Culture

Chronique du lundi – Mansa : la maison des mondes africains ouvre ses portes à Paris

Par Christian Gambotti13 octobre 2025

La MansA, un lieu de vie pluridisciplinaire

Voulu en 2021 par l’Elysée lors du Sommet Afrique-France à Montpellier, la Maison des Mondes Africains (MansA) a ouvert ses portes à Paris, le samedi 4 octobre 2025. Ce nouveau centre culturel dédié aux cultures africaines et afro-diasporiques s’installe, pour deux ans, dans un ancien atelier de haute-couture de 800 m² sur trois étages, situé 26 rue Jacques Louvel-Tessier, 75010 Paris. L’hébergement est provisoire, mais il est prévu que la MansA, comme l’Institut du Monde Arabe, dispose d’ici 2027 d’un site pérenne.

La MansA n’est pas un musée, ces temples sacrés qui relèguent le visiteur au rang de contemplatif immobile, mais d’un véritable lieu de vie, centre pluridisciplinaire, à la fois vitrine, tribune et tremplin : une vitrine pour les artistes, une tribune pour des débats, un tremplin pour les jeunes entrepreneurs africains et afro-descendants. Se réjouissant de la création d’un espace dédié à la création contemporaine africaine, la directrice de la MansA, Liz Gomis, déclare : « On va pouvoir enfin déployer ce qui était dans nos têtes. » Qu’est-ce qu’il y a dans la tête de Liz Gomis, représentante absolue de l’Afrique, des Africains et des Afro-descendants aujourd’hui?

Le rôle de la MensA : « Décloisonner, faire de la culture pour tous »

À propos de la MansA, Liz Gomis tient à préciser : « Ce n’est pas un musée pour et sur l’Afrique, mais un lieu ouvert, pour toute la population ». Elle ajoute : « nous voulons décloisonner, faire de la culture pour tous, parler de colonial et de décolonial dans un lieu hybride. » L’hybridité et le foisonnement sont la définition même de la vie, or la culture, c’est la vie. La culture a toujours exprimé le mode de vie des sociétés. Le mot, lorsqu’il se limite aux Beaux-Arts, s’éloigne de la vie et fait peur.

Pour Wakili Alafé, le commissaire général de la JMCA (Journée Mondiale de la Culture Africaine), « Les Africains doivent montrer que leur propre culture existe et en faire la promotion avec une volonté de partage et de dialogue entre les peuples et les civilisations. Ils doivent montrer aussi que leur culture, aujourd’hui comme hier, fait partie de la vie. Le monde porte sur la culture africaine un regard teinté d’un exotisme néocolonial. On parle d’art primitif, un statut inférieur, lorsqu’il est question d’art africain. La MansA montre que la culture africaine est elle-même productrice de modernité et que, dans la modernité, elle produit du sens. »

Le lien entre la culture, la proximité, la vie et l’histoire de l’Afrique se retrouve dans le nom de MansA qui joue sur deux références : le mot latin « mansio » qui signifie « maison », lieu de vie de la famille, et Mansa Moussa, le souverain malien du XIVe siècle. La grande famille est celle que constituent tous les peuples d’Afrique, la maison commune étant le continent africain.

La référence à Mansa Moussa n’est pas le fait du hasard : Mansa Moussa, dont le règne se situe entre 1312 et 1337, a été le dixième « mansa » de l’empire du Mali. « Mansa » est un titre mandingue signifiant « roi des rois ».Si la culture est une identité, l’Histoire de l’Afrique est aussi une identité. L’Africain vit tous les jours de sa vie dans sa culture et son Histoire. Son identité culturelle et historique se construit depuis toujours, bien avant la colonisation européenne qui a « invisibilisé », jusqu’à l’effacer, l’époque trop peu connue des anciens empires de l’Afrique de l’Ouest.

Pour Wakili Alafé, « le rôle de la MansA est de tisser ce lien entre l’Afrique ancienne, l’Afrique actuelle et l’Afrique à venir à travers la création contemporaine africaine qui, par son influence grandissante dans tous les domaines de la culture (mode, musique, peinture, sculpture, etc.), participe à la création d’une nouvelle civilisation de l’universel débarrassée de la domination des codes esthétiques occidentaux. »

Les expositions et les débats de la MansA vont permettre de questionner l’impact de la modernité africaine sur le monde. L’exposition « Noires » de Roxane Mbanga, 29 ans, artiste française née d’un père camerounais et d’une mère guadeloupéenne, qui investit les lieux du 3 au 26 octobre 2025, ouvre la voie à ce questionnement.

Pour Liz Gomis. « Roxane est la bonne personne à qui confier les clés : elle est douce, gracieuse, apaisante. Elle donne envie de rentrer. L’exposition s’appelle « Noires », mais ce n’est que joie et couleur. »

Un lieu hybride transdisciplinaire

Le journaliste de Libération, Rémi Guezodje, présente la MensA comme un lieu hybride transdisciplinaire : « Le Ciné-club « CinéMansA » propose des projections suivies de rencontres avec cinéastes, chercheurs et critiques.

Au programme cette saison : Burning an Illusion (1981), Freda (2022), Perfect Images (1981), Grey Area (1982), A Deusa Negra (1978), une rétrospective Samuel Suffren, Elsie Haas (1985) et Zatrap (1978). Le documentaire, Un Indien dans la ville, qui suit Smaïl Kanouté de Paris à La Nouvelle-Orléans sur les traces des Black Indians, illustre cette approche mêlant mémoire et création contemporaine.

La musique occupe une place centrale avec des focus sur le Highlife du Ghana, le rock sahélien, le Soukouss du Congo, le Makossa camerounais, le Raï et les musiques caribéennes de Guadeloupe et Martinique. Des artistes comme Mélissa Laveaux (Canada/Haïti) et Nyokabi Kariuki (Kenya) animeront des “Veillées sonores”, ces moments d’écoute et de partage musical qui promettent de transformer les soirées parisiennes.

Des collaborations sont prévues avec diverses institutions culturelles dont le Centre Pompidou, notamment pour la restauration de films de la réalisatrice Sarah Maldoror. L’institution a également prévu des échanges à l’international, “avec le Brésil et le Nigeria”, précise Liz Gomis. Un nouveau magazine est en préparation, “avec des sujets de fond et des plumes venant de l’international”, détaille la directrice. Des “programmes de médiation à destination des plus jeunes” sont aussi en projet. » (1)

Développer l’écosystème des industries culturelles et créatives

Le « MansA Lab » accueillera un incubateur dédié aux industries culturelles et créatives. Un jury s’est réuni le 7 octobre 2025 pour sélectionner les 12 projets de la première promotion, sont l’incubation est prévue en novembre 2025 pour 8 mois d’accompagnement, à la fois dans les locaux de la MansA et en ligne : « Ce dispositif s’adresse aux porteurs de projets qui racontent les mondes africains, qu’ils soient artistes, entrepreneurs culturels, designers ou penseurs. » (2) Il s’agit de valoriser toutes les initiatives artistiques, culturelles, scientifiques ou entrepreneuriales. La culture est aussi un écosystème et l’un des piliers du soft power africain.

(1) Source, « Libération », article de Rémi Guezodje, publié le 23/07/2024.
(2) Idem.

Christian GAMBOTTI – Agrégé de l’Université – Président du think tank Afrique & Partage – Président du CERADAFRIKI (Centre d’Etudes et de Recherches sur l’Afrique de Demain) – Directeur général de l’Université de l’Atlantique (Abidjan) – Chroniqueur, essayiste, politologue. Contact : cg@afriquepartage.org

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