Économie

CÔTE D’IVOIRE 2026-2030 : 175 milliards d’euros mobilisés pour financer le développement

Par Christian Gambotti16 février 2026

Etre élu et réélu, ce n’est rien, il faut ensuite gouverner

Alassane Ouattara, au pouvoir depuis 2011, sort renforcé des dernières élections qui se sont déroulées en 2025  Côte d’Ivoire. Réélu, il peut s’appuyer, à l’Assemblée nationale, sur une majorité absolue qui, selon le président de la chambre basse, Patrick Achi, entend, « par le vote de la loi, par l’examen et l’adoption du budget de la Nation », répondre pleinement aux attentes du gouvernement.

Ouattara attend bien sûr que les députés RHDP répondent aux attentes du gouvernement, afin de consolider les acquis, mesurables et palpables, qui ont installé la Côte d’Ivoire, devenue un pays riche et stable politiquement, sur la trajectoire d’un développement durable, une dynamique en cours depuis 2011. Selon le « Prosperity Index », cité par Moutiou Adjibi Nourou (1), de l’Agence Ecofin, « la Côte d’Ivoire est ainsi, entre 2011 et 2021, le pays qui a le plus accru sa prospérité dans le monde. » Ilyes Zouari, Président du CERMF (2), constate, dans un article publié le 3 février 2026, que la Côte d’Ivoire dépasse déjà, en richesse, plusieurs pays asiatiques (Birmanie, Bangladesh, Pakistan) et un pays d’Amérique latine (Nicaragua).

Etre élu et réélu, ce n’est rien, il faut ensuite gouverner, mais dans quel sens au moment où le PND (Plan National de Développement) 2021-2025 s’achève et que va lui succéder un nouveau plan de développement pour la période 2026-2030 ? Alassane Ouattara, qui a une très bonne connaissance des défis que son pays doit relever d’ici 2030, sait que la prospérité que connaît la Côte d’Ivoire « a encore du mal à être partagée jusqu’aux couches les plus vulnérables, avec un taux de pauvreté qui s’affichait encore à 37,5% en 2021. »

A côté du renforcement du développement structurel, c’est le défi d’un développement plus inclusif que veut relever Ouattara d’ici 2030. Comment financer  cette double trajectoire : le renforcement du développement structurel et la mise en œuvre d’un développement plus inclusif ?

Un financement de 175 milliards d’euros sur 2026-2030

Afin de boucler le financement du PND 2026-2030, la Côte d’Ivoire entend mobiliser 175 milliards d’euros (114 838,5 milliards de FCFA) « un montant sans précédent dans son histoire récente de planification financière » (Moutiou Adjibi Nourou). Ce volume n’inquiète pas les partenaires financiers de la Côte d’Ivoire (bailleurs de fonds multilatéraux, partenaires bilatéraux, investisseurs privés locaux et internationaux). Le montant déjà important du PND 2021-2025 (90 milliards d’euros d’investissements) a montré la  capacité de la Côte d’Ivoire à attirer des capitaux et mobiliser des financements importants.

● Mobiliser des financements à grande échelle – Lorsqu’il s’agit de financer l’économie d’un pays africain, il faut aborder le sujet à partir de deux questions simples : quelle est la performance économique réelle du pays et quelle est la perception du risque ? Les bailleurs de fonds multilatéraux et les investisseurs internationaux se posent toujours ces deux questions. La Côte d’Ivoire dispose de quatre atouts majeurs qui lui permettent rassurer et les bailleurs de fonds et les investisseurs privés : la stabilité politique, une croissance économique robuste, la capacité à respecter ses engagements et la résistance aux vulnérabilités extérieures (contexte de forte instabilité dans la zone sahélienne et exacerbation des conflictualités dans le nouvel ordre mondial). Elle n’a donc aucune difficulté à mobiliser des investissements à grande échelle dans la continuité du PND 2021-2025 qui a généré, selon les chiffres du Fonds monétaire international (FMI), une croissance moyenne proche de 6,5%.

● Deux objectifs indissociables – Le cadre de l’unité nationale et de la cohésion sociale, avec un meilleur accès aux services de base pour l’ensemble de la population, étant fixé, le gouvernement, à travers  les 175 milliards d’euros du PNB 2026-2030, cherchera à atteindre les deux objectifs suivants : 1) consolider la stabilité macroéconomique du pays avec la poursuite des réformes soutenues par le FMI, afin de dépasser les 6,5 % du PND 2021-2025 2);  consolider, à partir de ce modèle de croissance néolibéral, un développement plus inclusif et durable, à travers des investissements publics qui doivent demeurer significatifs, afin de répondre aux attentes sociales des populations.

Une trajectoire orientée vers le développement du secteur privé

La principale réussite économique de la gouvernance Ouattara, entre 2011 et 2020, est d’avoir su bâtir une trajectoire qui, à partir d’un investissement public massif, a rassuré les marchés et les investisseurs. A partir de 2021, le PND s’oriente désormais vers une participation du secteur privé plus importante. Dans le PND 2026-2030, le secteur privé devrait  apporter les trois-quarts des 173 milliards d’investissement attendus. Moutiou Adjibi Nourou note que « le PND 2026-2030 repose sur une architecture de financement très marquée par le rôle du privé : selon le communiqué gouvernemental, 70,2% des investissements projetés doivent provenir de ce secteur, contre 29,8 % du secteur public. »

Moutiou Adjibi Nourou met en évidence le point suivant : « en 2025, plusieurs agences internationales ont confirmé ou relevé la note souveraine de la Côte d’Ivoire, illustrant une meilleure perception globale des risques économiques et politiques et de sa capacité à honorer ses engagements. » Ces trois agences, – Fitch Ratings, S&P Global Ratings et Moody’s -, ont  souligné « la résilience de la croissance et la solidité des fondamentaux économiques, malgré les vulnérabilités externes. »

Elles offrent ainsi à la Côte d’Ivoire une « ancre de crédibilité », selon la formule de  Moutiou Adjibi Nourou, qui permet  « une meilleure accessibilité des marchés de capitaux internationaux » et « des coûts d’emprunt potentiellement plus favorables. » En attirant  les investisseurs privés nationaux et étrangers et en rassurant les partenaires de financement, l’Etat ivoirien ne veut plus être « le principal bailleur de fonds direct », mais il ne se désengage de ses obligations régaliennes (éducation, santé, sécurité, lutte contre la pauvreté).

La supériorité économique de la zone UEMOA

Pour Ilyes Zouari, Président du CERMF, la supériorité économique de la zone UEMOA est incontestable et elle s’explique, en partie, par l’existence du Franc CFA. D’ailleurs, les pays l’AES (Mali, Burkina Faso et Niger), en rupture avec la CEDEAO, sont dans l’incapacité de conduire une transition monétaire. Ils refusent pour l’instant de sortir du Franc CFA. La souveraineté politique, sans la capacité de construire une souveraineté monétaire, reste une souveraineté de mots qui n’est qu’une illusion.

La Côte d’Ivoire n’est nullement freinée dans son développement, ni dans l’ambition de mobiliser 173 milliards d’euros pour financer son PND 2026-2030, par l’utilisation du FCFA. Le président Alassane Ouattara doit financer l’économie de son pays, et le président de la BAD, Sidi Ould Tah, doit financer l’économie africaine. Or, ils doivent faire face à la suppression, par Trump, de la contribution américaine au Fonds africain de développement, le guichet concessionnel de la BAD. Ils parviennent pourtant à une mobilisation record des financements dont ils ont besoin.

Quelles sont les solutions qu’ils adoptent ? Un recours aux marchés financiers, un appel aux investisseurs privés et un soutien africain qui s’affirme. Le gouvernement ivoirien doit trouver l’équilibre, à l’intérieur du PND 2026-2030, entre, d’un côté, les orientations néolibérales, qui financent l’économie et, de l’autre, la consolidation de l’Etat protecteur, qui finance les politiques sociales. 

CHRISTIAN GAMBOTTI – Agrégé de l’Université – Président du think tank Afrique & Partage –  Président du CERAD (Centre d’Etudes et de Recherches sur l’Afrique de Demain) – Directeur général de la Tigui Foundation (Abidjan) – Chroniqueur, essayiste, politologue. Contact : cg@afriquepartage.org


⦁ Moutiou Adjibi Nourou est le Rédacteur en chef « Politiques Publiques » au sein de l’Agence Ecofin, dont il dirige également le bureau d’Abidjan. Ecofin est une agence d’information économique africaine réputée pour le sérieux de ses analyses.

⦁ CERMF : Cercle d’Etudes et de Réflexion sur le Monde francophone.

📱 Version mobile accélérée (AMP)

Voir la version complète avec commentaires