Les formes de l’Aide américaine au développement en Afrique
L’Aide au développement, quelle que soit sa forme, a toujours été, pour les Etats-Unis, un outil de soft power et un moyen pour se préserver des menaces qui pèsent sur eux. L’engagement au plus haut niveau de l’Etat se traduit par la création, en 1960, de l’USAID par Kennedy pour lutter contre le communisme et, 42 ans plus tard, la création de la MCC (Millenium Challenge Corporation) par George Bush pour lutter contre le terrorisme. Le lien entre sécurité des Etats-Unis et développement des pays les plus pauvres est devenu majeur après les attentats du 11 septembre 2001, Lors de l’annonce de la création de la MCC en 2002, l’administration Bush a justifié cette nouvelle forme d’aide au développement par la prise en compte au plus haut degré des intérêts de sécurité nationale. En 2005, Bush déclare : « Nous cherchons à faire progresser l’Afrique et le monde en développement, parce que nos intérêts sont directement en jeu. Le 11 septembre 2001, les Américains ont découvert que l’instabilité et le non-respect des lois dans un pays éloigné peut engendrer le danger dans le nôtre […] La réponse ultime à ces menaces est d’encourager les sociétés prospères, démocratiques et légitimes qui nous rejoignent pour triompher des forces terroristes. » Un arrière-plan idéologique explique l’engagement des Etats-Unis dans l’aide humanitaire, la lutte contre la pauvreté, la défense de la démocratie et la promotion des principes de bonne gouvernance. Avec Obama et Biden, les Etats-Unis vont augmenter sensiblement leur aide à Afrique pour contrecarrer l’influence chinoise.
La différence de nature entre l’USAID et la MCC.
L’Agence des États-Unis pour le développement international (USAID) est l’agence du gouvernement des États-Unis chargée du développement économique et de l’aide humanitaire dans le monde. Elle travaille, dans un cadre multilatéral, sous la supervision du président, du département d’État et du Conseil de sécurité nationale. Elle incarne ce que les libéraux détestent le plus, l’Etat profond. Agence indépendante distincte du Département d’État et de l’USAID, la Millennium Challenge Corporation (MCC) est une agence bilatérale d’aide étrangère des États-Unis créée par le Congrès américain en 2004. La Millenium Challenge Corporation (MCC) vise à réduire la pauvreté par le développement économique en finançant des projets construits par des pays éligibles qui en formulent la demande, ce qui la différencie de l’USAID. Parce qu’il juge que l’USAID fonctionne selon des mécanismes opaques et poussiéreux et qu’elle ne sert pas suffisamment les intérêts des Etats-Unis, George Bush créée la MCC qui se différencie de l’USAID par son ancrage dans l’aide bilatérale et le choix, d’inspiration très libérale, de l’objectif de croissance économique comme outil de lutte contre la pauvreté. Le parallèle entre Bush et Trump est évident : une aide au développement qui sort de l’espace multilatéral sans contraintes pour s’inscrire dans un cadre bilatéral qui impose des critères d’éligibilité pour les pays qui font la demande de l’aide, le choix de la croissance comme outil de lutte contre la pauvreté. L’administration a d’ailleurs proposé de fusionner la MCC avec USAID, une réforme qui n’a pas abouti, ce qui conduit Trump à faire le choix du démantèlement brutal de l’USAID, sans établir de distinction entre aide au développement et aide humanitaire. C’est une erreur de croire que Trump agit de façon impulsive et erratique : inscrite dans une stratégie globale, à la frontière de l’économie et de la politique, la « diplomatie transactionnelle » trumpienne, – soutien des Etats-Unis contre minerais -, illustre l’obsession de Trump qui est d’agir dans le seul intérêt des Etats-Unis, à l’abri d’un système de pensée multilatéral et angélique hérité du vieux monde et hors de toute collaboration et de coordination avec les autres donateurs internationaux.
La MCC et la Côte d’Ivoire
Entre 2017 et 2023, la Côte d’Ivoire va recevoir des aides importantes de la MCC pour deux raisons : elle répond aux critères d’éligibilité édictée par la MCC et elle fait une demande
Le « Compact MCC », d’un montant de 524,7 millions USD, est, à cette époque le plus important en Afrique de l’Ouest. L’objectif est de stimuler la croissance économique inclusive à travers deux grands projets : le Projet Education et le Projet Transports. Premier ministre du 10 mars 2021 au 16 octobre 2023, Patrick Achi a permis la signature d’un accord bilatéral avec la MCC dans les domaines de l’éducation et du transport.
● Le Projet Éducation : d’un montant de 176 millions USD, il concerne la réforme de l’enseignement secondaire général, la construction et réhabilitation de 84 collèges modernes, la promotion de l’équité genre dans l’éducation et l’appui à la formation professionnelle et technique.
● Le Projet Transport : d’un montant de 289 millions USD, il concerne la réhabilitation de 32 km de routes urbaines à Abidjan (boulevard de Vridi, boulevard de Petit-Bassam…), l’amélioration de la logistique portuaire et la modernisation de la gestion du transport urbain.
● Coûts transversaux : d’un montant de 59 millions USD, ils intègrent l’administration du programme, l’audit, la passation de marchés et le suivi-évaluation, etc.
Le « Compact MCC » s’est achevé fin 2023. Une évaluation est en cours. La Côte d’Ivoire aspire à un second compact, potentiellement dans les domaines suivant : le climat, le numérique et l’agriculture durable. Les programmes de la MCC semblent plus ou moins épargnés, car ils sont perçus comme efficaces pour deux raisons : ils engagent la responsabilité des pays partenaires et ils sont fondés sur la performance économique. La MCC continue de fonctionner. Trump en a réduit les financements, mais le Congrès américain a refusé la plupart de ces coupes. Outils bipartisans, les « Compacts MCC » sont largement soutenus soutenus par le Congrès, y compris pendant des présidences moins favorables à l’aide au développement.
Aide au développement et aide humanitaire
L’aide au développement a toujours été un enjeu de sécurité nationale pour les Etats-Unis. Trump, de façon assumée, durcit brutalement la politique américaine d’aide au développement à partir d’un critère, le soutien aux seuls intérêts économiques et sécuritaires des Etats-Unis, et un projet de puissance qui se traduit par un rejet du multilatéralisme. La vision du monde selon Trump entraîne la disparition de l’architecture du développement mondial pourtant théorisée par les Etats-Unis après la Seconde guerre mondiale. Pensée comme un outil de puissance et d’organisation du monde au service des Etats-Unis, cette architecture échappe, dans son fonctionnement et ses objectifs, au pouvoir de décision des Etats-Unis. Ainsi s’expliquent le démantèlement de l’USAID, la sortie de l’Accord de Paris, le retrait de l’OMS, la suspension des contributions aux agences onusiennes, les critiques envers la Banque mondiale et le Fonds monétaire international.
Face à un Donald Trump qui ne fait pas de différence entre l’aide au développement et l’aide humanitaire, l’aide humanitaire multilatérale et la solidarité internationale doivent se réinventer pour répondre aux urgences démographiques, sanitaires, alimentaires, éducatives et climatiques des pays africains, notamment les plus pauvres.
Christian GAMBOTTI – Agrégé de l’Université – Président du think tank Afrique & Partage – Président du CERAD (Centre d’Etudes et de Recherches sur l’Afrique de Demain) – Directeur général de l’Université de l’Atlantique (Abidjan) – Chroniqueur, essayiste, politologue. Contact : cg@afriquepartage.org