En Côte d’Ivoire , l’International Crisis Group alerte l’opposition sur les risques d’un boycott de la présidentielle, tout en appelant les parties à reprendre et favoriser le dialogue politique.
À trois mois de l’élection présidentielle prévue en octobre 2025, la situation en Côte d’Ivoire interpelle plus d’un an. Si la stabilité économique du pays impressionne, avec un taux de croissance annuel de 7 % depuis 2012, le climat politique n’est pas totalement apaisant. Dans son rapport publié le 1er août 2025, l’International Crisis Group (ICG) tire la sonnette d’alarme et exhorte les acteurs politiques à maintenir ou renouer le dialogue.
La candidature du président sortant Alassane Ouattara, 83 ans, pour un autre mandat alimente les controverses. Elle est jugée illégitime par une partie de l’opposition et de la société civile. Cette situation est aussi marquée par l’absence de leaders et acteurs de l’opposition du processus électoral.
Laurent Gbagbo, Guillaume Soro et Charles Blé Goudé sont absents de la liste électorale pour cause de condamnations judiciaires. Tidjane Thiam a été également radié de la liste électorale pour double nationalité.
Selon des observateurs, des figures politiques capables de fédérer une large base électorale sont tenues à l’écart du scrutin. Cette situation alimente la méfiance et le ressentiment.
La tension est montée d’un cran en avril 2025 lorsque les principaux partis d’opposition ont décidé de se retirer de la Commission électorale indépendante (CEI), en dénonçant son manque d’impartialité. Depuis, le dialogue n’a pas avancé, en dépit d’une rencontre entre la RHDP parti au pouvoir, et une coalition de l’opposition, la CAP-CI.
Selon Crisis Group, la configuration actuelle présente des similitudes avec celle de 2020, année marquée par des violences électorales ayant fait au moins 85 morts. Une nouvelle explosion socio politique n’est pas à exclure , notamment si les partis d’opposition appellent à manifester et que les forces de l’ordre y répondent par la répression.
Au-delà du cadre national, la situation pourrait avoir des répercussions régionales, s’inquiète ICG qui note que l’Alliance des États du Sahel (AES), qui regroupe le Mali, le Burkina Faso et le Niger, entretiennent des relations tendues avec Abidjan. L’organisation rappelle que le Burkina Faso accuse la Côte d’Ivoire d’ingérence et mène une campagne de désinformation visant à déstabiliser le régime d’Alassane Ouattara. Ces tensions géopolitiques créent un contexte explosif à la veille du scrutin, selon ICG.
Autre facteur préoccupant : le désengagement croissant des jeunes Ivoiriens. 75 % de la population a moins de 35 ans, mais cette majorité se détourne de la vie politique. Le taux de participation aux dernières élections municipales n’a atteint que 36 %, signe d’un désintérêt. Une nouvelle abstention massive affaiblirait la légitimité du président élu, quel qu’il soit, estime ICG.
Face à cette situation, l’International Crisis Group formule plusieurs recommandations. Il appelle en premier lieu à la reprise immédiate du dialogue entre le gouvernement et l’opposition. Cela passe notamment par une réintégration des partis dans la CEI et une révision exceptionnelle de la liste électorale pour en garantir l’inclusivité.
Le rapport déconseille également tout boycott. Les partis politiques qui ne peuvent pas aligner leurs leaders traditionnels sont invités à suivre l’exemple sénégalais de 2024, en présentant des candidats alternatifs capables de mobiliser l’électorat.
Crisis Group recommande aussi d’apaiser les tensions avec le Burkina Faso en sollicitant par exemple une médiation du Ghana. Enfin, à plus long terme, le think tank plaide pour une réforme en profondeur du système électoral, notamment l’assouplissement des critères de nationalité pour se porter candidat, et un meilleur accès des jeunes à la représentation politique.
Cette élection de 2025 pourrait être la dernière menée par la génération Houphouëtiste. Elle représente donc une occasion historique de renouveler les pratiques démocratiques en Côte d’Ivoire et de tourner la page des crises électorales à répétition. Encore faut-il que les différents acteurs acceptent de se parler et de faire des concessions.
Charles K