La première édition de Supply Chain Africa 2026, se tient du 22 au 24 avril 2026 à Grand-Bassam. Elle rassemble près de 200 professionnels venus de toute l’Afrique de l’Ouest autour des enjeux de la logistique, des achats et des opérations. Positionné comme un cadre d’échanges pragmatique, le symposium à travers la journée de ce 23 avril a mis l’accent sur des solutions concrètes face aux défis structurels du secteur, notamment les coûts logistiques élevés et le manque de structuration des chaînes d’approvisionnement.
Les experts, décideurs et praticiens ont croisé leurs analyses autour de leviers jugés essentiels pour améliorer la performance des organisations. Parmi ceux-ci figurent la digitalisation des processus, l’intégration régionale, la traçabilité des opérations et le renforcement des compétences. Les différentes interventions, notamment celles portant sur la mobilité électrique et les panels techniques, ont insisté sur la nécessité d’exploiter la donnée, de mieux anticiper les risques d’approvisionnement et de structurer les chaînes de valeur.
Pour Dominique Kouyaté, directeur supply chain et achats du groupe Kaydan, les chaînes d’approvisionnement constituent un pilier du développement économique. Elles impactent directement la performance des entreprises et, par ricochet, celle de l’ensemble de la société. Il relève toutefois un déficit d’espaces dédiés aux échanges et à la formation des professionnels. À ce titre, ce type de rencontre apparaît comme un levier stratégique pour partager les meilleures pratiques internationales, renforcer les capacités et offrir une vision globale de la supply chain, de la matière première jusqu’au consommateur final.
De son côté, Serge Kamuhinda, directeur général de Volkswagen Mobility Solutions au Rwanda, a dressé un constat critique : en Afrique, la logistique continue trop souvent de détruire de la valeur au lieu d’en créer. Il a identifié trois axes majeurs pour inverser cette tendance : l’intégration régionale, la digitalisation et l’innovation, le tout soutenu par un changement de perception du continent. Il a souligne également une réalité souvent ignorée : la faible densité de population et la dispersion des pôles économiques compliquent l’organisation logistique. Pour y remédier, il propose la mise en place de zones franches régionales inspirées de modèles internationaux, afin de structurer des pôles de compétitivité.
L’un des points les plus préoccupants reste le coût de la logistique, qui peut atteindre jusqu’à 60 % du prix des produits dans certains cas. Toutefois, selon lui, des investissements ciblés dans les infrastructures numériques et l’innovation peuvent significativement améliorer la connexion entre l’offre et la demande. Il estime enfin que l’intégration des marchés africains sera principalement portée par les entreprises, à travers le développement de chaînes de valeur régionales soutenues par la Zone de libre-échange continentale africaine.
Dans cette dynamique, Cedric N’goran gerant associé de Data Strategie Group a mis en avant le rôle central de l’entreprise dans la gouvernance de la chaîne logistique. Il a insisté sur la nécessité d’intégrer tous les acteurs, y compris les plus éloignés, et de répondre à leurs besoins pour améliorer l’efficacité opérationnelle. Il a souligné surtout l’importance de la traçabilité, qu’il considère comme un outil indispensable de pilotage. Sans elle, les entreprises évoluent sans visibilité, incapables de réagir efficacement aux incidents ou de reconstituer les opérations. À l’inverse, une traçabilité maîtrisée permet un suivi précis et une meilleure prise de décision.
Entre sessions pratiques, panels techniques et opportunités de networking, cette première édition s’impose déjà comme un rendez-vous structurant pour les acteurs de la supply chain en Afrique de l’Ouest. Fort de ce succès, les organisateurs ont annoncé une deuxième édition en 2027, avec l’ambition de consolider cette plateforme d’échanges et d’accélérer la transformation du secteur logistique africain.
Olivier Dion avec Gérard Batoua