Société

Côte d’Ivoire : ‘’Paquinou’’ à ‘’baoulékro’’ ou comment fêter Pâques loin du village

Par Ouattara Roxane1 avril 2018

Depuis quelques années, des espaces baoulé poussent à Abidjan. Comment ces espaces sont-ils nés ? Comment fonctionnent-t-ils t-ils, et qui sont ceux qui fréquentent ces endroits ? Afrikipresse s’est rendu sur le terrain pour avoir des éléments de réponses.

La résurrection de Jésus Christ de Nazareth (la fête de Pâques) n’est plus seulement une fête religieuse célébrée dans les lieux de cultes. Elle est célébrée également dans les villages au point où elle est aussi dénommée ‘’paquinou’’, ce qui signifie ‘’chez nous à Pâques’’ en langue baoulé une ethnie du centre de la Côte d’Ivoire.

Depuis quelques années déjà, il est de coutume lors de la fête de Pâques, que les baoulé trouvent là une occasion de retrouvailles entre ressortissants d’un même village; soit pour se retrouver en familles, soit pour avoir une opportunité entre cadres de parler des actions de développement de leurs villages respectifs.

Cependant, entre le stress dans les gares routières dû à l’affluence des voyageurs pour certains, et le court instant que dure ces retrouvailles pour d’autres, ils sont nombreux qui veulent bien rester en Abidjan pour vivre cette même ambiance. C’est dans cette optique que sont nés, les espaces dénommés les ‘’baoulékro’’, des espaces dédiés à la culture musicale et gastronomique baoulé.

« Ici, on parle baoulé, on mange foutou igname et foutou banane avec sauce gnangnan, comme au village des mets authentiques de notre région. On vit déjà ‘’paquinou’’ ici, plus besoin de se déplacer », a confié Amani Martial client du ‘’baoulékro’’ situé au carrefour N’dotré de la commune d’Abobo à Abidjan sud. À la question de savoir les raisons de son choix de célébrer Pâques à Abidjan, le client a répondu : « Je ne connais pas véritablement mon village, mais nos parents nous ont éduqué sans nous éloigner de notre culture, nous venons donc dans les ‘’baoulékro’’ pour essayer de passer du temps comme au village ».

Koffi Jean Jaurès lui, à l’habitude des fêtes de Pâques dans son village. « Cette année, je n’ai pas eu de permission au travail pour me rendre au village comme les autres années, mais je compte bien profiter dans les ‘’baoulékro’’ comme je le fais tous les week-ends depuis quelques temps d’ailleurs. Au baoulékro, c’est la fraternité. », a-t-il révélé.

Laurent Maha, un habitué de ces espaces n’est pas baoulé, mais il vient à ‘’baoulékro’’ pour la musique et pour la gent féminine de cette région réputées, selon lui, pour leur beauté. « Ça nous change du coupé-décalé, du zouglou etc; de plus, ici on mange de la viande de brousse (Agouti, biche, cabri etc). Et puis, il y a de ‘’vraies’’ femmes ici, on ne parle pas trop ici pour avoir une femme », a-t-il indiqué.

Pour Zehia Donald, propriétaire de cet espace, c’est un business qui marche bien. « Les ‘’baoulékro’’ poussent partout dans la capitale ivoirienne, cela signifie qu’il y’a une réelle volonté des populations de se retrouver comme au village. C’est vrai, les ressortissants des villages baoulé sont présents, mais il n’y a pas qu’eux, des gens qui ne comprennent même pas notre ethnie viennent s’amuser aussi. Ce qui fait que nos espaces sont toujours bondés de monde. Les boissons traditionnelles tels que le bangui et le koutoukou sont consommées au même titre que les boissons modernes (bières, vins). La nourriture traditionnelle (soupe avec viande de brousse hérisson, biche, gazelle, cabri…) également est consommée au même titre que le poisson ou le poulet. Chez nous, le client a tous les choix possibles. Nous faisons même les lancements des nouvelles sorties des artistes tradi-moderne. Nous faisons généralement du live dans nos espaces puisque nous avons un orchestre », a-t-il signifié.

Roxane Ouattara

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