Opinion

Contribution – Routes ivoiriennes : l’heure du sursaut

Par La Rédaction14 février 2026

Parfois, les chiffres parlent plus fort que les sirènes. Depuis le 1er janvier 2026, la Côte d’Ivoire a enregistré 519 accidents de la circulation. Bilan provisoire : 164 morts et 1 934 blessés. Quatre vies fauchées chaque jour. Quatre familles plongées quotidiennement dans le deuil. Derrière ces statistiques froides, il y a des visages, des rêves interrompus, des enfants qui n’attendront plus jamais le retour d’un parent.

Dans un communiqué rendu public cette semaine, le ministère des Transports et des Affaires maritimes tire la sonnette d’alarme. Son premier responsable, , parle d’une « recrudescence préoccupante » des accidents. Le constat, également dressé lors du Conseil national de sécurité du 12 février 2026, sonne comme un rappel brutal : la route est redevenue un champ de bataille.

Pourtant, l’espoir avait germé. Adoptée en 2021, la Stratégie nationale de sécurité routière visait une réduction de 25 % du nombre d’accidents et de tués à l’horizon 2025 et 50% d’ici 2030.

Jusqu’en 2024, les résultats étaient jugés encourageants. Les campagnes de sensibilisation – qui représentaient près de 80 % des actions engagées – avaient contribué à infléchir la courbe macabre. Messages radiophoniques, interventions dans les gares routières, mobilisation des médias : la pédagogie semblait porter ses fruits.

Mais la fin de l’année 2024 puis 2025 ont marqué un tournant inquiétant. Les mauvaises habitudes ont resurgi. Excès de vitesse, alcool au volant, surcharge de véhicules, absence de permis ou de visite technique, défaut d’assurance, non-port du casque… Autant de comportements à risque qui transforment chaque trajet en pari dangereux.

Face à cette rechute, le ministre change de braquet. Place désormais à la « tolérance zéro » pour les infractions majeures.

Le message est clair : plus question de fermer les yeux. Les conducteurs sans permis valide, les véhicules sans visite technique, les engins à l’éclairage défectueux ou chaussés de pneus usés s’exposeront à la rigueur de la loi. Les surcharges de marchandises et le surnombre de passagers seront traqués. Les conducteurs en état d’ivresse ne bénéficieront d’aucune indulgence.

Le ministère annonce également des inspections inopinées dans les centres de visite technique. Tout centre défaillant sera immédiatement fermé. Les opérateurs de transports spéciaux – gaz butane, hydrocarbures, sable, gravier, béton ou enlèvement d’ordures – seront convoqués à des rencontres urgentes pour un rappel strict des règles de sécurité. Enfin, le contrôle du permis à points sera intensifié, avec invitation faite aux automobilistes de vérifier leur solde sous peine de sanctions.

Ce virage répressif ne signifie pas l’abandon de la sensibilisation. Au contraire, les campagnes seront renforcées sur toute l’étendue du territoire, en collaboration avec les autorités préfectorales, les médias et les acteurs du transport routier. La pédagogie continue, mais elle sera désormais épaulée par une fermeté assumée.

Car au-delà des textes et des contrôles, la question est profondément humaine. Si le gouvernement est résolument engagé à faire de nos routes des espaces de vie et non de mort, la sécurité routière ne peut reposer uniquement sur l’action publique. Chaque conducteur, chaque motocycliste, chaque passager détient une part de responsabilité. Allumer ses feux, attacher sa ceinture, porter son casque, refuser la surcharge, respecter les limitations de vitesse : ces gestes simples sauvent des vies.

Les routes ivoiriennes ne doivent plus être le théâtre de drames annoncés. La stratégie nationale avait montré qu’un changement est possible. La résurgence actuelle rappelle qu’aucun acquis n’est définitif. Entre sensibilisation et répression, l’État hausse le ton. Reste à savoir si chaque usager entendra l’appel.

La sécurité routière n’est pas une contrainte administrative. C’est un pacte collectif. Un engagement envers soi-même, mais surtout envers les autres. Parce qu’au bout de chaque route, il y a une vie qui attend.

Une contribution de…Koné Khayafa (Étudiant ivoirien à l’université d’Ankara en Turquie)

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