Célèbre animateur de ‘’Couleurs tropicales’’ sur RFI et co-fondateur de Tropiques FM, Claudy Siar qui observe depuis le 4 mai 2015 une grève de la faim devant les locaux de la radio qu’il a fondée, évoque pour afrikipresse.fr, le sens de son combat.
Au bout de sept jours de grève de la faim, où en êtes-vous physiquement ?
Mon corps est un peu affaibli, et je suis dans une forme d’euphorie. Le médecin m’avait déjà prévenu que cela m’arriverait. Mais mon esprit est vaillant et ma détermination reste intacte. Je ne faiblis pas dans ce combat légitime que je mènerai jusqu’au bout.
Mais vous semblez avoir quitté les palais de justice pour le palais présidentiel français pour trouver une issue à ce problème….
Par cette action que je mène, j’ai déplacé le problème. C’est-à-dire que le temps de la justice n’est pas notre temps à nous, surtout lorsque nous sommes face à l’injustice. J’ai donc aujourd’hui ramené tout ça sur le terrain communautaire, politique ; et je me présente face au Conseil supérieur de l’audiovisuel, le CSA, pour dire qu’il faut qu’il trouve une solution. Il y a évidemment en termes de cahier des charges, une radio qui ne répond plus à sa mission, c’est-à-dire rendre compte de ce que sont les originaires d’Outre-mer ici en Hexagone. C’est le cahier des charges tel un contrat avec le CSA suite au projet que j’ai conçu, déposé et qui a été accepté par le même CSA à travers l’attribution de la fréquence. Ça c’est une chose. Maintenant en ce qui concerne le cœur même du problème, il s’agit d’un associé qui arrive en troisième position après tout le monde, qui est un financier et vous fait croire qu’il adhère à votre projet, mais en finalité n’adhère pas au projet. Il avait prévu, le moment venu, dès qu’il en aurait l’occasion, de changer le projet. Je l’ai compris lorsque nous avons découvert que le 25 mai 2007, il avait modifié l’objet d’une de ses sociétés pour la transformer en régie publicitaire. Et c’est cette entité qui fonctionne pour la publicité de notre radio. Mon associé Patrick Lemure et moi avons été spoliés dans nos prérogatives, dans ce que nous avons fait et apporté dans cette radio. Cette radio, nous l’avons construite. J’ai fait confiance à cet homme en l’emmenant autour de notre table. Et au moment où je suis parti à la délégation interministérielle pour l’égalité des chances des Français d’ Outre-mer en 2011, je lui ai fait confiance, quand il me demandait de ne pas mettre mon frère à la gérance et qu’il y mettrait sa femme. Et que je retrouverai ma place quand je reviendrai. Mais la trahison a été immédiate au moment de mon retour. Il faut préciser qu’avant février 2007, avant qu’on ne nous attribue la fréquence, le CSA m’avait convoqué et indiqué qu’il y avait quelqu’un autour de notre table qui avait mauvaise réputation. On m’a même conseillé de le changer. Mais je suis quelqu’un de loyal, et j’ai dit au CSA que je me portais garant pour lui. Voilà aujourd’hui où nous en sommes. Patrick et moi sommes aujourd’hui sur le palier de notre radio et ne pouvons y accéder.
Que reprochez vous exactement au contenu nouveau que votre financier à apporté à Tropiques FM ?
Vous savez, vous avez le droit de changer le contenu d’une station X et vouloir faire quelque chose de plus superficiel et de plus léger avec tous les stéréotypes que l’on a sur les noirs en général, et toutes sortes de postures d’amuseurs publics. Vous avez le droit de faire ça ! Sauf que là, vous êtes dans une radio communautaire dont la mission est de rendre compte de ce que sont les originaires d’Outre-mer, des ambitions des uns et des autres et de leurs déterminations à évoluer socialement dans tous les secteurs de la vie. C’est une radio communautaire qui met en exergue ses identités, ses spécificités. Et vous ne pouvez pas, lorsque vous avez une radio dévolue à une communauté, décider d’en faire quelque chose de superficiel et de léger. Vous écoutez Radio J, vous écoutez une radio communautaire dédiée à la communauté juive de France. Vous entendez Africa N°1, vous entendez une vraie radio dévolue à toutes les communautés africaines vivant en France. Il y a des émissions, il y a du fond, des débats. C’est comme cela qu’on se construit une communauté. Pareil pour Radio Beur pour la communauté arabe et Radio Alpha pour les Portugais. Mais pourquoi la communauté des originaires d’Outre-mer serait perçue comme un ensemble de personne qui n’aiment que le divertissement ?
A vous entendre, votre combat ne semble pas commercial, mais plutôt culturel et politique.
Mon combat est au-delà du culturel et du politique, il a une dimension sociale. C’est-à-dire que Tropiques FM doit être la radio des Français d’Outre-mer. Mais on se sépare au maximum des Français originaires d’Outre-mer pour faire un autre type de radio. Il veut faire une radio tropicalisée musicale. Mais ce n’est pas le projet initial ! Ce n’est pas ce dont cette communauté a besoin !
Que demandez-vous donc au CSA et aux autorités politiques françaises ?
Je demande au CSA et aux autorités politiques de prendre leurs responsabilités chacun à son niveau. L’action que je mène aujourd’hui est uniquement pour cela. Pour que les uns et les autres comprennent que nous en avons assez d’être toujours ceux que l’on considère un tout petit peu moins. C’est-à-dire, lorsque nous avons un souci, il y a moins d’engagement de la part des pouvoirs publics que pour d’autres. Ça suffit maintenant ! Il est temps qu’il y ait une égalité de traitement lorsqu’il y a des nœuds qu’on peut dénouer. Il faut juste vouloir s’engager, il faut juste un peu d’attention et de considération pour ces personnes qui sont dans cette situation là.
Pour votre idéal, êtes vous prêt à aller jusqu’au sacrifice de vous-même ?
(Un moment de silence) De peur de passer pour un prétentieux, je ne vais pas paraphraser un grand homme comme Mandela…Oui je suis prêt à aller très très loin, je ne lâcherai rien, mais vraiment rien ! Des personnes au CSA et dans des ministères m’ont déjà demandé d’arrêter mon action, mais je ne lâcherai rien !
Vous êtes donc prêt à poursuivre votre martyre jusqu’au bout ?
Je ne sais pas si c’est un martyre. Je sais que l’action que je mène est une violence que je me fais, mais aux autres c’est un message pacifique que j’adresse, une demande de dialogue de règlement d’un conflit. Si les autres comprennent la main tendue, tant mieux. Mais moi j’irai jusqu’au bout. Et si finalement le sacrifice d’un homme ne pèse rien dans la balance, on saura au moins dans quel monde on vit.
Dans cette situation de précarité dans les parties communes du palier où siège Tropiques FM, il semble que des verrous ont été posés sur l’unique toilette de l’étage pour vous empêcher d’y accéder. Comment vivez-vous cet acte ?
C’est une tentative d’humiliation, mais je ne suis pas homme à être humilié par ce type de bêtises. Tout comme par exemple il a été posté un gâteau sur l’Instagram de Tropiques FM en disant que c’est l’heure du goûter , et c’est bon un gâteau pendant que j’entamais mon deuxième jour de grève de la faim. Mais les auditeurs ont réagi immédiatement et indiqué que c’était malsain, inacceptable et inadmissible. Ça m’a personnellement beaucoup touché qu’il y ait cet élan de réactions. Ce sont de petites vexations, mais le combat est ailleurs, et l’unique but est de sauver une radio qui doit être une radio communautaire.
N’est ce pas l’ultime combat de Claudy Siar pour la visibilité des Français d’Outre-mer en France ?
J’espère que je n’aurai plus à livrer ce type de combat. Mais de toute façon, je suis parti pour gagner ce combat.
Par ce combat, quel message voulez-vous passer aux Français originaires d’Outre-mer ?
Je suis très heureux de la mobilisation qu’il y a autour de moi. Cela veut vraiment dire que j’ai de la légitimité et non mon adversaire. Nous allons donc continuer la mobilisation. Je suis cependant persuadé que notre ami ne cédera pas. Vous savez lorsqu’un chien tient un os, il ne le lâche pas, même quand on tape sur son museau. Mais dans notre cas, notre adversaire est homme doué de bon sens qui comprend que tout conflit a une issue. Trouvons donc la bonne porte de sortie pour tout le monde et que personne ne soit lésé. Il ne faudra surtout pas que la communauté des originaires d’Outre-mer soit lésée.
Réalisé par Jean-Paul Oro