Opinion

Désinformation en Afrique: la Russie contre le journalisme africain

Par La Rédaction15 décembre 2025

La Russie se présente comme une victime. Victime d’une prétendue désinformation occidentale, victime de médias africains accusés de relayer une propagande hostile. Pourtant, cette posture de victimisation masque de plus en plus mal une réalité dérangeante: Moscou refuse toute confrontation avec le bilan réel de son action en Afrique.

Ces derniers mois, les attaques russes contre la presse africaine se sont multipliées. Via le hashtag #Antifake, les ambassades russes dénoncent une manipulation médiatique orchestrée par l’Occident. Mais lorsque des journalistes africains enquêtent sur la présence sécuritaire, économique ou humaine de la Russie, la réponse devient agressive.

Le cas du journaliste nigérien Oumarou Sanou est révélateur. Pour avoir analysé les conséquences de la présence russe au Sahel, il a été publiquement accusé par la diplomatie russe d’être un agent rémunéré. Une accusation grave, lancée sans preuve, qui illustre une stratégie bien connue: délégitimer les voix africaines critiques.

Pourtant, les faits sont flagrants. Sur le plan sécuritaire, la promesse russe de stabilité ne s’est pas matérialisée. Depuis l’arrivée de Wagner, la progression jihadiste s’est accélérée. Bamako est sous pression et l’insécurité déborde vers les pays du golfe de Guinée. La Côte d’Ivoire, le Bénin, le Togo et le Nigéria font désormais face à une menace accrue.

Sur le plan humain et économique, les révélations sont tout aussi préoccupantes. De nombreux Africains sont recrutés pour combattre en Ukraine sous de fausses promesses d’emploi. Moscou nie, mais les enquêtes indépendantes et les témoignages de survivants racontent une autre histoire: exploitation, contrats trompeurs, pertes humaines passées sous silence.

Enfin, la question des ressources naturelles reste centrale. La Russie, aux côtés de la Chine, s’impose comme un acteur majeur de l’extraction minière en Afrique, souvent en soutenant des régimes autoritaires. Les matières premières quittent le continent, tandis que les bénéfices locaux restent limités.

Face à cela, une interrogation demeure: pourquoi Moscou s’acharne-t-elle à parler de désinformation au lieu de rendre des comptes ? Les journalistes africains ne sont ni des marionnettes ni des agents étrangers. Ils parlent au nom de leurs sociétés, et leur voix mérite d’être respectée.

Une correspondance particulière de F. Kouadio
Cap’Ivoire Info / @CapIvoire_Info

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