À l’occasion du quadruple scrutin du 28 décembre 2025 en République centrafricaine, une nouvelle campagne de désinformation pro-russe a émergé sur les réseaux sociaux. Analyse d’un dispositif informationnel coordonné, révélateur des nouvelles stratégies d’influence en Afrique.
Le quadruple scrutin organisé le 28 décembre 2025 en République centrafricaine s’est déroulé dans un climat globalement apaisé, salué par de nombreux observateurs nationaux et internationaux. Pourtant, en marge du vote, une nouvelle vague de désinformation a émergé sur les réseaux sociaux, accusant la France et, plus largement, les partenaires occidentaux de tenter d’influencer le processus électoral. Une séquence informationnelle qui, à l’analyse, révèle une stratégie de diffusion désormais bien rodée.
Tout commence par la reprise d’un article publié par RIA Novosti, média d’État russe. Le 29 décembre à 08h13, un message relayé dans une boucle Telegram pro-russe attribue à Dmitri Podolski, présenté comme conseiller spécial du président Faustin-Archange Touadéra et figure centrale du dispositif russe en Centrafrique, des propos accusant la France d’avoir cherché à « manipuler les élections » par des pressions financières. Une minute plus tard, à 08h14, Sputnik Africa diffuse à son tour le même narratif sur X, quasiment mot pour mot.
Dans la demi-heure qui suit, plusieurs comptes se revendiquant « panafricanistes indépendants » s’emparent de l’information et la relaient sur Facebook et X sans aucun travail de contextualisation ou de vérification. Le contenu, le cadrage et parfois le texte exact sont strictement identiques à ceux des sources russes.
En moins de deux heures, huit publications distinctes diffusent la même accusation. L’examen des profils à l’origine de ces messages montre qu’ils sont majoritairement localisés soit en Russie, soit dans des pays membres de l’Alliance des États du Sahel. Une convergence géographique qui interroge sur le caractère réellement autonome de ces relais.
Cette première séquence a rapidement été suivie d’une seconde, visant cette fois l’Union européenne. Des publications ont affirmé qu’une délégation officielle d’observateurs de l’Union européenne aurait été déployée en Centrafrique pour superviser les élections. L’information, largement reprise par des médias et pages connues pour relayer des contenus pro-russes, a été attribuée à une interview de Dmitri Podolski accordée à l’agence TASS.
Après vérification, cette délégation n’existait pas. Sollicité par des journalistes locaux, l’ambassadeur de l’Union européenne à Bangui a confirmé qu’aucune mission d’observation européenne n’avait été envoyée, faute de demande officielle des autorités centrafricaines. Des médias centrafricains, dont Ndélé Luka, ont rapidement mis en évidence les incohérences de ce récit et démonté le montage informationnel.
Les personnes présentées comme « observateurs » se sont révélées être des individus proches des réseaux russes, mandatés en dehors de tout cadre institutionnel européen. L’objectif apparaît clair: créer de toutes pièces une présence occidentale fictive afin de pouvoir ensuite la dénoncer, alimentant un discours anti-européen et renforçant, par contraste, la position de la Russie et du groupe Wagner en Centrafrique.
Ces deux séquences illustrent une constante: la circulation rapide et synchronisée d’un narratif conçu en amont, relayé par des médias d’État russes puis amplifié par des influenceurs se réclamant du panafricanisme. Derrière un discours de souveraineté et d’émancipation, ces acteurs jouent de fait un rôle de caisse de résonance, contribuant à façonner l’opinion publique africaine au bénéfice d’intérêts extérieurs. Un phénomène désormais bien identifié, qui pose avec acuité la question de la résilience informationnelle en période électorale sur le continent africain.
Une correspondance particulière de F. Kouadio
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