Politique

Côte d’Ivoire : un article du magazine français «Challenges» dénoncé

Par Philippe Kouhon10 mai 2025

Un article du magazine Challenges numéro 874 suscite une dénonciation de certains milieux en Côte d’Ivoire, poussant à soupçonner la rédaction de parti pris.

En effet, sous la plume du journaliste Delphine DECHAUX, le magazine français Challenges dans son édition du 7 mai 2025, page 53, croit savoir qu’il y a une crise politique majeure en Côte d’Ivoire à l’approche de l’élection présidentielle d’octobre 2025. Intitulé « La Côte d’Ivoire déclenche un séisme démocratique », l’article prétend que le président Alassane Ouattara a instrumentalisé l’article 48 du Code de la nationalité pour exclure son principal rival, Tidjane Thiam, des listes électorales. Il rappelle pourtant, à cet effet, que c’est un tribunal d’Abidjan qui a estimé que Thiam, ayant acquis la nationalité française en 1987 (renoncée en 2025), avait perdu sa qualité d’Ivoirien, au moment de l’inscription sur la liste électorale en 2022, trois ans avant la renonciation à l’allégeance à la France. Le média rapporte que la décision, contraire à l’avis de la Commission électorale indépendante (CEI), est décrite naturellement comme un « braquage judiciaire » par le PDCI, parti d’opposition dirigé par Thiam.

Challenges souligne ensuite

L’article s’appuie aussi sur un sondage attribuant 57 % des intentions de vote à Thiam face à Ouattara (43 %), réalisé par Jim Messina, ancien conseiller de Barack Obama, auprès de 750 personnes, pour soutenir l’idée que le président du Pdci Rda est le principal leader de l’opposition en Côte d’Ivoire.

Des risques d’instabilité en Côte d’Ivoire sont évoqués par l’auteure, qui croit savoir que le pays, « locomotive économique de la zone » et premier producteur mondial de cacao, peut voir son image ternie, notamment avant l’Africa CEO Forum prévu à Abidjan à partir du 12 mai 2025, alors que la situation en cours n’a aucun lien ni impact sur l’événement évoqué.

Des allégations rejetées

Une source proche des autorités d’Abidjan estime que l’article est biaisé et constitue une manipulation. Elle fait état d’un droit de réponse transmis à la rédaction de « Challenges », par Abidjan. La même source confirme que l’exclusion de Thiam a été faite dans le respect des règles, et non par le président de la République, qui n’a pas de pouvoir en ce sens.

« Si Tidjane Thiam avait renoncé à sa nationalité française avant décembre 2023, il n’aurait pas eu de problème pour figurer sur la liste électorale, ou pour rester président du Pdci Rda. Il doit jouer selon les règles », explique la source. Elle qualifie l’article de « Challenges » de choquant soulignant l’absence de preuves tangibles d’une manipulation politique.

Le fameux sondage

Par ailleurs, le sondage cité est critiqué pour son manque de rigueur méthodologique : l’échantillon réduit (750 personnes), l’absence de détails sur la représentativité ou la marge d’erreur, et le lien de Jim Messina avec les démocrates américains alimentent les soupçons de partialité, et de manque de crédibilité.

Selon beaucoup d’observateurs, Challenges est soupçonné de verser dans le « militantisme », omettant de contextualiser les faits juridiques. Enfin, l’idée que Thiam ignorait l’article 48 est jugée invraisemblable pour un candidat de sa trempe, qui est simplement victime de ses propres turpitudes.

Philippe Kouhon

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