AFRIKIPRESSE -Paris. Deux décisions présidentielles ont été annoncées à Abidjan, mardi soir. La première est relative à la nomination de M Seydou Diarra en qualité de Président de la Haute Autorité à la Bonne Gouvernance. La seconde fait état de la création de la Commission Nationale pour la Réconciliation et l’Indemnisation des Victimes, dénommée CONARIV.
Cette commission a pour objet de parachever les travaux de la Commission Dialogue, Vérité et Réconciliation (CDVR) et de procéder à l’indemnisation des victimes des crises survenues en Côte d’Ivoire. Monseigneur Paul Siméon AHOUANAN, Archevêque Métropolitain de Bouaké, a été nommé Président de la CONARIV.
[ Analyse des enjeux de ces nominations ]
Reputé pour ses propos souvent crus et ses vérités , Mgr Ahouana incarne à sa façon l’adhésion de l’Eglise catholique à la politique du chef de l’Etat ivoirien. Membre de la défunte CDVR dirigée par Charles Konan Banny, l’évêque avait été considéré par moments comme un proche de l’ex gouverneur de la Bceao . Il est clair au moins qu’il a désormais choisi son camp, tant il est difficile d’accepter une telle nomination sans endosser un choix d’une réélection de M Ouattara contre ses adversaires, dont son ex-président Banny. Si rattrapage il y’a dans son choix , ce serait bien un rattrapage Pdci ou plutôt Akan. Une sorte de géopolitique à la Houphouet – ou Bédié ( qui pouvait par exemple remplacer un natif de Katiola ( Ouassenan ) par un autre natif de Katiola ( Dinonan). Voici qu’un Akan-chretien succède à un Akan-chretien, oint par le Pape et membre du haut clergé ivoirien! Concernant Seydou Diarra c’est le grand come back pour le doyen qui était en réserve de la République, après avoir occupé de très hautes fonctions dans le pays. La révélation récente de ses liens étroits d’amitié et de fraternité avec Essy Amara lorsque celui avait fait savoir son ambition présidentielle, ne l’avait pas mis à l’aise. Ses proches avaient alors fait savoir qu’il n’avait rien à voir avec les plans et les ambitions de son “frère “. Seydou Diarra s’était clairement désengagé de l’aventure d’Essy Amara, auprès de ceux qui s’étaient inquiétés de voir que son nom pouvait être entraîné dans l’affaire. Sa nomination devrait définitivement le couper du candidat Essy Amara qui avait déjà lui-même révélé que, depuis qu’il a fait savoir ses ambitions, certains de ses amis le fuient. Il ne s’agit pas d’une spécificité ivoirienne, mais des réalités de la vie politique partout. Avec ces deux nominations aux allures Rhdp, le chef de l’Etat ivoirien frappe deux coups, et met la pression sur ses adversaires. Les uns s’en vont , d’autres rejoignent l’équipe Ouattara et ne sont pas moins brillants, que les irréductibles en terme de références et de compétences, tel semble le message qu’il adresse même s’il n’a pas vraiment fait de nouvelles recrues, encore moins de débauchage fracassant, ou de ralliement par exemple dans le camp Gbagbo. Alassane Ouattara démontre aussi par ces nominations que jusqu’au bout, il usera des moyens institutionnels à sa disposition pour “cadeauter”, les uns avec la carotte, mais aussi pour user de bâton lorsqu’il le faudra, avec les autres. Banny, Essy , KKB , Koulibaly qui ne sont pas dupes, ni nés de la dernière pluie sont avertis. Ils savent à quoi s’en tenir; parce qu’ils ont compris qu’autant ils ne sont pas prêts à renoncer, ni à faire cadeau à Ouattara, autant celui-ci ne les ménagera pas. Dans cette bataille, des erreurs de casting, ou des stratégies hasardeuses comme cette tentative d’attribuer à des officines pro-Soro les récents propos transmis aux médias par les mêmes personnes du staff Banny régulièrement en contact avec les journalistes, peuvent faire perdre des points.
Charles Kouassi