Johann Schmonsees, directeur du Hub média régional pour l’Afrique et porte-parole du département d’État américain, a accordé une interview à AfrikiPresse le 11 décembre 2023, lors de la COP 28 de Dubaï.
Au cours de cet entretien via Zoom, le diplomate américain a abordé les décisions consensuelles sur des questions cruciales telles que l’adaptation, le financement pour les pertes et dommages, la promotion d’actions urgentes pour renforcer la résilience aux impacts climatiques, la mobilisation des ressources financières pour soutenir l’action climatique, et le rôle des États-Unis dans le renforcement de la résilience et l’accélération de la transition énergétique.
Bonjour Excellence, merci de nous accorder cette interview. Pouvez-vous nous éclairer sur les mesures urgentes que les États-Unis envisagent de prendre pour renforcer et accélérer la résilience ainsi que la transition énergétique ?
Les États-Unis ont initié des actions significatives, notamment la réduction des émissions de CO2. Nous prévoyons de tripler la production d’énergie nucléaire dans les 20 prochaines années, d’accroître de sept à huit fois la production d’énergie éolienne et solaire sur la même période. Parallèlement, nous apportons notre assistance aux pays en développement pour réduire leurs émissions. Notre collaboration internationale, notamment lors de la COP 28, vise à négocier une réduction significative des énergies fossiles.
Pouvez-vous fournir des exemples concrets des actions que vous comptez entreprendre avec les pays en développement pour les soutenir dans leur transition énergétique ?
Nous avons mis en place plusieurs initiatives, conscient du besoin accru d’énergie en Afrique pour son développement. Le programme Power Africa, créé il y a deux ans, travaille en partenariat avec des acteurs locaux, qu’ils soient producteurs privés d’énergie ou gouvernementaux, à travers tout le continent africain. Avec une focalisation sur les technologies vertes, telles que les projets solaires et éoliens, nous cherchons à éviter aux pays en développement les erreurs des pays industrialisées liées à une dépendance excessive aux énergies fossiles.
La transition implique des coûts importants. Comment les États-Unis entendent-ils aider les pays en développement à mobiliser les ressources nécessaires ?
Les énergies propres exigent des ressources nouvelles. Notre partenariat avec la VRC vise une exploitation durable des minéraux, mettant l’accent sur les droits humains et les droits des travailleurs. Reconnaissant le rôle central de l’Afrique dans cette transition, en raison de ses ressources naturelles et de son rôle moteur de la croissance mondiale, nous veillons à ce que les économies africaines adoptent des pratiques modernes grâce aux nouvelles technologies. L’initiative PAPER, un partenariat privé-public, implique 31 entreprises qui partagent leurs technologies, pour les mettre à disposition des pays en développement.
Quelles sont les mesures urgentes prises par le gouvernement américain pour limiter le réchauffement climatique ?
Outre les mesures nationales visant à réduire nos propres émissions, nous cherchons activement, au sein de cette COP, à obtenir un consensus mondial pour restreindre les émissions des centrales à charbon à l’échelle mondiale. La réduction des émissions de méthane, gaz à effet de serre plus dangereux que le CO2, est également un objectif. Notre perspective à long terme reste globale. Dans cette COP, notre priorité est de collaborer avec nos partenaires et d’anticiper les actions individuelles. La création de partenariats et l’établissement de consensus sont cruciaux, car nous partageons la planète, et bien que nous prenions des mesures importantes, il est essentiel que d’autres suivent notre exemple.
Parlant de partenariats, quels États soutiennent vos initiatives ?
Les négociations étant en cours, il serait prématuré de devancer nos négociateurs qui œuvrent à la conclusion d’accords, d’autant plus que nous sommes dans les derniers jours de la COP. Nous sommes en pourparlers avec les gouvernements du Golfe sur les nouvelles technologies, et les pays en développement se sont ralliés au fonds “Perte et dommages”.
Cette COP se distingue des précédentes par la recherche de nouveaux moyens de partenariat, transcendant les clivages traditionnels entre les États-Unis, l’Europe et les autres pays. Nous cherchons à créer des consensus et des partenariats inclusifs.
Vous parlez d’une COP différente des autres. Qu’est-ce qui garantit cette fois-ci que les promesses seront tenues, contrairement aux précédentes COP ?
Bien que je puisse m’exprimer uniquement au nom de mon pays, je tiens à assurer que nos efforts et nos engagements sont sérieux. Le processus d’obtention de fonds par le gouvernement américain, soumis à l’approbation du Congrès, assure une utilisation responsable et efficace de ces ressources. En Afrique, les missions USAID, présentes pratiquement dans chaque pays, travaillent activement sur le terrain avec des partenaires locaux. Notre engagement est très sérieux, et nous exhortons également les autres pays à respecter leurs engagements.
Quelles sont les initiatives du gouvernement américain pour encourager les États africains à adopter les énergies renouvelables ?
La résilience et l’adaptation revêtent une importance cruciale. Le changement climatique est déjà une réalité, avec des conséquences visibles telles que l’insécurité alimentaire en Afrique, entraînant des migrations. Nous sommes le principal donateur mondial de fonds pour l’aide humanitaire et le développement, mais nous avons également lancé de nouvelles initiatives pour lutter contre les effets des changements climatiques. Par exemple, l’initiative axée sur les agriculteurs vise à financer la recherche sur des sols et des semences adaptés au contexte climatique, et partager cette expertise avec les agriculteurs.
Un dernier mot avant de conclure notre entretien ?
Les négociations se poursuivent, mais notre objectif demeure la réalisation d’un consensus mondial et le soutien aux pays africains et aux autres pays pour les aider à s’adapter, trouver une résilience et mobiliser les ressources.
Yaya K.