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Éditorial : Entre Gaza, Kiev et Téhéran : impasse des géants atomiques qui ne savent plus gagner les guerres Par Wakili Alafé

Par Alafé Wakili18 juin 2025

Je ne soutiens ni la violence, ni la guerre.

Je n’ai pas approuvé l’agression de la Russie contre l’Ukraine. Je ne cautionne en aucune façon les méthodes du Hamas. Je ne peux non plus soutenir ce que le gouvernement israélien qualifie de riposte à Gaza. La destruction -aveugle- de vies humaines, quelle que soit la cause, ne saurait être acceptée.

Je désapprouve également le manque de clarté et de fermeté de dirigeants comme Donald Trump sur ces dossiers. Son ambiguë proximité avec Vladimir Poutine, bien qu’exagérée par certains, n’a en rien contribué à apaiser les tensions sur l’Ukraine. De même, son soutien, souvent aveugle, à Israël – comme celui de nombreux pays occidentaux – mine la crédibilité morale de l’Occident quand il condamne l’agression russe. Deux poids, deux mesures : voilà ce que perçoivent de plus en plus d’opinions à travers le monde, y compris en Afrique.

Ces contradictions révèlent une vérité profonde : les conflits contemporains témoignent d’une crise de la stratégie de dissuasion.

Depuis la fin de la Seconde Guerre mondiale, la possession de l’arme nucléaire était censée imposer la retenue. L’idée était simple : dissuader par la peur de l’anéantissement total. Or, nous voyons que cette logique atteint ses limites.

La Russie, pourtant détentrice d’un arsenal nucléaire redoutable, s’embourbe en Ukraine, réduite à une guerre conventionnelle destructrice mais contenue. L’Ukraine, qui ne possède pas l’arme nucléaire, ose la défier et lui résister confiante que jamais la Russie n’osera signer son propre arrêt de mort , en usant de l’arme fatale. L’Iran, quant à lui, avance, obsédé par l’idée d’acquérir la bombe atomique. De l’autre côté, Israël, puissance nucléaire officieuse mais reconnue, non signataire de l’accord de non-prolifération et mauvais élève en la matière, agit en toute impunité à Gaza et en Syrie, et surtout en toute illégalité en Iran.

Ces puissances nucléaires deviennent alors des géants aux pieds d’argile. La France, les États-Unis ou la Russie – comme jadis les empires coloniaux – disposent de la force, mais ne peuvent l’utiliser totalement sans se décrédibiliser ou déclencher l’irréparable. Ces puissances finissent piégées par leur propre puissance, incapables d’imposer la paix ou de gagner réellement les guerres. Elles peuvent frapper ou parler fort , mais elles ne font pas taire les conflits. Elles parlent haut, mais elles ne règlent rien.

Dès lors, face à l’impasse, surgit la tentation du deux poids deux mesures. L’Occident, prompt à dénoncer la brutalité russe, reste silencieux ou complice des actions israéliennes, quand bien même elles visent des civils ou violent le droit international. La Russie, de son côté, qui fustige l’hypocrisie occidentale, n’en applique pas moins les mêmes logiques de domination en Ukraine, ou de refus de propagation de l’arme nucléaire, en soutenant (pas les attaques , mais l’idée que l’Iran ne doit pas avoir l’arme atomique). La Chine, tout en appelant à la paix, soutient discrètement les provocations des autres puissances, puisque chacun, au Conseil de sécurité de l’ONU, bloque l’autre avec son veto.

Dans ce contexte, certains Africains dénoncent les crimes israéliens à Gaza – à juste titre – , pourtant ils ferment les yeux sur les exactions russes en Ukraine. D’autres inversent la logique. Et tous tombent dans le piège de la posture partisane, oubliant que le vrai critère moral n’est pas qui frappe, mais comment, pourquoi et contre qui.

La puissance suppose la responsabilité. Les grands de ce monde, qu’ils soient en Occident, en Orient ou ailleurs, devraient comprendre que la véritable force ne réside pas dans la destruction, mais dans la maîtrise. Le tigre, disait-on, ne proclame pas sa “tigritude” : il bondit. Mais un maître ne bondit pas pour chaque provocation d’un apprenti.

Les puissances nucléaires devraient apprendre à ne pas bondir. Elles devraient crier leur tigritude autrement : par la retenue, par le dialogue, par l’exemplarité. Ce serait là la vraie grandeur. Car frapper n’est plus impressionnant. Car frapper n’impressionne plus vraiment . Gaza est en ruines, mais la haine ne cesse pas. Kiev tient encore. L’Iran n’a pas encore abdiqué malgré tout. Alors et si on continuait d’essayer autre chose que l’affrontement étant entendu que lorsque l’on se parle , l’on n’a pas le temps de tuer ? Et si on écoutait la sagesse du Président Félix Houphouët Boigny sur les vertus du dialogue?

À défaut de cela,

il ne reste qu’une hypothèse cynique : que les puissants, fatigués des provocations, s’entendent pour larguer leurs bombes sur des terres vides, juste pour montrer leur force. Scénario absurde, mais à peine plus que celui que nous vivons.

Le monde étouffe entre guerres asymétriques et dissuasions impuissantes. Il est temps que les puissants retrouvent la sagesse du silence face à la provocation, et la retenue devant la tentation du chaos. C’est cela, aujourd’hui, le plus grand défi des maîtres du monde : se retenir de bondir.

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