Dans une société ivoirienne devenue une société marchande, la fondation Hadja Fanta Kader fait vivre les valeurs traditionnelles de solidarité et de partage des identités plurielles.
L’effacement progressif des solidarités traditionnelles
On assiste aujourd’hui à l’effacement progressif des solidarités trafitionnelles en Afrique. Les gouvernements mettent en œuvre des politiques sociales qui instaurent une solidarité institutionnelle afin d’accompagner chaque undivided, en particulier les populations les plus pauvres et les plus précaires. Ces politiques sociales, qui demandent des financements lourds, atteignent rapidement les limites supportables pour des économies fragiles confrontées à d’énormes besoins.
L’Afrique reste dépendante de l’aide international, notamment, dans les domains de la santé. Or, Trump vient de démanteler l’USAID, plongeant l’Afrique dans une nouvelle tragédie humanitaire. La vocation des fondations humanitaires, est alors, dans des sociétés en mutation, pallier le manque de protection civile et sociale que connaissent la grande majorité des Africains.
Les sociétés traditionnelles africaines
Toutes les études montrent que la solidarité est l’une des valeurs fondamentales des sociétés africaines traditionnelles. Aujourd’hui, cette solidarité tend à disparaître, remplacée par les valeurs d’une société marchande où tout s’achète et se vend. La modernité se pense sans les solidarités traditionnelles qui ont toujours permis de créer des liens forts entre les individus et réduire les inégalités.
Paradoxalement, le bien-être collectif que propose l’Etat moderne, installe, au premier rang dans la hiérarchie des valeurs, la promotion de l’individu avec, pour consequence, la montée de l’égoïsme et des méfiances. L’autre a désormais moins de valeur que soi-même. Le groupe n’existe plus comme communauté, la société se compose d’individus consommateurs d’une solidarité institutionnelle à laquelle ils ont droit.
On ne parle plus de solidarité, mais de protection sociale, c’est-à-dire de dispositifs étatiques permettant de faire face aux conséquences financières des « risques sociaux » (maladies, vieillesse, handicap, pauvreté, logement, alimentation, etc.).
L’individu deviant un être abstrait
Dans les sociétés contemporaines, qui sont régies par des principes néo-libéraux, l’émancipation de l’individu suppose la mort de l’être concret, membre d’une communauté qui reconnaît sa valeur, L’être réel devient un être abstrait qui n’existe qu’à travers des formulaires que lui demandent de remplir l’Etat et des administrations bureaucratiques.
L’Etat, qui reste lui-même une abstraction pour la plupart des individus en Afrique, regarde alors les êtres sans les voir et les écoute sans les entendre. Alors que les solidarités traditionnelles sont un humanisme, l’individualisme forcenée des sociétés modernes, devenues postmodernes avec la révolution numérique, s’éloigne de toute forme d’humanisme, ce qui perpétue toutes les formes de ségrégation.
Un complexe islamique, au service de la foi et des populations
La Fondation Hadja Fanta Kader, nourrie d’humanisme et de spiritualité religieuse, renoue avec les solidarités traditionnelles, ce qui se traduit par des actes concrets qui permettent de lutter contre l’exclusion et l’isolement. Quels sont ces actes ? Accepter l’autre et le reconnaître dans sa dignité, l’aider et le soutenir, l’accompagner et le protéger.
À l’initiative de Mr Ali Kader Coulibaly, députe-maire de M »Bengue et généreux donateur, la Fondation Fanta Kader s’est doté d’un Complexe islamique qui comprend une mosquée, des logements pour les imams et les muezzins, un centre de formation islamique et un centre de santé. Ce complexe est aussi le siège de la Fondation. Pour Ali Kader Coulibaly, homme politique profondément croyant, engagement et spiritualité ne font dans la lutte contre l’exclusion.
L’homme politique et l’homme profondément croyant ne font qu’un. L’homme politique dispose du pouvoir d’agir et des moyens que lui confère sa légitimité que lui confèrent ses prérogatives, le croyant trouve dans sa foi la force d’agir. Si la religion ne fait pas de politique, elle est l’incontournable socle moral de l’action politique, interdisant toute discrimination.
Un héritage culturel
La Fondation porte le nom de la défunte mère de M. Ali Kader Coulibaly : Fondation Hadja Fanta Kader. Le vendredi 1er août 2025, lors de la cérémonie d’inauguration du complexe islamique Hadja Fanta Kader, qui s’est déroulé dans la commune de M’Bengué, le Président de la Fondation, le 4è fils de M ; Ali Kader Coulibaly, a rappelé que cette Fondation « est née d’une histoire, celle d’une femme exceptionnelle : Hadja Kader. »
Prenant la parole, il a déclaré : « Une joie profonde et une émotion sincère, empreintes d’une immense gratitude, m’envahissent alors que je me tiens devant vous, en tant que président de la Fondation Fanta Kader, pour vous parler d’un héritage, d’un rêve et d’un engagement. Grand-maman, comme nous l’appelions affectueusement, n’était pas simplement la matriarche de notre famille. Elle était un refuge. Une âme généreuse qui, pendant des décennies, a accueilli chez elle des élèves, des orphelins, des enfants désabusés, ou simplement des âmes en détresse que son fils lui confiait, parce qu’ils n’avaient nulle part où aller. Elle offrait bien plus que l’hospitalité : elle donnait de l’amour, de l’écoute, de la dignité. Et c’est cette mémoire, cet esprit de partage et de service, que nous, ses petits-enfants, avons voulu perpétuer à travers la Fondation Fanta Kader.»
L’esprit de solidarité permet de lutter contre le manqué de ressources et l’isolement dont souffrent toutes les personnes en situation de fragilité. Le president de la Fondation en dresse la liste : «des élèves, des orphelins, des enfants désabusés, ou simplement des âmes en détresse». Mais, il ajoute, à propos de sa grand-mère : « Elle offrait bien plus que l’hospitalité : elle donnait de l’amour, de l’écoute, de la dignité.’ Soulignant la force protectrice et nourricière de la communauté, un proverbe Akan dit: “Le fils du voisin est aussi ton fils.” »
Pour Hadja Fanta Kader, si la première réponse à la souffrance humaine est la solidarité, elle puise la force d’agir dans la foi et la prière. D’où la construction d’un complexe islamique dans lequel l’«identité spirituelle donne lumière» à l’«identité citoyenne.»
Le lien entre religion et solidarité
La solidarité, qu’elle soit laïque ou dictée par la religion, relève d’une loi morale, à laquelle ne peuvent se soustraire les femmes et les hommes de Bien. Hadja Fanta Kader était une femme de Bien; une “âme généreuse”, profondément croyante.
Le Président de la Fondation s’est ainsi exprimé : « Que pourrions-nous offrir à notre chère grand-mère ? Quel serait le plus beau cadeau à lui adresser, même dans l’au-delà ? La réponse s’est imposée à nous : bâtir une mosquée, un lieu de prière et de paix, une sadaqah jâriyah – aumône continue – comme recommandé dans l’Islam. Ce lieu ne lui profitera pas seulement à elle, mais à toute la communauté. Il incarne l’amour que nous lui portons et la foi qu’elle nous a transmise.»
Transmettre la foi, c’est aussi transmettre l’esprit de générosité et de partage Le président de la Fondation Hadja Fanta Kader définit ainsi la vocation du complexe islamique mis au service de la population : «Nous espérons que ce lieu sacré de l’Islam devienne un espace de vie, d’accueil, de rencontres, d’échanges, de convivialité et de partage pour tous les citoyens», musulmans et non-musulmans.
Pour la Fondation Hadja Fanta Kader, si «dans la pratique religieuse, tout renvoie à la fraternité, à la solidarité, à la société, l’acte de foi nourrit naturellement l’acte public – il lui donne même sens».
Dans les jeunes sociétés africaines, le débat porte toujours sur les identités multiples qui construisent l’individu, même si, dans certains pays comme la Côte d’Ivoire, les identités ethniques et territoriales qui ont longtemps fracturé la société, se sont apaisées. Il ne s’agit pas faire disparaître une identité au profit d’une autre. La Fondation Hadja Fanta Kader ne defend pas le principe d’une cohabitation de ces identités plurielles, elle défend de principe d’une complémentarité, “afin de construire un meilleur vivre-ensemble.”
Les identités plurielles
L’homme se définit par les identités multiples qui le construisent : identité religieuse, identité citoyenne, identité républicaine et identité politique. Ces identités plurielles ne peuvent pas être détachées de leur envitonnement immédiat. M’Bengué est au coeur du monde musulman. L’inauguration du complexe islamique de M’Bengué, qui s’est faite en présence de toutes les autorités religieuses et politiques, mais aussi en presence des acteurs de la société civile, a été pensée pour dissiper les malentendus, de lever les suspicions et d’éradiquer les tabous qui pèsent injustement sur le monde musulman.
L’islam interroge les sociétés modernes et les sociétés modernes interrogent l’islam. Un malentendu persiste, lorsque s’affrontent un islam politique qui conteste les lois de la République laïque et une laïcité militante qui dénonce la présence de la religion dans la société. Si «l’Islam est une réalité incontournable», le president de la Fondation Hadja Fanta Kader tient alors à préciser : «Notre présence s’inscrit dans un cadre républicain, et nous travaillerons avec toute personne qui promeut une laïcité positive, d’ouverture, de justice et de respect.»
Le député-maire de M’Bengué, Ali Kader Coulibaly, fils de Madame Hadja Fanta Kader, par les actions qu’il initie en tant qu’élu (l’arbre de Noël pour les enfants, l’opération “Nourrir 3 000 élèves” dans les écoles publiques de la region), incarne au plus haute degré cette volonté d’agir dans le cadre d’une laïcité qui, certes, impose la neutralité de l’Etat et l’égalité de tous devant la loi sans distinction de religion, mais qui n’oblige pas l’individu à renoncer à sa foi religieuse.
La laïcité n’est pas l’ennemie des religions, elle n’est pas une croyance qui concurrence les autres convictions, elle est un principe politique qui permet à toutes les convictions de vivre en bonne hatmonie les unes avec les autres, afin de construire un meilleur “vivre ensemble”. En tant qu’élu d’une République laïque, le député-maire de M’Bengué n’oppose pas la laïcité qui interprète la vie et l’action à partir de principes uniquement issus du monde matériel et ses convictions religieuses qui lui donnent une force spirituelle qui se nourrit d’une confiance en Allah pour surmonter les obstacles.
La société ivoirienne : tradition et modernité
La laïcité est le résultat d’une émancipation du pouvoir politique de l’emprise de la religion, ce qui a conduit les sociétés occidentales à renvoyer la religion dans la sphère privée. C’est un trait de modernité. En Afrique, la religion ne relève pas de la sphère privée, elle occupe une place importante dans la construction de l’État et dans sa stabilité. C’est le résultat d’une tradition. La jurisprudence constitutionnelle africaine entérine le fait que le principe de laïcité n’est qu’un instrument de l’égalité entre citoyens, elle n’en fait pas un outil de censure des croyances religieuses.
L’État ivoirien ne viole pas donc pas le caractère laic de la République de Côte d’Ivoire, lorsqu’il autorise la construction d’un complexe islamique dote d’une mosquée. Quelle est alors la limite du fait religieux, lorsque la religion exerce une veritable influence sur la vie publique et l’action politique ? Cette limite est celle de la preservation de l’ordre public et de l’unité nationale., ce à quoi se plie la Fondation Hadja Fanta Kader.
En Côte d’Ivoire, le principe d’une laïcité tempérée autorise l’État à subventionner sans discrimination les confessions religieuses. Il est alors parfaitement justifié que la Fondation Hadja Fanta Kader demande à bénéficier d’une subvention publique, car, à travers cette Fondation et les figures qui l’animent, morale laïque et morale religieuse se rejoignent dans la défense des mêmes valeurs: la justice, le partage, l’entraide et la solidarité.
Christian GAMBOTTI – Directeur général de la “TIGUI FOUNDATION” (Abidjan)