques et institutionnels, ce qu’il fait au sein de l’IPS-CNPS. Parmi les solutions que propose Charles-Denis Kouassi pour financer le secteur privé, figure la mobilisation des fonds de pension, un levier sous-estimé pour l’investissement en Afrique.
Mieux saisir les réalités économiques africaines
Pour Charles-Denis Kouassi, si l’économie africaine est sous-financée, c’est pour deux raisons : « 1) d’abord des difficultés liées au fait que les marchés de capitaux africains sont moins aptes à soutenir le développement que ceux des autres continents et que l’accès aux marchés financiers est de plus en plus difficile pour nos pays. 2) Ensuite, les bailleurs de fonds multilatéraux, les prêteurs bilatéraux et les investisseurs étrangers sont souvent dissuadés par une surexposition aux risques et à l’instabilité politique. »
Comment rétablir la confiance dans le potentiel de développement de l’économie africaine et créer les conditions d’un accompagnement financier durable ? Parmi les réponses que peut apporter le Forum « Investir en Afrique », figure la création d’une agence de notation continentale, afin de s’affranchir des « Big three » de la notation de crédit, « Moody’s », « Standard and Poor’s » et « Fitch », qui détiennent à elles seules plus de 90% du marché du renseignement économique, sont .accusées de sous-évaluer le potentiel de développement du continent, ce qui, mécaniquement, pénalise les Etats africains sur les marchés internationaux.
Christian GAMBOTTI – Agrégé de l’Université – Président du think tank Afrique & Partage – Président du CERAD (Centre d’Etudes et de Recherches sur l’Afrique de Demain) – Directeur général de la Tigui Foundation (Abidjan) – Chroniqueur, essayiste, politologue. Contact : cg@afriquepartage.org