Sport

Covid19 : des journalistes africains rendent hommage à Pape Diouf

Par Charles Kouassi1 avril 2020

Décédé mardi 31 mars 2020 des suites du Coronavirus, le consultant sportif, Pape Diouf a reçu les hommages de confrères africains.

Lassiné Sawadogo (Burkina Faso) «  Il part au moment où le football est à l’arrêt »

Le monde du sport est déjà bouleversé par cette épidémie qui a mis la planète à l’arrêt. Tous les secteurs sont touchés au cœur. Pape Diouf aussi vient d’être emporté par le Covid-19. A peine nous a t-on annoncé qu’il était sous assistance respiratoire que l’on a pas eu le temps d’implorer les dieux que l’on annonce sa mort. Lui, l’amoureux du football part au moment où ce sport est à l’arrêt. De Marseille à Dakar, à Paris, partout en Afrique, l’ancien président de l’Olympique de Marseille a marqué d’une pierre blanche l’histoire du ballon rond dans l’hexagone et au delà. Le journaliste devenu agent puis consultant ne passait pas inaperçu. Comme pour s’insurger contre ce monde à l’arrêt , l’absence de football, Pape décide de partir sans crier gare. Le public bouillant de Marseille est orphelin. Pape vient de leur administrer un geste d’anthologie, un contre pied parfait. Pape a marqué son époque comme Manu Dibango a marqué des générations. Au Burkina Faso comme ailleurs nous le pleurons.

Zunon Hugues Zinsou (Bénin)
« Il était le symbole de la réussite africaine »

J’étais très admiratif de l’homme que je voyais à travers la télévision. Il était pour moi, le symbole de la réussite africaine dans ce monde sportif si fermé. Être président de l’OM avec tout son parcours c’est simplement impressionnant. Je l’ai rencontré fortuitement à Cotonou. Je lui ai faire part de mon intention de le recevoir sur le plateau de l’ORTB où j’officie. Il m’a donné rendez-vous le dimanche à 10 h. Je n’ai pas pu le joindre à l’heure indiquée. Il m’a rappelé à 12h. Comme convenu la veille, Il m’a reçu dans sa suite au Golden Tulip Hotel. C’était un acceuil paternel et une interview d’environ une heure. J’ai retracé tout son parcours. Il a fait une première sortie de route en parlant de son amitié avec Philippe Doucet (bon journaliste et homme de culture) puis il m’a chambré en me disant que le Bénin, dans se jeunesse, était le quartier latin de l’Afrique. Et qu’il suppose que c’est toujours la même chose. Enfin, il a dit que le milieu du football n’est pas plus pourri que celui du cinéma, de la pharmacie et de la politique. Je retiens de lui un homme humble et direct.

Ellih Eric Atikpo (Togo) «  Il était l’exemple du succès africain dans le football de haut niveau »
Parlant de Pape Diouf pour moi qui suis de la jeune génération, c’est l’exemple du succès africain dans le football de haut niveau. Premier africain à être président d’un club de référence. Je suis devenu plus admiratif de l’homme à l’issue de la saison 2018-2019 du championnat togolais et cela à la faveur des trophées FTF où j’étais membre du jury et lui invité d’honneur. J’ai découvert une autre facette du passionné de football qu’il était, son franc-parler et sa vision du football sur le son continent. Pape Diouf restera un véritable exemple pour les plus jeunes dans la gestion des affaires du football.
Salif Diallo (Sénégal) « Le peuple marseillais lui vouait un grand respect »
Moi j’ai eu la chance de faire partie de ses invités à Marseille en 2008 et depuis ce jour, j’ai pu mesurer la grandeur de cet homme et le respect que lui vouait le peuple de Marseille. Figurez-vous qu’il avait laissé des consignes au grand portail du Vélodrome et on m’a escorté jusqu’à La tribune de presse. Un jour après un passage à la Commanderie, j’ai eu l’honneur et le plaisir de discuter avec Samir Nasri qu’il avait fait appeler pour dédicacer son maillot qu’il avait eu la gentillesse de m’offrir. J’en ai des anecdotes à la pelle. Qu’Allah, le maître des mondes et des Cieux lui accorde le Paradis.
Fridolin Wambobo (République Centrafricaine) «  Nous nous glorifierons de ses œuvres »
Le sport africain est en deuil. Le continent vient de perdre un monument. Quitter l’Afrique pour aller diriger un club comme OM n’est pas donné à n’importe qui. Et pendant qu’on apprend à commenter ou analyser les matches comme il le fait sur Canal+, voilà que cette vilaine maladie vient nous l’enlever. Pape Diouf n’est pas mort, ses œuvres resteront et nous nous en glorifierons. Que son âme repose en paix.
Ahmadou Touré (Mali) « Il était la passerelle entre l’Afrique et la France »
Ça avec une profonde tristesse que j’ai appris la disparition du baobab celui que beaucoup considèrent comme une passerelle entre l’Afrique et la France.
Il gravi tous les échelons du football : agent de joueurs, dirigeant, président de club, commentateur, chroniqueur et consultant.  C’est un homme dimensionnel que le monde du football perd. Profondément humain, sociable et généreux Pape avait le temps pour toutes les sollicitations.
À  chacune de nos rencontres ils me répondait systématiquement en wolof et se confondait en excuses immédiatement.
C’est une grosse perte, une vraie bibliothèque qui se referme à jamais.
Cissé Bamanga (Cameroun) « Son franc-parler dérangeait souvent »
C’est avec un coeur lourd que j’ai appris la mort de Pape Diouf, ancien journaliste et agent de joueurs. Dieu le rappelle auprès  de lui à 68 ans, après lui avoir donné un parcour de vie qui fait rêver. Plus connu comme ancien président de l’Olympique de Marseille, Pape Diouf était un homme vrai qui aime l’Afrique et les Africains. Un grand homme qui a toujours osé, avec un talent qui pouvait souvent déranger. Il était surtout un homme de grande gueule. Il a marqué les générations et les talents du football. Je retiens aussi de lui qu’il a été l’un des premiers présidents noirs d’un club européen. C’est un lion et un lion ne meurt jamais, il dort. Que son âme repose en paix.
Sènankpon Pérez Lekotan (Bénin) « Pape Diouf représentait tout un continent »
En 2007, s’il y avait une voix et un homme qui donnaient la joie au cœur au moment de mes premiers pas dans la presse, c’était bien Pape Diouf. L’Afrique sportive perd un de ses monuments. Une de ses bibliothèques vient de prendre feu à cause de la pandémie du Coronavirus qui dévaste la forêt d’Afrique. J’avoue que c’est avec beaucoup de surprise, mais surtout avec peine et tristesse que j’ai eu cette nouvelle. Pape Diouf était une fierté africaine auprès de l’Europe en général et de la France en particulier. Il ne représentait pas seulement le Sénégal mais tout un continent, une peau, une identité, une histoire. Il a beaucoup fait pour des joueurs et pour le football africains. Pape Diouf était un homme passionné, entier, sincère et engagé. Je n’ai pas eu cette chance de le côtoyer. Au-delà de l’excellent journaliste qu’il était, Pape Diouf a fait ses preuves en tant que Président de l’Olympique de Marseille de 2005 à 2009. Il était pour nous jeunes et pour tous les sportifs, un modèle de réussite en tant que dirigeant sportif. Comme manager, Pape Diouf a mis du baume au cœur des footballeurs. Il n’était pas hypocrite, il était très direct. Il avait cette force de dire sans ambages ce qu’il voulait. Son image qui me reste est son dernier passage sur Canal +. Ce jour-là, il avait dit ses vérités à la CAF.  Mes sincères condoléances au football sénégalais. Que son âme repose en paix.
Propos recueillis par Adou Mel 

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