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En Angola, le français devient une matière obligatoire dès le primaire

Par La Rédaction19 mars 2026

Plus vaste que les onze pays d’Europe de l’Est membres de l’Union européenne réunis, l’Angola a décidé de faire du français une matière obligatoire, dès le primaire. Cette mesure, prise en juin dernier et passée largement inaperçue, permettra notamment au pays de renforcer ses liens avec la vaste Afrique francophone, dont la population vient de dépasser les 500 millions d’habitants et qui vient d’afficher, globalement, les meilleures performances économiques du continent pour la douzième année consécutive.

Le gouvernement angolais a validé en juin dernier le projet d’introduction du français en tant que langue étrangère obligatoire au troisième cycle de l’enseignement primaire. L’Angola est un vaste pays lusophone d’Afrique centrale, s’étendant sur une superficie de 1 247 000 km2 et comptant 39 millions d’habitants. Sa population devrait atteindre environ 75 millions en 2050, et dépasser à terme celle de l’ensemble constitué par les onze pays d’Europe de l’Est membres de l’Union européenne, dont la population totale est en baisse constante et se situe actuellement à 99 millions d’habitants. Par ailleurs, l’Angola est également le troisième producteur africain de pétrole, après le Nigeria et la Libye (avec une production quatre à cinq fois supérieure à celles du Gabon et du Congo), ainsi que le quatrième producteur mondial de diamants.

La langue française obligatoire aux 5e et 6e années du primaire

Alors qu’il n’était jusqu’à présent qu’optionnel, plutôt enseigné au secondaire et à un nombre plus ou moins important d’élèves selon les régions (principalement dans les territoires limitrophes de la RDC voisine), le français est désormais une langue obligatoire sur l’ensemble du territoire national, et ce dès les deux dernières années de l’enseignement primaire. La mise en œuvre de cette réforme, qui avait en réalité déjà commencé dans un certain nombre d’établissements pilotes à la rentrée de l’année scolaire 2024-2025, se fera de manière progressive jusqu’à atteindre la totalité des établissements scolaires du pays à la rentrée 2028.

L’Angola, ou le français était une langue obligatoire pendant la colonisation portugaise et les premières années d’indépendance, se met ainsi au diapason des pays lusophones d’Afrique de l’Ouest (Cap-Vert et Guinée-Bissau) et d’Afrique centrale (Sao Tomé-et-Principe), qui ont toujours maintenu le caractère obligatoire de la langue française (généralement en tant que première langue étrangère). De même, il s’aligne sur les pays anglophones d’Afrique de l’Ouest l’ayant également rendu obligatoire, au cours des deux dernières décennies (même si les moyens ne permettent pas toujours une application généralisée des mesures décidées).

Se rapprocher de la zone la plus dynamique économiquement du continent

Cette réforme du système éducatif permettra à l’Angola de renforcer ses liens avec l’Afrique francophone voisine (le pays partageant des frontières communes avec le Congo-Brazzaville et la RDC, peuplée de 114 millions d’habitants), et notamment ses relations économiques avec ce vaste ensemble qui vient de dépasser les 500 millions d’habitants en 2025 (504 millions au 1er janvier 2026), et qui constitue globalement la zone la plus dynamique économiquement du continent africain. En effet, et à partir des dernières données publiées par la Banque mondiale au mois de janvier, l’Afrique subsaharienne francophone, regroupant 22 pays, a été le moteur de la croissance économique continentale pour la douzième année consécutive en 2025, avec une progression globale de 4,9 %, contre 3,4 % pour le reste de l’Afrique subsaharienne. Sur la période de douze années allant de 2014 à 2025, sa croissance annuelle s’est ainsi établie à 4,1 %, contre seulement 2,1 % pour le reste de l’Afrique subsaharienne.

Cette évolution aidera ainsi le pays à dynamiser son économie, qui affiche régulièrement d’assez longtemps d’assez mauvaises performances en ayant uniquement favorisé, jusqu’à présent, l’apprentissage de la langue anglaise. En effet, et malgré ses énormes richesses, l’Angola a enregistré une croissance économique quasi nulle au cours de la période de douze années allant de 2014 à 2025, avec une moyenne annuelle de seulement 0,9 % sur la période (contre 6,3 % pour la Côte d’Ivoire, ou encore 5,8 % pour la RDC voisine). Le pays s’est ainsi considérablement appauvri, en réalisant une croissance économique largement inférieure à sa croissance démographique, estimée à 3 % par an. À tel point que la Côte d’Ivoire a réussi l’exploit de le dépasser en matière de PIB par habitant, malgré une production pétrolière plus de 30 fois inférieure sur cette même période, et qu’elle devrait même le dépasser en termes de PIB nominal dès cette année malgré une population inférieure, s’établissant à 33 millions d’habitants pour ce pays francophone d’Afrique de l’Ouest.

Occasion de rappeler que les chiffres régulièrement publiés par l’OIF minimisent considérablement l’importance et le poids de l’Afrique francophone, en excluant plus de la moitié de la population de ce vaste ensemble, plus de trois fois plus étendu que l’Union européenne tout entière. Une méthodologie plus que contestable, qui ne correspond donc à aucune réalité sociale, économique ou géopolitique. Le caractère irrationnel de la méthodologie de l’OIF se manifeste également dans l’estimation du nombre de personnes capables de s’exprimer correctement en langue française à l’extérieur du monde francophone, notamment en considérant, aussi surprenant que cela puisse paraître, qu’il n’y a presque aucun locuteur de français dans les pays non francophones du Sud l’ayant pourtant comme langue obligatoire pour tous les élèves de l’enseignement primaire et/ou secondaire.

Ainsi, et parmi bien d’autres exemples, notamment sur le continent africain, l’OIF considère qu’il n’y a que 0,1 % de locuteurs de français au Costa Rica, soit un millième de la population du pays, ou environ 5 000 personnes seulement. Pourtant, le Costa Rica est un pays assez développé d’Amérique centrale, où l’intégralité de la population est scolarisée, et où la langue française est depuis fort longtemps obligatoire au secondaire ! Quant au Brésil, aucun des quelques millions de locuteurs que compte ce vaste pays n’est comptabilisé par l’OIF, pour la simple raison que celui-ci ne fait toujours pas partie des pays étudiés par cette « prestigieuse » organisation (contrairement, donc, au Costa Rica…).

En réalité, le monde francophone, dans sa définition géographique la plus stricte et la plus sérieuse (à ne pas confondre avec la liste des pays membres de l’OIF), vient de dépasser la barre des 600 millions d’habitants, avec une population estimée à 602,2 millions d’habitants début 2026. À cela, s’ajoute un grand nombre de personnes à travers le monde ayant une connaissance, à divers degrés, de la langue française, et que l’on peut désormais estimer à environ 350 millions de personnes, dont au moins quelques dizaines de millions jouissent d’une assez bonne maîtrise de la langue. Un chiffre en augmentation constante, le français étant d’ailleurs la deuxième langue étrangère la plus apprise au monde.

Aller plus loin, en faisant du français la première langue étrangère

La réforme décidée par le gouvernement angolais permettra donc au pays de renforcer ses liens avec la vaste Afrique francophone, et plus globalement avec le monde francophone qui constitue l’espace linguistique le plus dynamique démographiquement (avec une croissance de 2,1 % en 2025, devant l’espace arabophone qui a progressé de 1,8 %). Toutefois, le gouvernement angolais ferait sans doute mieux de prioriser, dans une seconde étape, l’enseignement de la langue française en en faisant chronologiquement la première langue étrangère apprise dans le pays, avant l’anglais dont l’apprentissage démarre actuellement au second cycle de l’enseignement primaire.

En effet, de nombreux exemples à travers le monde démontrent clairement que l’apprentissage du français en tant que première langue étrangère permet non seulement, à la population active d’un pays, d’acquérir globalement une assez bonne connaissance de la langue, mais également d’acquérir un niveau de maîtrise de la langue anglaise globalement supérieur à celui que l’on observe dans les pays où celle-ci est apprise en tant que première langue étrangère. Une réalité qui se manifeste notamment dans les pays du Maghreb, où le français est appris en premier et qui dominent constamment, année après année, les classements arabes en matière de maîtrise de la langue de Shakespeare.

Ainsi, et selon le dernier classement annuel publié par l’organisme Education First, communément appelé « Classement EF-EPI » (Education First, English proficiency index) et constituant la référence mondiale en la matière, la Tunisie s’est une nouvelle fois placée en tête des pays arabes (et au 66e rang mondial), suivie par le Maroc (deuxième, et 68e mondial) et l’Algérie (sixième, au 82e rang mondial). Les pays du Maghreb devancent ainsi, et parfois même très largement, de nombreux pays arabes ayant été d’anciennes colonies britanniques, comme le Qatar (81e mondial), l’Égypte (89e), le Koweït (93e), la Jordanie (105e), ou encore le Soudan (106e) et l’Irak (113e). De même, ils devancent très largement l’Arabie saoudite (115e), sous très forte influence anglo-saxonne depuis plus d’un siècle. La Tunisie et le Maroc se classent même très largement devant des pays comme la Chine (86e) ou le Japon (96e).

Si le gouvernement angolais devait durablement maintenir l’apprentissage de l’anglais en tant que première langue étrangère, le pays se retrouvera alors probablement avec une population ne maîtrisant ni le français ni l’anglais, au lieu d’avoir globalement une assez bonne maîtrise des deux langues à la fois.

Ilyes Zouari

Chercheur, Président du CERMF (Cercle d’étude et de réflexion sur le monde francophone)- www.cermf.org info@cermf.org

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