Malgré les initiatives diplomatiques, l’ONU alerte sur la persistance des violences, des violations des droits humains et de l’exploitation illégale dans l’est de la RDC.
Dans son rapport à mi-parcours présenté au Conseil de sécurité, le Groupe d’experts des Nations unies dresse un état des lieux préoccupant de la situation sécuritaire dans l’est de la République démocratique du Congo. Malgré la multiplication des efforts diplomatiques, les violences armées, les violations des droits humains et l’exploitation illégale des ressources continuent d’alimenter l’instabilité régionale.
Une insécurité persistante dans le Nord-Kivu et le Sud-Kivu
La situation sécuritaire dans l’est de la République démocratique du Congo (RDC) demeure fragile et marquée par une intensification des violences armées. C’est le principal constat dressé par le Groupe d’experts des Nations unies dans son rapport à mi-parcours adressé au Conseil de sécurité. Couvrant la période allant jusqu’au 10 novembre 2025, ce document met en lumière les limites des mécanismes actuels de stabilisation et les défis persistants en matière de protection des civils.
Selon les experts onusiens, les provinces du Nord-Kivu et du Sud-Kivu restent les épicentres d’une insécurité chronique. Les affrontements entre groupes armés et forces gouvernementales se sont poursuivis, entraînant de lourdes conséquences humanitaires pour les populations locales. Les civils demeurent les principales victimes de ces violences, exposés à des attaques ciblées, à des déplacements forcés et à des formes multiples d’abus, notamment les violences sexuelles.
L’AFC/M23 et la remise en cause de l’autorité de l’État
Le rapport souligne également le rôle central joué par l’Alliance Fleuve Congo/Mouvement du 23 mars (AFC/M23), accusée de chercher à consolider son emprise sur plusieurs territoires. Dans certaines zones sous son contrôle, le groupe armé aurait mis en place des structures assimilables à une gouvernance parallèle, remettant en cause l’autorité de l’État et compliquant davantage les efforts de stabilisation. Les Forces armées de la RDC (FARDC), appuyées par des forces alliées, ont tenté de contenir cette progression, sans toutefois parvenir à inverser durablement la dynamique sur le terrain.
La dimension régionale du conflit demeure également un facteur clé de préoccupation. Le rapport fait état de l’implication persistante de la Force de défense rwandaise (FDR) aux côtés de l’AFC/M23, une situation qui alimente les tensions diplomatiques entre Kinshasa et Kigali. Cette implication, régulièrement dénoncée par les autorités congolaises, contribue à complexifier les tentatives de règlement politique et à fragiliser les mécanismes de confiance entre les parties prenantes.
Initiatives diplomatiques : avancées limitées sur le terrain
Sur le plan diplomatique, plusieurs initiatives ont pourtant vu le jour ces derniers mois. Les experts mentionnent notamment la signature d’un accord de paix à Washington ainsi qu’une déclaration de principes adoptée à Doha, visant à favoriser un cessez-le-feu durable et à relancer le dialogue entre la RDC, le Rwanda et l’AFC/M23. Si ces démarches témoignent d’une volonté internationale de désescalade, leur mise en œuvre reste partielle. Des divergences d’interprétation et un déficit de confiance continuent d’entraver l’application concrète des engagements pris.
Le rapport accorde une attention particulière aux violations des droits humains et du droit international humanitaire. Les experts documentent des exactions commises par différentes parties au conflit, notamment des attaques contre des civils, des exécutions sommaires et des actes de violence sexuelle. Le recrutement forcé de combattants, y compris parmi les mineurs, est également signalé comme une pratique préoccupante, en contradiction avec les normes internationales de protection de l’enfance.
Ressources naturelles, moteur structurel du conflit
Au-delà de l’enjeu sécuritaire, l’exploitation illégale des ressources naturelles apparaît comme l’un des moteurs structurels du conflit. Dans plusieurs zones riches en minerais, des groupes armés continuent de tirer profit de l’extraction et du commerce illicites, alimentant ainsi leurs capacités militaires et affaiblissant les efforts de l’État pour rétablir son autorité économique. Cette économie de guerre a des conséquences directes sur les communautés locales, privées des retombées légitimes de leurs ressources et exposées à une insécurité durable.
Face à ce constat, le Groupe d’experts appelle à un renforcement des mesures internationales. Il recommande notamment une meilleure application du régime de sanctions, un soutien accru aux mécanismes de protection des civils et une implication plus soutenue des partenaires régionaux et internationaux dans la mise en œuvre effective des accords de paix. Pour les Nations unies, seule une approche combinant pression diplomatique, action humanitaire et réponse sécuritaire coordonnée pourra créer les conditions d’une stabilisation durable dans l’est de la RDC.
En définitive, le rapport met en évidence un décalage persistant entre les engagements diplomatiques et la réalité du terrain. Si les initiatives politiques se multiplient, leur impact reste limité tant que les causes profondes du conflit rivalités armées, ingérences extérieures et exploitation des ressources ne sont pas traitées de manière concertée. Un message clair adressé au Conseil de sécurité, invité à adapter sa stratégie face à une crise qui continue de peser lourdement sur la stabilité régionale et sur la vie de millions de civils congolais.
Philippe Kouhon