Économie

Chronique du lundi : la route, élément-clef du developpement

Par Christian Gambotti11 décembre 2023

Les éléments-clefs du développement en Afrique subsaharienne sont au nombre de trois : l’eau, l’électricité et la route. Sans eau, il n’y a pas de vie ; sans électricité, il n’y a pas d’activités économiques ; sans route, il n’y a pas de désenclavement. 

Depuis l’accession d’Alassane Ouattara au pouvoir, en 2011, la Côte d’Ivoire a massivement investi dans les infrastructures routières. Pour le ministre de l’Équipement et de l’Entretien routier, Amédé Koffi Kouakou : « il y a un accroissement important du réseau routier en Côte d’Ivoire ». Des routes sont construites ou réhabilitées, des ponts, des ouvrages d’art et des échangeurs routiers  fluidifient la circulation des véhicules. 

En 2025, le pays devrait disposer plus de 432 kilomètres d’autoroutes avec la mise en service de tronçons autoroutiers importants, notamment le contournement d’Abidjan (Y4) sur 23 kilomètres et le tronçon Grand Bassam-Assinie sur 30 kilomètres. L’autoroute Abidjan-Bouaké (362 kilomètres) est déjà en exploitation. 

Axe essentiel, l’« Autoroute du Nord », qui relie Bouaké à la frontière du Burkina Faso, sur 330 kilomètres, est en cours d’achèvement. Le linéaire du réseau routier revêtu est passé de 6 500 Km en 2015 à 7 731 Km en 2023. Les investissements réalisés sur les grands projets routiers, au cours de la période 2015-2023, représente un linéaire total de 2604 km dont environ 1452 km de travaux neuf et 1152 km de travaux de réhabilitation. 

L’état du réseau routier bitumé se présente comme suit : bon : 42 % ; moyen : 24 % ; mauvais : 29% ; en travaux : 5 %. Bien entendu, beaucoup reste à faire, que ce soit dans un environnement proche d’Abidjan ou des villes moyennes, comme Tiémélékro, une commune de 30 000 habitants, située dans le centre-est de la Côte d’Ivoire, dont l’accès par la route est très difficile en cas de fortes pluies. Pendant des années, la Côtière d’Abidjan à San Pedro n’a pas été entretenue, obligeant les véhicules à faire un grand détour par Gagnoa, soit une distance de 502 km au lieu de 328 kilomètres. 

Les travaux de réhabilitation de la Côtière, d’un coût de 308 milliards de FCFA, ont été lancés le 18 septembre 2021. Si la Côte d’Ivoire dispose d’un réseau routier de 82 612 kilomètres, dont 7 500 km bitumés, si 22 000 km sont entretenues chaque année, est-ce suffisant, notamment en matière d’entretien et de signalisation routière horizontale pour assurer la sécurité de tous les usagers de la route ? 

L’organisation de la CAN 2023 (Coupe d’Afrique des Nations) a conduit la Côte d’Ivoire à accélérer la préparation de ses routes. L’événement sportif de portée continentale que représente la CAN est un accélérateur de croissance. Si ­la route précède le développement, elle accélère la croissance économique et améliore les conditions de vie des populations.

« Des routes et des ponts qui nous rapprochent »

Le site d’information, Linfodrome a publié, en octobre 2021, un excellent article du journaliste Adolphe Angoua : « Des routes et des ponts qui nous rapprochent ». En dressant la liste des voies bitumées qui surgissent partout en Côte d’Ivoire et des routes refaites, Adolphe Angoua met en évidence l’importance du désenclavement : « Aucune région n’est en marge. (…) Loin de se satisfaire des progrès réalisés dans le secteur, le gouvernement poursuit les investissements pour rapprocher les régions et les populations, faciliter les échanges et accroître la compétitivité de l’économie. » 

Grâce aux routes et aux ponts, « des instruments de désenclavement, symboles de renaissance » les régions « peuvent penser et planifier leur développement. » L’analyse que fait Adolphe Angoua est d’une pertinence absolue : « À Béoumi, le pont relie désormais le Centre, l’Ouest et le Nord du pays. À Bettié, les heures interminables à attendre le bac pour traverser le fleuve Comoé sont un lointain souvenir. Transporteurs, agriculteurs et commerçants ont retrouvé une liberté de mouvement qui facilite leurs activités. Les ponts ont fortement réduit le temps de déplacement des personnes et des biens et contribué à la réduction du coût de la vie. Ils facilitent l’écoulement des produits agricoles et offrent un meilleur accès aux services sociaux (centres de santé, écoles, etc.). À Abidjan, le Pont HKB, l’échangeur de l’Amitié ivoiro-japonaise, l’échangeur sur le boulevard Valery Giscard d’Estaing, etc., ont changé la physionomie de la capitale économique. La réalisation de ces ouvrages assure désormais une meilleure mobilité des personnes et réduit les embouteillages. »

En rappelant que ce sont plus de 3000 milliards de FCFA qui ont été investis dans le seul sous-secteur des infrastructures routiers entre 2011 et 2022, le ministre de l’Équipement, Amédé Kouakou, souligne l’importance que revêt le développement des infrastructures routières dans la politique nationale de développement de la Côte d’Ivoire : « Afin de permettre au réseau routier ivoirien de jouer pleinement son rôle de soutien à notre économie, le Président de la République de Côte d’Ivoire, le Président Alassane Ouattara, dès son accession à la magistrature suprême en 2011, a inscrit au cœur de sa politique publique de développement la route comme un axe de transformation structurelle de l’économie. » 

Déjà, en 2011, les besoins en financement pour la seule remise en état du réseau routier prioritaire (1 500 kilomètres de routes internationales et 8 000 kilomètres de nationales) avaient été évalués à 1 500 milliards de FCFA (2,3 milliards d’euros). En 2018, le gouvernement a financé pour 3 750 milliards de FCFA sur cinq ans un nouveau programme d’investissements, afin de moderniser les infrastructures routières (construction de ponts, d’autoroutes, etc.). 

Deux remarques : 1) le financement des infrastructures routières, auquel il faut ajouter l’entretien de plus de 12 000 kilomètres de pistes et un vaste réseau non classé de pistes, de chemins, de sentiers et de passerelles à travers le pays, représente une lourde charge pour le budget des États en développement comme la Côte d’Ivoire 2) les bailleurs de fonds internationaux (Banque mondiale, FMI) et les banques de développement  (BAD) se montrent de plus en plus réticents à financer les infrastructures routières, si un système d’entretien réaliste n’est pas mis en place. 

L’un des objectifs pour la Côte d’Ivoire est d’assurer un flux régulier et suffisant de ressources à consacrer à l’entretien du réseau routier.

Infrastructures routières et croissance inclusive

Les investissements massifs dans les infrastructures routières doivent s’inscrire dans une volonté de lutte contre les fractures territoriales et de décentralisation des lieux de création de richesse. S’il convient de privilégier les grands centres urbains qui concentrent l’activité économique, il ne faut pas négliger les régions qui ont un fort potentiel de développement (production agricole, création des chaînes de valeur dans l’écosystème de la transformation agro-alimentaire) et les territoires en crise. 

Si la route est un accélérateur de croissance, elle est aussi un réducteur des inégalités, un facteur de cohésion sociale et de réconciliation nationale. Quelle est l’efficacité des investissements dans les infrastructures routières ? Cette efficacité se mesure dans les domaines suivants : désenclavement des bassins de production, facilitation d’accès aux marchés locaux, régionaux, nationaux et internationaux (amélioration des mobilités), développement des chaînes de valeurs agro-industrielles. Il reste un objectif majeur : une croissance inclusive et durable qui profite, sur tout le territoire, aux assiettes des Ivoiriens.

La route descend-elle jusqu’aux assiettes des Ivoiriens?

Christian GAMBOTTI –  Agrégé de l’Université – Président du think tank Afrique & Partage –  Président du CERAD (Centre d’Etudes et de Recherches sur l’Afrique de Demain) – Directeur général de l’Université de l’Atlantique (Abidjan) – Chroniqueur, essayiste, politologue. Contact : cg@afriquepartage.org

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