Opinion

Côte d’Ivoire : les autorités surveillent discrètement les réseaux liés au Hezbollah

Par Yaya Kanté17 juillet 2025

Depuis plusieurs années, les services de renseignement ivoiriens observent avec une attention particulière certaines activités communautaires et commerciales à Abidjan d’une minorité identifiée proche idéologiquement et soupçonnées d’être liées au financement du Hezbollah, mouvement politico-militaire libanais classé comme organisation terroriste par plusieurs pays occidentaux.

Des flux financiers sous surveillance

À Abidjan, notamment dans les communes d’Adjamé, Treichville et Abobo, les autorités ont détecté des mouvements financiers provenant de cercles communautaires restreints issus de la diaspora libanaise chiite. Ces fonds, collectés sous couvert de solidarité ou d’aide humanitaire, seraient en partie réorientés vers l’étranger via des circuits parallèles : hawala, entreprises de commerce international ou sociétés écrans.

Ces opérations difficiles à tracer, ont attiré l’attention de la Cellule nationale de traitement des informations financières (CENTIF), qui travaille en lien étroit avec la Direction de la Surveillance du Territoire (DST).

Une coopération avec des partenaires internationaux

Des sources sécuritaires indiquent que les autorités ivoiriennes coopèrent activement avec des services partenaires, notamment des services français, israéliens et certaines agences américaines pour identifier les individus à risque et tracer les flux suspects.

Cette coopération a déjà conduit à des interpellations discrètes et à des expulsions d’individus considérés comme menaçants pour la sécurité nationale.

Une diaspora multiple, entre prudence et tensions

La communauté libanaise en Côte d’Ivoire, installée depuis plus d’un siècle, est largement reconnue pour sa contribution au développement économique du pays. Elle est cependant traversée par des lignes de fracture religieuses et politiques, avec une minorité de chiites idéologiquement proche du Hezbollah. Des actions de quelques-uns ne peuvent entacher l’engagement et l’intégration d’une majorité, il ne faut pas confondre foi religieuse et implication politique.

Une approche discrète mais déterminée

L’État ivoirien adopte une stratégie de discrétion dans ce dossier sensible, privilégiant la surveillance ciblée, les coopérations sécuritaires internationales et le renforcement des dispositifs de lutte contre le blanchiment.

Des réformes législatives sont en préparation pour renforcer les capacités de contrôle des autorités face aux réseaux de financement illicite, en particulier dans le secteur informel.

Le contexte régional

La Côte d’Ivoire n’est pas un cas isolé. Plusieurs pays d’Afrique de l’Ouest, où la diaspora libanaise est présente, sont confrontés à des risques similaires. Les services antiterroristes régionaux multiplient les échanges d’informations pour prévenir toute implantation durable de réseaux liés à des organisations considérées comme extrémistes

Dans un contexte régional marqué par la montée des menaces transnationales, la Côte d’Ivoire reste vigilante face aux dérives pouvant découler d’affiliations communautaires ou idéologiques. Sans stigmatiser, mais avec fermeté, les autorités privilégient une approche discrète, axée sur la prévention et la coopération internationale, afin de préserver sa souveraineté et la stabilité nationale tout en respectant les équilibres communautaires acquis de longue date.

Une correspondance de F. Kouadio, Cap’Ivoire Info / @CapIvoire_Info

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