Accusé de trahison par une page relais du PPA-CI sur les réseaux sociaux, Zadi Djédjé, président de l’Alliance Ivoirienne pour la Démocratie (AID), est défendu par ses proches. Entre invectives et appel au respect du pluralisme, cette passe d’armes est un autre signe de fracture au sein de l’opposition ivoirienne.
Un post Facebook aux allures de réquisitoire politique. C’est ce qu’a publié une page se présentant comme relais du PPA-CI, formation dirigée par le président Laurent Gbagbo. Dans cette publication, Zadi Djédjé, figure politique connue pour son engagement passé en faveur du FPI et de Laurent Gbagbo , est qualifié de « second couteau » et accusé d’avoir tourné le dos à la ligne historique du parti. L’auteur du texte l’accuse de se réclamer à tort du camp “pro-Gbagbo”, tout en s’alliant désormais à la mouvance présidentielle. Le ton est acerbe, voire injurieux : Zadi Djédjé y est désigné comme un « mécréant », un « marionnettiste », et même un « bras armé du RHDP ».
Il lui est reproché de n’avoir jamais pris part aux meetings du PPA-CI, ni d’avoir rendu hommage à Laurent Gbagbo depuis son retour de la Haye. L’objectif implicite : le disqualifier aux yeux de la base militante en le présentant comme un opportuniste infiltré dans l’opposition.
Réaction immédiate du camp Zadi Djédjé
Face à cette attaque, des partisans de Zadi Djédjé n’ont pas tardé à réagir, via une publication relayée sur la même pro-Gbagbo en revendiquant le pluralisme. Pour eux, ce texte est moins une critique politique qu’un « règlement de comptes masqué », truffé « d’allégories bancales et de procès d’intention ». Ils dénoncent une forme d’intolérance politique, assimilable à une chasse aux sorcières contre ceux qui ne s’alignent pas strictement sur la doctrine du PPA-CI.
« Zadi Djédjé a fait un choix, celui d’unir ses forces à une vision politique différente. Cela ne fait pas de lui un mécréant », lit-on dans la réponse. Les soutiens du président de l’AID affirment que le changement d’orientation politique est un droit démocratique et rappellent que « ce n’est pas en traitant de second couteau ceux qui pensent différemment que l’on convaincra les Ivoiriens ».
Ils ajoutent que la personnalisation du débat autour de la seule figure de Laurent Gbagbo révèle une impasse politique : « Gbagbo lui-même prône la réconciliation et l’ouverture. Pourquoi enfermer ses partisans dans l’amertume ? »
Un symptôme d’une opposition divisée ?
Cet échange illustre la crispation croissante au sein de l’opposition ivoirienne à l’approche des échéances électorales. Tandis que certains prônent la fidélité à une ligne idéologique stricte, d’autres plaident pour un aggiornamento, une ouverture stratégique capable de bousculer le RHDP sur le terrain électoral.
Au-delà des mots, c’est donc une lutte d’orientation et de leadership qui se joue. La fracture est d’autant plus profonde qu’elle s’exprime désormais à travers des attaques publiques sur les réseaux sociaux, terrain de bataille numérique entre camps rivaux.
« La République ne se construit pas sur des invectives, elle se bâtit sur le respect, la cohérence et la vérité », concluent les proches de Zadi Djédjé. Un message apaisant dans un climat où l’intolérance semble parfois l’emporter sur le débat d’idées.
Charles Kouassi