À l’approche de la présidentielle en octobre prochain, la Commission électorale indépendante (CEI) a créé une page Facebook « Alerte Fake News » pour lutter contre le phénomène. Une initiative compliquée par l’IA.
À l’image de nombreux pays, la Côte d’Ivoire doit faire face à une vague déferlante de fausses informations. Elle touche aussi bien le pouvoir que les diasporas étrangères installées sur place. À l’automne 2024, le pays est directement ciblé, avec des fausses couvertures de journal, de faux communiqués de presse, une fausse vidéo de coup d’État. Le tout, diffusé sur les réseaux sociaux.
Cette désinformation s’attaque frontalement et principalement au régime gouvernemental de la Côte d’Ivoire, avec un objectif : déstabiliser le pays. L’exemple le plus emblématique est cette vidéo de faux coup d’État annonçant le renversement du pouvoir en place, cumulant plus de 5 millions de vues sur TikTok. Une simple vérification via Internet permet de constater que les images de ce faux coup d’État viennent en réalité d’une formation anti-terroriste menée par des militaires sud-coréens, en 2023.
La vidéo diffusée sur Facebook le 20 mars par la page Mali média+223 montrant le président annonçant sa retraite est l’un des derniers exemples en date. De plus, en février dernier, le président ivoirien avait été (faussement) accusé de posséder un fonds de souveraineté de 300 milliards de FCFA.
« Stop aux sorciers numériques »
Pour lutter contre ce fléau, différentes initiatives prennent place. Le gouvernement lance, à l’été 2024, une campagne de sensibilisation contre les fausses informations sous le slogan « Stop aux sorciers numériques ». Les moins de 35 ans, ultra-connectés, sont la principale cible. 78 % de la population est donc concernée. « Ils ont tendance à partager ce qu’ils voient avant même de le vérifier » estime Evelyne Kodjo, directrice en charge des nouveaux médias au ministère de la Communication.
De son côté, la police de la lutte contre la cybercriminalité ivoirienne veille aussi au grain en multipliant les campagnes de sensibilisation auprès des collèges, lycées et universités. Le gouvernement peut également compter sur la plateforme Africa Check qui débusque et analyse les « fake news » ainsi que sur la Commission électorale indépendante (CEI), qui a récemment créé une page Facebook nommée « Alerte Fake News » pour lutter contre l’infox sur le processus électoral. L’objectif est aussi de lutter contre la fraude électorale, pour rendre le scrutin sincère.
Le 30 octobre dernier, le président a signé le décret marquant la création de l’Agence nationale de la sécurité des systèmes d’information (Anssi). Cette structure concentre les prérogatives de la Direction de l’information et des traces technologiques (DITT), du Centre de veille et de réponse aux incidents de sécurité informatique (CI-Cert) et de la cellule de cybercriminalité au sein de l’Agence de régulation des télécommunications (ARTCI).
« Sans le moindre effort »
L’arsenal est en place, mais pourrait se heurter aux réalités du terrain. En effet, l’émergence de l’Intelligence artificielle (IA) complique la tâche des vérificateurs de l’information. En effet, les fact-checkeurs manquent d’outils pour vérifier l’authenticité des contenus, comme les pastilles audios et les contenus vidéos. Selon Karen Allen, expert à l’Institute for Security Studies, la facilité à mani
puler l’information à sa guise est un véritable danger : « Les gens peuvent désormais produire toutes ces photos, vidéos, audios et deepfakes très facilement grâce à l’IA. On peut les créer depuis chez soi, sans le moindre effort ni la moindre dépense. C’est inimaginable ! Alors, on se demande ce qui pourrait se passer dans cinq ou dix ans », constate-t-il.
La Côte d’Ivoire compte environ 12 millions d’internautes. Parmi eux, 7 millions sont sur Facebook, 1,3 million sur LinkedIn et 1,2 million sur Instagram. Une population considérable à sensibiliser au phénomène