Dix ans après l’attentat de Grand-Bassam, le vice-Premier ministre ivoirien Téné Birahima Ouattara dresse le bilan. Si les capacités nationales ont été renforcées, c’est la coopération internationale, et ses fragilités régionales, qui reste la clé de voûte de la lutte antiterroriste.
Face à une menace qui demeure malgré la montée en puissance des forces de défense, dans un environnement fait de coopérations bilatérales stratégiques, les autorités d’Abidjan tentent de conjuguer avec efficacité souveraineté et mutualisation. Quel bilan sur une décennie de réorganisation sécuritaire, où les partenariats internationaux apparaissent comme un rempart indispensable face à une « guerre asymétrique qui s’inscrit dans la durée » ? Éléments de réponse dans un entretien accordé à Jeune Afrique publié le 25 mars 2026.
Après l’attentat de Grand-Bassam, qui avait fait 19 victimes en mars 2016, la Côte d’Ivoire n’a pas été totalement épargnée par la nébuleuse djihadiste. Les attaques de Kafolo, Tehini et Tougbo entre 2020 et 2021 l’ont rappelé : le territoire reste dans le viseur des groupes armés même si, selon Téné Birahima Ouattara, vice-Premier ministre et ministre de la Défense, le pays a su tirer les leçons du drame. Loi antiterroriste de 2015, stratégie nationale, Centre de renseignement opérationnel antiterroriste (Croat) et comité interministériel de pilotage (Cilat) ont structuré la réponse. Le vice-Premier ministre met aussi en avant la coopération internationale, dont il rappelle qu’elle est « indispensable » face à un ennemi qui ignore les frontières.
Sur ce terrain, Abidjan joue la carte multilatérale. Membre des organisations continentales et régionales, la Côte d’Ivoire s’appuie sur les dispositifs collectifs de lutte antiterroriste. L’Union européenne contribue ainsi à l’équipement et à la formation des forces locales. Les États-Unis, via Africom, renforcent leur implication. La France, partenaire historique, intervient à plusieurs niveaux, sans que cela n’occulte les tensions régionales.
L’angle mort de la coopération se situe aux frontières nord du pays. Le vice-Premier ministre Téné Birahima Ouattara reconnaît en effet que les incompréhensions avec le Mali et le Burkina Faso, tous deux dirigés par des juntes, ont mis en veilleuse la coopération des services de renseignement. Une « guerre asymétrique et hybride », regrette-t-il, que l’on ne peut endiguer seul. Le constat est d’autant plus préoccupant que ces deux pays sont les épicentres de l’insurrection djihadiste sahélienne. Sans échanges d’informations opérationnels avec eux, la veille devient plus aveugle.
Pour pallier ce vide, Abidjan mise sur des canaux alternatifs et sur l’Académie internationale de lutte contre le terrorisme (AILCT), instance où siègent une quinzaine de pays et organisations. Symbole d’une diplomatie sécuritaire pragmatique, cet outil incarne la volonté de faire de la coopération une ressource durable, même quand les liens politiques bilatéraux se distendent.
À l’heure où la Côte d’Ivoire anticipe aussi les menaces de demain, cybercriminalité, guerre économique, criminalité transfrontalière, le message du vive-Premier ministre est clair : la professionnalisation des armées et la modernisation des équipements ne suffisent pas. Dans un golfe de Guinée devenu cible prioritaire des groupes armés, la sécurité nationale se joue désormais à l’échelle régionale et internationale. « Il faut se donner encore du temps », glisse le vice-Premier ministre ivoirien à propos des voisins sahéliens.
Charles K