Politique

Éditorial : Il faut rendre son Fpi à Gbagbo

Par Charles Kouassi29 avril 2015

Imaginez que tout change ! Qu’Affi N’Guessan devienne le frondeur et le rebelle ! Et que le pouvoir Ouattara reconnaisse de fait que le président du parti de Laurent Gbagbo est Sangaré Aboudrahame ! Que de jure la justice en fasse autant , en prenne acte ! Que va-t-il alors se passer ?
Il va se passer qu’Affi N’Guessan va encore saisir la justice, qui cette fois pourrait le débouter et donner raison aux “Gbagbo ou rien “. Il va se passer également que les “Gbagbo ou rien ” ne seraient plus fondés à parler de justice aux ordres , ni de justice des vainqueurs.

Comme ils n’ont pas été mis en prison alors qu’ils ont défié les décisions de justice en faveur d’Affi N’Guessan, les frondeurs actuels demanderont-ils à leur tour à la “justice des vainqueurs” de Ouattara , à la police dirigée par Hamed Bakayoko et à la gendarmerie dirigée par Paul Koffi Koffi de mettre aux arrêts Pascal Affi N’Guessan parce qu’il se serait réclamé du Fpi , parce qu’il aurait continué à dire qu’il est le seul président légal et légitime du Fpi?

La bataille au Fpi est une querelle bidon, une guerre de positionnement et de stratégie qui de mon point de vue a été mal gérée par ceux qui se disent majoritaires, mais qui n’ont pas agi avec la finesse requise.

La politique pourtant c’est pas compliqué comme dirait le comédien, surtout lorsqu’elle est faite et expliquée par des professionnels.

Vous dites par exemple que vous êtes majoritaires. Le congrès étant souverain, étiez-vous obligé d’obtenir la validation de la candidature de Laurent Gbagbo avant d’y arriver?

En plein congrès, les initiateurs de l’Appel de Mama, n’auraient-ils pas pu soumettre au vote leur motion ? Affi N’Guessan avait-il la possibilité, qu’il ait été prévenu ou non, de magouiller pour contrôler les délégués au congrès et s’assurer de la majorité?

C’est au congrès du Pdci que Bédié a fait adopter la modification de l’âge limite. Cela s’est appliqué immédiatement. S’ils avaient été patients et stratèges, les adversaires d’Affi N’Guessan auraient raflé la mise pour Laurent Gbagbo en plein congrès, sans se donner les peines actuelles.

Même si certains peuvent estimer qu’il faut laisser les adversaires de l’apôtre-prophète Koukougnon David, le plus polémiste des “affidés” payer le prix de leur manque de finesse et de stratégie politique, même si le gouvernement peut redouter d’avoir un interlocuteur radical et non conciliant, désireux de retarder le dialogue politique, j’estime qu’il n’y a plus aucun intérêt à suivre le Fpi dans ses palabres “d’enfant et de gamin” .

Après avoir fait le “bon” choix en disant non à la cabale contre Pascal Affi N’Guessan, il est temps à présent pour le gouvernement ivoirien de s’en laver les mains, de ne plus mettre les AIE (appareils idéologiques d’État ) que sont la justice , la gendarmerie, la police, télé au service d’Affi N’Guessan.

Certes le gouvernement agit sans calcul, ni arrière pensée, par pur principe et par légalité, puisqu’il est convaincu qu’au fond, contrairement aux rumeurs, qu’Affi N’Guessan est un adversaire, et n’est qu’un allié momentané, aléatoire et circonstanciel qui ne lui garantit aucun suffrage, mais il est temps de changer de cap.

Puisque les “légitimistes” pro-Gbagbo ne peuvent prospérer ni agir en dehors de l’État, puisque malgré leur non reconnaissance par le gouvernement ils agissent quand même presqu’à visage découvert et sévissent à travers des journaux, à travers le net, à travers des rencontres avec l’opposition , puisque cette situation n’apaise pas l’environnement politique et entretient une confusion qui n’arrange personne, alors posons la question : au fond que perd le gouvernement à prendre acte de l’autorité de Sangaré Aboudrahame and co sur le Fpi . Je ne vois pas ce que le gouvernement perd. Au contraire, il va contraindre le Fpi des radicaux à entrer dans la République, à sortir du jeu de défiance dans lequel il excelle et duquel il se nourrit. Pendant ce temps, Affi N’Guessan ne renoncera pas bien entendu. Il continuera à se battre à sa façon. Et alors que les autres le traitent de vendu entre autre pour cela , ce sera au tour des Sangaré de solliciter l’Onuci, la justice, ou la police aux ordres d Ouattara pour mettre à l’écart Affi N’Guessan.

Si Laurent Gbagbo veut changer de statut et quitter la Champion League pour redevenir président du Fpi, et rentrer dans la ” Cour commune League ” ( et être le collègue de Mamadou Koulibaly, et tant d’autres président de parti politique) où est le problème ?

Pour moi ça ne change absolument rien et ça ne fera même pas tomber le ciel sur nos têtes.

Affi N’Guessan sera assurément et momentanément en difficultés, mais la vie va continuer !

On verra alors de quel miracle Laurent Akoun, Alphonse Douaty, et tous les autres sont capables . On verra s’ils réussiront mieux qu’Affi N’Guessan à pourrir la vie au gouvernement Ouattara.

On verra combien de temps ils mettront pour faire sortir Laurent Gbagbo de prison . Ce qu’ils n’ont pas pu faire quand Affi N’Guessan était lui-même en prison. On verra, on verra bien ce qu’on va voir….

Je ne suis pas la justice ivoirienne. Je ne suis pas Mamadou Gnenema. Je ne suis pas Hamed Bakayoko . Je ne suis pas Alassane Ouattara. Ce n’est pas une mauvaise chose que je ne sois pas à leur place. C’est bien cela qui m’inspire pour suggérer et plaider cette décision inattendue, ce coup de théâtre, ce politiquement incorrect du moment!

Ce rétropédalage tactique aura le mérite de clarifier bien de choses au nom de la real politik.

Rendez enfin à Laurent Gbagbo son Fpi pour qu’il en fasse ce qu’il veut ! Pour qu’ils vous foutent la paix ! Pour qu’on voit enfin de quoi ils sont capables maintenant, mais dont ils n’ont pas été capables alors qu’ils avaient sous leur contrôle tous les AIE ( appareils idéologiques d’État) .

Que la récréation prenne fin. Ici et maintenant!

Charles Kouassi

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