AFRIQUE DU SUD – L’organisation de la Coupe du Monde 2010 en Afrique du Sud a permis de changer le regard porté sur le football africain. Déjà structuré et développé, le football sud-africain s’est doté de stades et d’infrastructures comparables à ce que l’on voit en Europe. Pour accompagner la Coupe du Monde 2010, la FIFA a lancé un vaste programme d’aides dans tous les pays africain : financement des terrains et des centres de formation, soutien aux fédérations nationales. Question : les aides financières ont-elles toujours été bien utilisées par les pouvoirs publics et les fédérations ?
CAN– La Coupe d’Afrique des Nations (CAN) a été lancée pour la première fois en 1957 par la CAF (Confédération Africaine de Football). A cette époque, les compétitions organisées par la CAF suscitent peu d’intérêt sur la planète foot, les instances du football africain (CAF, fédérations nationales) n’étant guère prises au sérieux pour deux raisons : le retard du football africain dans les infrastructures et l’organisation, les trop grands écarts entre les différents pays du continent (infrastructures, formation de cadres et des jeunes joueurs, rentabilité des clubs), le niveau réputé faible des équipes nationales africaines, même si l’Afrique a toujours été une terre de football avec un véritable engouement populaire pour ce sport.
CÔTE D’IVOIRE – Depuis le 13 janvier 2024, la Côte d’Ivoire organise la 34ème Coupe d’Afrique des Nations (CAN) masculine. C’est la deuxième fois qu’elle est organisée sur le sol ivoirien après celle de 1984.
ENGOUEMENT – L’engouement que suscite la CAN 2023, organisée en janvier et février 2024, est immense. La CAF (Confédération Africaine de Football), instance organisatrice de la compétition, a enregistré « plus de 5 000 demandes d’accréditation des médias » pour couvrir l’événement sportif, « soit 90 % de plus que l’édition 2021 au Cameroun ». Un « nombre record », qui, selon la CAF, témoigne de l’engouement planétaire que suscite la plus prestigieuse des épreuves sportives du continent.
FEDERATION AFRICAINE DE FOOTBALL – Depuis des années, la Fédération Africaine de Football, appuyée par la FIFA, a entrepris un véritable travail pour que le football africain rattrape son retard et que les compétitions se renforcent pour gagnent en crédibilité. Culturellement, le football est le sport majeur du continent africain. Mais, si l’on compare l’UEFA et la CAF, le football européen dispose d’une manne financière colossale (contrats de sponsoring, droits télévisuels), ce qui n’est pas le cas de la CAF. Il est donc difficile pour la CAF de rivaliser avec l’UEFA en termes de compétitivité.
MALEDICTION 1 – La première malédiction frappe les équipes nationales des pays organisateurs. Depuis l’Égypte en 2006, plus aucune sélection ne s’est imposée à domicile lors de la CAN, alors que les pays-organisateurs avaient gagné 11 des 25 CAN précédentes. Lors de cette 34è Edition de la CAN, l’équipe nationale ivoirienne subit une énorme pression, personne n’oubliant que les Éléphants n’avaient pas franchi le premier tour, lorsque la Côte d’Ivoire avait organisé la compétition, en 1984.
Lors de son deuxième match de poule, la Côte d’Ivoire a perdu contre le Nigeria (0-1). Pour se qualifier pour les huitièmes de finale, la Côte d’Ivoire doit terminer parmi les deux premiers de sa poule, ou faire partie des quatre meilleurs troisièmes (sur six). Une victoire contre la Guinée Equatoriale, leur dernier adversaire dans la phase de groupes, les qualifierait automatiquement pour les huitièmes de finale. Les scénarios de l’élimination prématurée de la Côte d’Ivoire, comme en 1984, existent, mais ils sont peu probables.
MALEDICTION 2 – La malédiction 2 est celle des « éléphants blancs ». Un « éléphant blanc » est une réalisation d’envergure prestigieuse qui s’avère en définitive plus coûteuse que bénéfique et dont l’exploitation ou l’entretien devient alors un fardeau financier. Pour une compétition qui dure à peine plus d’un mois, les lourds investissements réalisés seront-ils rentables ? Quels seront les réels bénéfices qui seront tirés de cette nouvelle édition de la CAN.
MALEDICTION 3 – Les pays africains investissent peu dans le repérage et la formation de talents, ce qui laisse le champ libre à des agents recruteurs peu scrupuleux ou véreux. Le trafic de jeunes footballeurs africains est un éternel fléau.
MAROC – Avec la qualification du Maroc pour les demi-finales de la dernière Coupe du Monde au Qatar, fin 2022, la planète foot (spécialistes, télévisions, sponsors) a pris conscience que des équipes africaines pouvaient être compétitives au plus haut niveau. Le Maroc est désormais cité en exemple. Il va organiser la Coupe du monde de football en 2034. Il avait réussi, en 2022, à organiser un événement de portée planétaire : le « Forum mondial de l’Alliance des civilisations » organisé sous le haut patronage des Nations-Unies.
NIVEAU DES JOUEURS AFRICAINS – Les joueurs africains figurent parmi les meilleurs joueurs du monde et ils jouent dans les plus grands clubs européens. Ils ont à la fois le potentiel athlétique et une technique exceptionnelle. Le « réservoir de joueurs » de talent semble inépuisable. Que manque-t-il aux sélections africaines pour qu’elles rivalisent, sur la scène internationale, avec les meilleures équipes du monde ? Très peu de choses, en réalité. Ou beaucoup. Mais, quoi ?
ORGANISATION DE LA CAN – Pendant cette 34è Edition de la CAN, la Côte d’Ivoire sera la vitrine de toute l’Afrique. Il est donc important que cette édition soit parfaitement organisée et totalement sécurisée, afin de permettre au football africain d’accéder à la reconnaissance qu’il mérite et aux pays africains de montrer leur capacité à organiser des événements de dimension mondiale. Alassane Ouattara l’a parfaitement compris, lorsqu’il a, en urgence, nommé Robert Beugré Mambé Premier ministre et ministre des Sports avec pour mission de réaliser la plus belle des CAN. L’enjeu est important et pour l’Afrique et pour la Côte d’Ivoire : la planète entière regardera du côté d’Abidjan, les plus grandes nations du football africain étant présentes avec leurs stars planétaires.
TELESPECTATEURS – La CAN en Côte d’Ivoire sera retransmise dans environ 180 pays La CAF prévoit un record d’audience pour cette 34è Edition : 800 millions de personnes la regarderont dans le monde, soit une augmentation de plus de 50 % par rapport à la CAN organisée au Cameroun en 2022. Autres preuves de cet engouement : 1,4 milliard d’impressions en streaming sur des sites numériques, 351,4 millions de vidéos mises en ligne portant sur le tournoi.». Télévisions et es réseaux sociaux permettront de toucher des millions de personnes à travers la planète et de promouvoir le football africain auprès d’un public toujours plus large.
SPONSORS – Les sponsors, historiques et nouveaux, sont venus plus nombreux au financement de la CAN 2024. Onze marques étaient présentes à la CAN 2015, elles seront dix-huit pour cette version ivoirienne. Les équipementiers sportifs ont noué des partenariats avec les équipes nationales participantes. Le vainqueur de la CAN touchera 7 millions de dollars, un record. L’augmentation des gains que génère la CAN montre l’intérêt croissant que suscite l’événement.
VISITEURS – La Côte d’Ivoire s’attend à recevoir entre 1,5 et 2 millions personnes lors de la CAN, une manne pour tous les secteurs de l’économie du pays (hôtellerie, restauration, transport, etc.).
VITRINE – A moins de deux ans de la prochaine élection présidentielle, la CAN représente un enjeu majeur pour le parti au pouvoir. Alassane Ouattara entend capitaliser sur le succès de la CAN pour consolider son statut de puissance économique régionale. Au-delà du sport, la CAN est bien une priorité politique et diplomatique.
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(1)Glossaire : un glossaire est un dictionnaire alphabétique portant sur un domaine spécialisé. Le domaine spécialisé est celui de la CAN, dont les enjeux sont politiques, économiques, sociaux, sociétaux, diplomatiques et géostratégiques.
Christian Gamboutti : Agrégé de l’Université – Président du think tank Afrique & Partage – Président du CERAD (Centre d’Etudes et de Recherches sur l’Afrique de Demain) – Directeur général de l’Université de l’Atlantique (Abidjan) – Chroniqueur, essayiste, politologue. Contact : cg@afriquepartage.org