Dans le bref entretien téléphonique suivant , le Président du Front populaire ivoirien (Fpi), Pascal Affi N’guessan, a réagi face à ceux qui prédisent sa mort politique pour avoir défié l’ancien président ivoirien pour la présidence du dit parti.
Laurent Gbagbo aurait refusé, la semaine dernière de recevoir dans sa prison de la Haye, Koffi Aka qui est l’un de vos plus proches collaborateurs. Que pensez-vous de ce refus ?
Je n’ai envoyé personne à la Haye!
Et pourtant, l’on indique qu’il s’y est rendu en votre nom ?
Mais posez-lui la question. Je vous dis que je n’ai envoyé personne à la Haye!
Pensez-vous que la crise interne au Fpi (Front populaire ivoirien) sera résolue avant les élections présidentielles afin que votre parti se présente à ce scrutin ?
Mais forcément, elle sera résolue. Les élections présidentielles sont encore très loin. Il n’y a pas de crise sans solution.
Que répondez-vous à ceux qui pensent que vous avez signé votre arrêt de mort politique en vous opposant à la candidature de Laurent Gbagbo pour la présidence du FPI ?
Ceux qui disent cela, c’est une déclaration qui n’engage qu’eux. La déclaration d’un individu n’engage que lui. Il n’est pas Dieu, il n’est non plus pas le congrès du FPI et c’est de bonne guerre. Lorsque les gens vous combattent, ils ne peuvent que dire ce qui peut leur donner le sentiment qu’ils tiennent le bon bout. Dans tous les cas, ça n’engage qu’eux.
Quelles action comptez-vous mener pour rassembler autour de vous tous les militants du FPI, y compris les inconditionnels de Laurent Gbagbo ?
Je vais les rassembler.
Et comment allez- vous vous y prendre ?
Vous le verrez dans les jours à venir.
Claude D
——————————————————————————————–
Le Président du Front populaire ivoirien a échangé, le samedi 3 janvier 2015 au siège provisoire de son parti avec les secrétaires généraux de fédérations, les secrétaires nationaux du FPI et les cadres des départements de la Côte d’Ivoire.
Un seul point était à l’ordre du jour de cette rencontre, la première de l’année 2015 : faire le point du parcours du FPI et donner les informations nécessaires pour engager l’année 2015 en ayant une claire vision des défis qui attendent le FPI. Ci-dessous, de larges extraits des échanges entre Pascal Affi N’guessan et les 75 secrétaires généraux de fédérations qui ont répondu à l’appel sur les 105 que compte le FPI; des échanges au cours desquels le président du FPI a annoncé la période de la tenue du 4ème congrès et l’envoi de missions d’explications sur le terrain.
[ Les enjeux, les acteurs de la crise au FPI et leurs motivations]
«Nous nous battons tous pour le contrôle du parti, que ce soit de leur côté ou du nôtre. Je me bats pour qu’on reste et qu’on continue, eux ils se battent pour me dégager afin de s’installer. Cela aurait été un miracle si après le 11 avril 2011 on trouvait le FPI dans le même état d’esprit, la même posture qu’avant cette date. Il y a des questionnements : quelle ligne politique et avec quels hommes envisager l’avenir du parti, l’avenir des cadres et de la Côte d’Ivoire ? Il y a deux camps qui s’appuient à la fois sur deux analyses différentes de la situation et sur deux orientations différentes de la politique à mener. Il y a le camp des «Gbagbo ou rien» et il y a le camp des « Gbagbo et nous» et dans tous les deux camps, Gbagbo est présent. Ceux qui disent «Gbagbo ou rien» résument leurs actions à Gbagbo. Ce sont ceux qui ne veulent pas bouger, qui ne veulent rien faire (…) ” On ne veut rien, on est fâché, on veut se venger et tant qu’on n’a pas fait cela, on n’a pas le cœur apaisé.” Ces camarades ont vécu la crise comme nous l’avons vécue, mais ils n’ont pas encore digéré et ils sont dans des logiques d’affrontements dictées par des ressentiments. Ils ne prennent donc pas en compte le rapport des forces, la réalité du moment (…) La situation s’est compliquée avec la direction intérimaire du FPI lorsqu’il y a eu la nomination d’un porte-parole de Gbagbo à Accra (…) C’est grâce aux secrétaires généraux de fédérations que le projet de ceux qui voulaient changer les choses n’a pas abouti. La surprise de tous, nous avons été libérés le 6 août 2013 et notre retour est venu compliquer les choses. Ils avaient tous calculé que je ne devais pas sortir, que ce soit à Accra ou en Côte d’Ivoire , parce que cela bouleversait leurs plans. C’est dès cet instant que l’idée de ce que je vais tourner la page de Gbagbo est née (…)
[ Ceux qui étaient rentrés d’exil avant notre libération étaient marginalisés, on ne les intégrait pas, ils étaient même suspectés et personne ne voulait leur céder la place. ]
Mais les gens sont restés dans la logique de me diaboliser, de m’empêcher de travailler et c’est lorsqu’il a fallu lever le mot d’ordre du boycott du RGPH que la crise a été portée au grand jour. Ce que nous vivons tire ses origines depuis le 11 avril 2011. Ceux qui sont en exil ne veulent pas que le parti avance parce que si c’est le cas ils seront remplacés. Tous ceux qui parlent ont un problème personnel (…) Un parti n’appartient pas à un individu ou un groupe d’individus. En 90, le FPI était un petit parti, mais c’est grâce à l’action de tous dans toutes les régions que le parti est devenu ce qu’il est (…) Je n’ai pas de complexe parce que l’un des enjeux de la crise, c’est de savoir si on doit laisser le FPI entre les mains de ceux qui pensent que c’est leur bien privé, qui vont s’asseoir à ne rien faire et nous sommes là à attendre Gbagbo. Ce n’est pas de cette manière que nous allons sortir Gbagbo de prison, libérer les Ivoiriens et revenir au pouvoir. C’est pourquoi en face de ce camp, nous disons «Gbagbo et nous». Nous n’allons pas bouder les choses, nous allons rentrer dans la vie politique, dialoguer, négocier. Nous allons faire un effort sur nous-mêmes pour dépasser nos frustrations, nos humiliations. « Gbagbo et nous », c’est le camp de ceux qui se sont élevés au-dessus des humiliations et des frustrations.
[ Nous n’avons pas les moyens d’aller à l’affrontement. ]
Donnons-nous le temps de guérir par la négociation et si pendant ce temps les gens nous méprisent, nous pouvons donner aussi des coups, même si nous sommes malades. C’est ce que nous avons fait avec le boycott du RGPH. Si on peut avancer en dialoguant, c’est mieux que de se battre pour avancer. Mais des camarades se sont opposés à la levée du mot d’ordre. Depuis le 22 mai 2014, le dialogue est bloqué parce que nos camarades qui ont tellement envie de se venger n’ont pas regardé leur intérêt à faire un effort pour profiter de ce qu’on obtenait du boycott du RGPH pour nous repositionner plus tard (…) Le jeu politique repose sur trois pieds dans nos pays, que ce soit en Côte d’Ivoire ou à l’extérieur : le peuple, le pouvoir politique et la communauté internationale. Nous avons commencé à avoir des problèmes depuis que le troisième pied, la communauté internationale nous a échappé et nous sommes tombés. Comment on gère le troisième pied si nous voulons nous relever ? Ce n’est pas Alassane Ouattara que nous devons gérer, mais c’est la communauté internationale en leur disant comment préparer l’avenir, faire la réconciliation, surmonter les problèmes en s’asseyant et en discutant pour que le président Gbagbo revienne. C’est le sens de la déclaration que j’ai faite le 23 avril 2011 après l’arrestation du président Gbagbo. Il n’y a pas de solution militaire à une crise (…) La solution, c’est le dialogue, la paix. Morou Ouattara m’a fait pomper, je le vois mais si je veux utiliser ma position pour me venger, qu’est-ce que le FPI y gagne ?
[Oulaye et Assoa Adou égratignés]
Mais Oulaye nous insulte, pourtant il est content d’être en Côte d’Ivoire, Assoa Adou a un mandat d’arrêt contre lui, mais il a oublié cela. J’ai fait en sorte qu’il rentre, il porte des costumes maintenant, il peut se promener, il a été escorté de Noé jusqu’à Abidjan et il vient s’asseoir pour m’insulter. S’il trouve que ce que j’ai fait n’est pas bon, qu’il retourne à Accra. Ce n’est pas avec eux qu’on peut libérer le président Gbagbo, reconstruire le parti et reconquérir le pouvoir d’Etat (…) Quand on va au congrès pour applaudir la photo de Gbagbo, qui viendra faire connaître la composition du secrétariat général ?
[Nady Bamba, le « pivot » des frondeurs, selon Affi N’guessan]
Parmi les frondeurs, il y a beaucoup de faussaires. Il y en a un qui, à l’époque, a imité la signature du ministre de l’Economie et des Finances pour accorder un agrément de 180.000 tonnes de cacao à une entreprise et il a empoché près de 4 milliards de FCFA. Si ce n’est pas parce qu’il est proche de Gbagbo il serait en prison. Aujourd’hui il est assis en France et il nous emmerde. Dans cette affaire, il ne faut pas oublier Nady Bamba. C’est elle le pivot, les autres ne sont que des instruments. Elle attend qu’on me chasse pour rentrer en Côte d’Ivoire avec son groupe constitué de Demba Traoré, Stéphane Kipré… Elle nous a suffisamment fait de mal, parce qu’elle y est pour beaucoup dans notre chute. Depuis 2007-2008 quand Soro Guillaume est devenu Premier ministre, c’est elle qui a tout fait pour qu’il devienne le chouchou de Gbagbo, à telle enseigne que Konaté Sidiki disait qu’Affi et le FPI sont contre Gbagbo (…) Nous avons tenu une réunion au palais présidentiel au cours de laquelle j’ai dit au président Gbagbo que le désarmement est la clé de la victoire (…) Elle est aujourd’hui engagée à fond dans la fronde. Est-ce pour récupérer le FPI pour le donner à Soro ou à Ouattara ? Si le FPI était uni, nous avons toutes les chances de revenir au pouvoir en 2015, parce que le candidat que tout le monde craint c’est Affi N’guessan (…) Si Gbagbo veut être candidat, il ne va pas se cacher parce qu’il a confié le parti à quelqu’un en 2001. S’il veut reprendre le FPI, la première personne qu’il va saisir c’est moi. C’est ce que nous avons fait en 2010, ce n’est pas un groupe de quatre fédéraux qui l’ont choisi comme candidat en 2010. Gbagbo est plus préoccupé par les actions à mener pour sortir de prison (…)
[Après tout ce que nous avons fait pour le FPI, ce n’est pas avec un appel de Mama qu’on va nous chasser.]
Même si on veut que je parte, qu’on organise au moins une petite cérémonie en mon honneur. Je ne peux pas accepter qu’on fasse un complot autour de moi pendant que je suis encore là. Qu’est-ce que je fais alors ? Je prends ma retraite ? C’est pour toutes ces raisons que nous avons saisi la justice pour préserver le nom de Gbagbo. Ils disent qu’ils ont fait appel, mais nous restons ouverts à la négociation. Comme pour le moment il y a le procès en Assises qui a démarré, on ne peut pas imaginer à partir de quand nous allons reprendre le processus pour le congrès. Mais je pense qu’en principe, au plus tard fin février-début mars 2015, nous irons au congrès.
[ Les conditions pour la libération de Gbagbo ]
Nous savons tous que le problème de Gbagbo n’est pas une question de Droit. Tout le monde dit que le dossier est vide, pourtant la CPI a confirmé les charges, elle refuse de lui accorder la liberté provisoire pour des raisons politiques. Pour la CPI, tant que le contexte politique n’est pas rassurant, il ne faut pas laisser Gbagbo sortir. Des camarades disent qu’il ne faut pas créer de contexte politique rassurant et cela veut dire qu’ils ne veulent pas qu’on libère Gbagbo. Ils posent tous les actes qu’il faut pour effrayer la CPI. Donc c’est notre voie qui peut permettre la libération de Gbagbo. Bensouda qui poursuit Gbagbo n’est que le bras de Ouattara. Quand elle vient en Côte d’Ivoire, c’est le pouvoir Ouattara qui lui dit qui elle doit rencontrer. Tous les témoignages qui sont dans le dossier depuis Ocampo jusqu’à Bensouda sont ceux du pouvoir. Soit on trouve un consensus pour le retour de Gbagbo dans ce cas-là, il n’y aura plus de dossier parce que nous aurons tous décidé qu’il n’y en ait pas. Il s’agira maintenant de voir comment passer de la liberté provisoire à un non-lieu (…) C’est la politique que nous allons faire qui va tout déterminer.
Propos recueillis par Patrick Doua