Plaute, considéré comme le premier des plus grands dramaturges latins, a écrit cette chose vraie : « Les faits parlent d’eux-mêmes. » Pourquoi citer Plaute pour parler du nouveau mandat d’Alassane Ouattara et de la Côte d’Ivoire ? Plaute me permet d’opposer aux discours politiques partisans, qui instrumentalisent des statistiques, les faits qui, eux, disent le réel.
Examinons les faits : la situation de la Côte d’Ivoire entre 1993 et 2011 et la situation du pays entre 2011 et 2025. Entre 1993 et 2011, la Côte d’Ivoire disparaît presque des écrans-radars de l’économie mondiale et des relations internationales, elle existe davantage dans les rubriques « instabilité politique chronique », « marasme économique », « crises politico-militaires » (1999, coup d’Etat militaire, et 2002, partition de fait du pays), « grave crise post-électorale » (2010). À partir de 2011, avec l’élection d’Alassane Ouattara, la Côte d’Ivoire va se reconstruire. Beaucoup plus qu’une simple réélection , le nouveau mandat d’Alassane Ouattara est celui d’un nouvel élan.
Si la Côte d’Ivoire, entre 1993 et 2010, a marché au ralenti, depuis 2011, elle avance à grand pas avec la possibilité de devenir, d’ici 2030, un pays à revenu intermédiaire de la tranche supérieure. Pour cela, le président ivoirien dispose de trois atouts : 1) le meilleur profil de crédit d’Afrique subsaharienne 2) un formidable potentiel dans l’énergie et les mines 3) un climat favorable aux affaires qui attirent les investisseurs, ce qui correspond aux nouvelles orientations de la BAD.
Le meilleur profil de crédit d’Afrique subsaharienne
Aucun gouvernement ne peut prétendre construire, du jour au lendemain, d’un coup de baguette magique, un pays moderne et une grande nation. Tout au long de ses autres mandats, Alassane Ouattara a créé les conditions pour réinventer la Côte d’Ivoire.
Les relais de croissance que sont la construction et les services, sur fond de stabilité politique retrouvée et à travers des investissements publics massifs, ont été mis en place depuis 2011. Le résultat est là : le 12 décembre 2025, l’Agence de notation américaine Fitch Ratings a relevé la note souveraine de la Côte d’Ivoire de BB- à BB.
La Côte d’Ivoire affiche désormais le meilleur profil de crédit d’Afrique subsaharienne et le deuxième du continent derrière le Maroc noté BB+. En relevant la note souveraine de la Côte d’Ivoire, pays emprunteur, Fitch Ratings écrit le scénario financier prévisionnel qui rassure les bailleurs de fonds et les investisseurs.
Pour reprendre Plaute, l’auteur latin, « les faits parlent d’eux-mêmes » et nous permettent de tenir à distance la logorrhée d’une parole politique qui tourne souvent à vide en période électorale. Fait incontestable : en matière d’endettement public, la Côte d’Ivoire affiche désormais le meilleur profil de crédit de toute l’Afrique subsaharienne.
Un formidable potentiel dans l’énergie et les mines
Autre atout pour donner un nouvel élan à la gouvernance Ouattara : le formidable potentiel dans l’énergie et les mines de la Côte d’Ivoire. Le nouveau plan à 58 milliards d’euros pour développer les mines et l’énergie sur 15 ans, montre que le gouvernement ivoirien entend faire de l’énergie et de l’écosystème extractif les accélérateurs de la croissance économique entre 2025 et 2030 et le socle d’un développement véritablement inclusif.
Il ne s’agit pas de tomber dans le piège d’une économie de la rente, mais de valoriser les matières premières brutes en soutenant la transformation locale dans deux secteurs : la production minière ‘ (or, diamants, manganèse, nickel, bauxite, fer, coltan, lithium) et l’exploitation des énergies fossiles (pétrole. Gaz).
Pour les autorités ivoiriennes, il s’agit d’augmenter « la production de minerais et d’hydrocarbures (1) pour soutenir la création de la richesse, la promotion de la transformation locale [des] ressources extractives afin d’en accroître la valeur ajoutée, en incluant les nationaux dans la chaîne de valeur. »
En parallèle, le gouvernement prévoit « le développement de la production d’énergie électrique » (éolienne, solaire, hydroélectrique, géothermique, marémotrice, biomasse et, pourquoi pas, l’énergie nucléaire) – (2) (3). Fait incontestable : il existe en Côte d’Ivoire un formidable potentiel dans l’énergie et les mines.
Un climat favorable aux affaires
Tout en réalisant des investissements publics massifs, Alassane Ouattara se tourne vers le secteur privé en lui demandant de prendre le relais de la croissance. Le changement de paradigme passe par la création d’un climat favorable aux affaires, ce qui est le cas aujourd’hui en Côte d’Ivoire.
Le pays, qui attire désormais les bailleurs de fonds et les investisseurs étrangers et locaux, entend ainsi prendre en charge son propre développement. Le nouveau président de la BAD (Banque Africaine de Développement), le Mauritanien Sidi Ould Tah, en poste depuis le 1er septembre 2025 entend, lui aussi, changer de paradigme : face à la baisse de l’aide publique au développement et au poids des dettes des pays africains, il souhaite que la BAD aille au-delà de l’aide publique et favorise l’investissement et le financement de projets, notamment dans les pays africains les plus pauvres.
Alassane Ouattara et Sidi Ould Tah sont sur la même longueur d’onde : construire un environnement financier qui permettra à l’Afrique de prendre en charge son propre développement. Fait incontestable : on note un engagement très fort des bailleurs de fonds et des investisseurs en Côte d’Ivoire.
Un nouvel élan, mais pour quel objectif ?
L’erreur est de vouloir construire un pays riche en oubliant qu’il existe encore des populations pauvres en Côte d’Ivoire. En 2021, l’économie informelle représente 49 % du PIB ivoirien et le secteur informel emploie la quasi-totalité de la population active, ce qui crée un dysfonctionnement, voire un déséquilibre de l’économie nationale et donne lieu à une évasion fiscale généralisée.
Quels sont les deux objectifs que à se fixer pour ce nouveau mandat ? Objectif 1 : démultiplier la taille de l’économie formelle (l’emploi dans l’économie formelle est la première des politiques sociales). Objectif 2 : aller vers un développement inclusif et un meilleur partage des richesses, afin de consolider la cohésion sociale et territoriale, et l’unité nationale.
(1) Découvertes pétrolières offshore Baleine et Calao.
(2) La Côte d’Ivoire entend porter la part du renouvelable à 45 % de son mix électrique d’ici 2030, contre environ 8 % aujourd’hui.
(3) Sur le nucléaire civil, l’Afrique du Sud est aujourd’hui le seul pays du continent à disposer d’une centrale nucléaire en activité.
Christian GAMBOTTI – Agrégé de l’Université – Président du think tank Afrique & Partage – Président du CERAD (Centre d’Etudes et de Recherches sur l’Afrique de Demain) – Directeur général de la Tigui Foundation (Abidjan) – Chroniqueur, essayiste, politologue. Contact : cg@afriquepartage.org