Une décision rare, aux implications géopolitiques majeures. En ordonnant le rappel de près de 30 ambassadeurs de carrière, Donald Trump porte à plus de 100 le nombre de postes diplomatiques américains aujourd’hui vacants à travers le monde. Une initiative vivement contestée par plusieurs sénateurs démocrates, qui alertent sur les risques sécuritaires, diplomatiques et stratégiques pour les États-Unis, dans un contexte de rivalités accrues avec la Chine et la Russie.
Trump assume une reprise en main de la diplomatie américaine
Du côté de la Maison-Blanche, cette décision s’inscrit dans une volonté affichée de réorganisation profonde de l’appareil diplomatique. Donald Trump entend renforcer le contrôle politique de l’exécutif sur la représentation extérieure des États-Unis, estimant que certains ambassadeurs de carrière ne reflètent pas suffisamment ses priorités stratégiques, notamment sur les questions de souveraineté, de sécurité nationale et de compétition entre grandes puissances.
L’administration invoque également des impératifs de rationalisation et d’efficacité. Selon elle, plusieurs ambassades peuvent fonctionner temporairement sous la direction de chargés d’affaires, en attendant la nomination de nouveaux représentants. Au total, la mesure concerne près de 30 ambassadeurs rappelés, qui s’ajoutent aux 80 postes déjà vacants, soit environ la moitié du réseau diplomatique américain mondial.
Les sénateurs alertent sur un vide diplomatique inédit
Dans une lettre adressée le 23 décembre 2025 au président américain, une dizaine de sénateurs démocrates dénoncent une décision sans précédent depuis la création du Service diplomatique moderne il y a un siècle. Parmi les signataires figurent notamment Jeanne Shaheen, Chris Murphy, Cory Booker et Tim Kaine. Ils rappellent que les ambassadeurs concernés sont des diplomates apolitiques, confirmés par le Sénat, ayant servi sous des administrations républicaines comme démocrates.
Les élus soulignent ensuite les risques géopolitiques région par région. En Indo-Pacifique, l’absence d’ambassadeurs est perçue comme un signal de désengagement américain face à la Chine, notamment aux Philippines, allié stratégique confronté à la pression croissante de Pékin en mer de Chine méridionale. En Afrique, les sénateurs redoutent que cette vacance diplomatique ne facilite l’expansion de l’influence russe et chinoise, notamment dans les secteurs stratégiques des minerais critiques et de l’énergie.
Enfin, les sénateurs mettent en garde contre des conséquences sécuritaires immédiates. Du Moyen-Orient à l’Europe, en passant par l’Amérique latine, plusieurs pays clés – dont l’Égypte, les Balkans occidentaux, le Guatemala ou encore la Guyana – se retrouveront sans ambassadeur américain confirmé. Une situation qui, selon eux, affaiblit la capacité de Washington à défendre ses intérêts, à protéger ses ressortissants et à peser dans les grandes négociations internationales, au bénéfice direct de puissances rivales.
Charles Kouassi