Aminata Sarr, lauréate du programme L’Oréal-UNESCO For Women in Science Young Talents pour l’Afrique subsaharienne, soutient que les femmes ont pleinement leur place dans la science.
Docteure en ingénierie de l’eau et de l’environnement, à 30 ans, la Sénégalaise Aminata Sarr fait partie des jeunes chercheuses africaines distinguées en 2025 par le programme L’Oréal-UNESCO For Women in Science Young Talents pour l’Afrique subsaharienne. Dans un entretien accordé à afrikipresse le mercredi 10 décembre 2025, elle évoque l’état de la recherche au Sénégal, la place des femmes en science et son travail innovant sur les systèmes agrivoltaïques, une solution prometteuse pour concilier production agricole, énergie solaire et gestion durable de l’eau en zones arides.
Un effort croissant pour la recherche au Sénégal
Interrogée sur l’état actuel de la recherche scientifique au Sénégal, Aminata Sarr se montre optimiste. « ça avance de plus en plus parce que c’est vrai que le gouvernement peut investir davantage dans la recherche, mais on voit quand même qu’il y a un effort qui est effectué. », indique-t-elle. Elle note des progrès concrets : appels à candidatures fréquents, financements pour les doctorants et activités de recherche. Ces efforts, selon elle, permettent d’accompagner les chercheurs et de faire progresser le pays dans le domaine des sciences.
Sur la place des femmes dans le monde scientifique, Aminata Sarr est catégorique : il ne devrait pas y avoir de distinction de genre. « Les femmes persévèrent partout dans le monde en science. Elles vont de l’avant dans le domaine de la recherche », souligne-t-elle. Elle cite l’exemple de son propre laboratoire au 2iE à Ouagadougou au Burkina Faso, dirigé par une femme, preuve que les chercheuses excellent dans des domaines comme la médecine, l’ingénierie ou l’énergie, même si des efforts restent nécessaires pour accompagner la dynamique.
Les systèmes agrivoltaïques : une double production sur une seule terre
La recherche d’Aminata Sarr porte sur l’optimisation des systèmes agrivoltaïques. Concrètement, il s’agit d’installer des panneaux solaires surélevés au-dessus des cultures, permettant une production simultanée d’énergie et de nourriture sur la même surface. Face à l’explosion démographique, qui accroît la demande en aliments et en électricité, cette approche résout un conflit majeur : la concurrence pour les terres entre agriculture et centrales photovoltaïques.
« Les panneaux solaires ont moins d’impact environnemental que les combustibles fossiles, et leur prix diminue », explique-t-elle. En zones rurales africaines, où l’accès à l’électricité est limité, l’énergie solaire représente une alternative précieuse. Cependant, une installation classique de grandes centrales solaires requiert beaucoup d’espace, au détriment des cultures.
Les systèmes agrivoltaïques contournent ce problème en créant une synergie : l’ombrage des panneaux réduit l’évapotranspiration des plantes, préservant ainsi l’humidité du sol et les ressources en eau, un atout très déterminant face au changement climatique.
Aminata Sarr a développé des modèles d’optimisation pour équilibrer l’espacement des panneaux : maximiser à la fois la production énergétique et agricole, tout en intégrant un système d’irrigation automatisé qui délivre exactement la quantité d’eau nécessaire aux cultures, sans gaspillage.
« Dans les zones sahéliennes où l’eau est rare, cela peut être très utile », confirme-t-elle, soulignant l’impact réel pour les agriculteurs confrontés à la surexploitation des ressources hydriques par manque de connaissances.
Encourager les candidatures au programme L’Oréal-UNESCO
Quant à la sous-représentation des francophones parmi les lauréates (environ 7 ou 8 sur 50), Aminata Sarr préfère ne pas spéculer sur les causes. Elle insiste toutefois sur le dynamisme des femmes francophones en recherche, au Sénégal comme au Burkina Faso. Elle encourage vivement ses collègues doctorantes à postuler : les programmes diffusent largement les appels, et plusieurs lauréates émergent chaque année. « C’est une opportunité à saisir, car le concours couvre de nombreux domaines », dit-elle.
En conclusion, Aminata Sarr lance un appel motivant : « Les femmes ont leur place dans la science. Elles doivent croire en elles, apprendre plus et mettre les efforts nécessaires. La science n’est pas une question de genre : tout ce que les hommes peuvent faire, les femmes le peuvent aussi. »
Yaya K