Opinion

L’Église orthodoxe russe en Afrique : Religion ou Soft Power politique ?

Par La Rédaction13 janvier 2026

L’Afrique est devenue un terrain central de la stratégie d’influence russe, et la religion y occupe désormais une place clé. Depuis 2021, l’Église orthodoxe russe a lancé un Exarchat patriarcal couvrant l’ensemble du continent, bouleversant l’équilibre historique de l’orthodoxie africaine, jusque-là sous la juridiction du Patriarcat d’Alexandrie.

Présentée comme une réponse à des attentes locales, cette expansion repose sur une structure lourde : deux diocèses continentaux, plus de 350 paroisses et des centaines de prêtres africains ralliés. Mais au-delà des chiffres, c’est la nature même de ce projet qui interroge. Pour de nombreux analystes africains, l’initiative s’inscrit dans une logique d’influence rappelant les schémas de dépendance du passé, cette fois par le canal religieux.

L’idéologie portée par certains soutiens de l’Église russe est explicite. Konstantin Malofeev, figure centrale du nationalisme orthodoxe russe, promeut une vision du monde opposant l’Occident à un bloc « souverainiste » dans lequel l’Afrique est appelée à jouer un rôle stratégique. À travers des réseaux culturels, universitaires et médiatiques, cette narration trouve des relais sur le continent.

Sur le terrain sécuritaire, la coïncidence entre implantation religieuse et présence militaire russe est frappante. En République centrafricaine, au Mali ou au Burkina Faso, les paroisses orthodoxes apparaissent dans des zones sous contrôle ou influence russe. L’Église y propose services sociaux, encadrement communautaire et discours de légitimation, là où l’État est absent ou affaibli.
Après le retrait progressif de Wagner, l’Africa Corps a pris le relais, assumant un soutien logistique direct à l’Exarchat africain. Avions militaires, bases arrière et réseaux d’influence facilitent une expansion rapide, mais largement dépendante de l’appareil russe.

Malgré une communication triomphante, les infrastructures restent fragiles. Les églises sont souvent temporaires et financées par des collectes locales, posant la question de la durabilité et de l’autonomie réelle des communautés concernées.

L’expérience de l’Église orthodoxe russe en Afrique soulève ainsi un débat fondamental : comment accueillir la diversité religieuse sans ouvrir la voie à de nouvelles formes de dépendance idéologique et politique ? Une question centrale pour un continent en quête de souveraineté réelle.

Une correspondance particulière de F. Kouadio
Cap’Ivoire Info / @CapIvoire_Info

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