Réélu à la tête du pays le 25 octobre dernier pour un quatrième mandat, Alassane Ouattara prête serment, ce lundi 8 décembre 2025 à 11 h, au Palais présidentiel d’Abidjan-Plateau. Au-delà d’une cérémonie protocolaire convenue qui verra le Chef de l’État renouveler son serment qui est de « garantir l’unité nationale, respecter et faire respecter la Constitution et poursuivre l’action gouvernementale en faveur de la stabilité et du développement du pays », ce quatrième mandat marque une étape nouvelle dans un contexte nouveau, puisqu’il s’agit pour le président ivoirien de consolider le « second miracle » ivoirien en s’appuyant sur l’exploitation des gisements d’énergies fossiles de la Côte d’Ivoire.
Le Père de la Nation, Félix Houphouët-Boigny est l’artisan de qu’il est convenu d’appeler le « miracle ivoirien ». Sous sa présidence, le pays a connu, de 1960 à 1970, une période de prospérité économique avec une croissance de 7% par an. Ce « premier miracle » ivoirien se fonde essentiellement sur les richesses agricoles d’un pays sans véritable industrie, Conscient de cette situation, Félix Houphouët-Boigny fait le pari du libéralisme et il ouvre la Côte d’Ivoire aux investisseurs étrangers. Les années 1980 marquent la fin de cette période dorée. Entre 1993 et 2010, depuis la mort de Félix Houphouët-Boigny et sous les présidences d’Henri Konan Bédié et Laurent Gbagbo, le pays va traverser de graves crises politico-sociales, politico-militaires et post-électorales.
Félix Houphouët-Boigny est l’artisan de qu’il est convenu d’appeler le « miracle ivoirien ».
Lorsqu’il entre officiellement en fonction le 6 mai 2011, pour son premier mandat comme Président de la République, Ouattara hérite d’un pays en quasi faillite économique, des pans entiers des domaines régaliens sont en ruines (santé, éducation), l’instrumentalisation de l’identité politique ethnique par des politiciens avides de revanche continue à dominer la scène politique ivoirienne et retarde les processus de réconciliation nationale et d’épanouissement démocratique.
Dès 2011, Ouattara s’attache à créer, dans tous les domaines, les conditions qui font permettre la réalisation d’un « second miracle » ivoirien : retour de la stabilité politique, amélioration du climat des affaires, croissance forte et durable, diversification de l’économie, consolidation des institutions, rayonnement du pays sur la scène internationale. A la veille de l’élection présidentielle de 2025, le bilan est plutôt flatteur : la Côte d’Ivoire s’impose comme la première puissance économique de l’UEMOA, le pays contribue à 40 % du PIB de la zone, il réalise 42% des exportations et il abrite l’écosystème industriel le plus développé de l’Afrique de l’Ouest.
Ouattara s’attache à créer, dans tous les domaines, les conditions qui font permettre la réalisation d’un « second miracle » ivoirien
L’erreur, pour les autorités ivoiriennes, serait de croire que la réélection d’Alassane Ouattara dès le premier tour pour un quatrième mandat permet de dire que tout va bien. C’est justement parce qu’il reste beaucoup à faire qu’Alassane Ouattara a été réélu. Incapable de se renouveler, s’entendre et se mettre en marche en proposant un projet alternatif, l’opposition, avec des dirigeants qui incarnent la vieille Afrique, semble avoir comme seul programme un retour dans le vieux monde. Or, ce retour dans le vieux monde, l’Afrique l’Ouest semble le connaître avec l’épidémie des coups d’Etats militaires, l’instauration de régimes autoritaires et la prolifération des campagnes de désinformation de plus en plus sophistiquées. C’est donc un quatrième mandat qui s’ouvre pour Ouattara dans un contexte nouveau particulièrement instable.
Atouts, défis et obstacles dans un contexte nouveau particulièrement instable
La liste des atouts dont dispose Alassane Ouattara pour réussir son quatrième mande est longue : vision prospective qui lui permet d’éviter la routine et l’usure du pouvoir, matières premières agricoles, richesses du sous-sol auxquelles s’ajoutent la découverte de plusieurs gisements importants de pétrole et de gaz naturel, des infrastructures économiques mises aux normes internationales, la confiance des investisseurs et des bailleurs de fonds multilatéraux, un capital humain de mieux en mieux formé et créatif, etc.
La liste des obstacles à surmonter et des défis à relever est tout aussi longue : le risque permanent d’un retour de l’instabilité politique (un développement qui tarde à être véritablement inclusif rend plus inflammable la rue ivoirienne et une jeunesse impatiente) ; une organisation, une maitrise et une gestion des ressources économiques du pétrole et du gaz qui ne profitent pas à tous les Ivoiriens mais à une caste qui se contente d’une économie de la rente ; un sous-investissement dans l’industrialisation (création de champions nationaux et d’un réseau dense de PME et PMI), en particulier dans la transformation locale des matières premières brutes agricoles et minières, ce qui freine la création des chaînes de valeurs créatrices de richesse et d’emplois dans l’économie formelle (la première politique social est l’emploi) ; le retard pris dans l’adaptation à la révolution numérique et la transformation digitale ; les tentatives de déstabilisation du pouvoir et de fragmentation de la société à travers des stratégies de désinformation orchestrées par des puissances étrangères, etc.
Tout est une question de volonté politique avec une feuille de route qui coche toutes les cases du développement inclusif.
Un cas d’école : l’exploitation des ressources en énergie fossile (pétrole et gaz)
● Développement ou écologie – Le changement climatique menace la planète entière. Les énergies fossiles (pétrole, gaz) sont les principales accusées dans l’accélération du changement climatique. Enfermés dans le narratif de l’écologie, les pays développés, demandent à la Côte d’Ivoire de renoncer à l’exploitation de ses ressources en énergie fossile. Cette demande est-elle tenable ? Evidemment, non, car il faudrait, pour l’Afrique, choisir entre développement et écologie. Ce sont les gisements d’énergies fossiles qui vont permettre à Alassane Ouattara d’orienter son quatrième mandat vers l’industrialisation et l’emploi au moment où la Côte d’Ivoire s’apprête à jouer les premiers rôles sur la scène pétro-gazière du continent. Exploiter ses gisements de pétrole et de gaz lui permet de financer, consolider et accélérer son développement.
● Une question de géopolitique – Les pays occidentaux (Etats-Unis, Royaume-Uni) autorisent de nouveaux forages pétroliers et gaziers. La France ne renonce pas aux énergies fossiles. Interdire à l’Afrique d’utiliser son pétrole et son gaz la conduirait à vouloir rejoindre le bloc du « Sud global » qui tend, sous l’impulsion de la Russie, à devenir une arme contre l’Occident. La désoccidentalisation de l’Afrique est une réalité. L’écologie, qui stigmatise les pays africains producteurs de pétrole et de gaz, creuse, sur le plan géopolitique, la fracture entre l’Afrique et l’Occident.
Christian GAMBOTTI – Agrégé de l’Université – Président du think tank Afrique & Partage – Président du CERAD (Centre d’Etudes et de Recherches sur l’Afrique de Demain) – Directeur général de la Tigui Foundation (Abidjan) – Chroniqueur, essayiste, politologue. Contact : cg@afriquepartage.org