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Fifa : Salif Diallo , journaliste sénégalais décrypte Blatter, Platini et le scandale

Par Charles Kouassi27 mai 2015

Journaliste sénégalais, Salif Diallo, chef Desk Sport de l’Agence de Presse Sénégalais s’est confié à Afikipresse dans le cadre du scandale qui secoue actuellement la FIFA.

Afrikipresse.fr : Un scandale vient d’éclater à la FIFA quatre ans après celui 2010-2011. Quelle explication pouvez-vous en donner ?

Avant tout, il ne faut pas aller vite en besogne. Ces personnalités ont été interpellées, elles n’ont pas été jugées coupables même si tout cela participe à faire de la FIFA une institution où la corruption règne et suinte partout. Il faut attendre encore des heures pour savoir les résultats de ces enquêtes. Quoi qu’il en soit, il y a des raisons de croire qu’avec toutes ces scandales , il faut changer de mode de gouvernance de la FIFA et du football mondial d’une manière générale.

Comment expliquez-vous que ce soit toujours à l’occasion des congrès électifs qu’éclatent ces scandales ?

Justement, surtout ce congrès. Est-ce que les USA qui ont été privés de coupe du monde en 2022 ne veulent pas mettre du sable dans le couscous. En tous les cas, il n’y a pas de fumée sans feu. Il y a des raisons de croire que tout cela participe à diaboliser le président de la FIFA, Sepp Blatter candidat à sa propre succession et qui est parti pour gagner encore.

L’une des particularités de ce nouveau scandale c’est qu’un pays africain est cité, notamment l’Afrique du Sud dont l’obtention de l’organisation du Mondial 2010 aurait été monnayée. Cela est-il possible ?

Faut-il en pleurer ? Je pense qu’il ne sert à rien d’incriminer un pays ou des hommes, c’est le système qu’il faut changer. On parle de l’Afrique du Sud, si on fouille un peu, il faut se rappeler qu’un délégué néo-zélandais ou australien a été obligé de partir de son hôtel tardivement lors du vote pour l’attribution de la coupe du monde 2006. Et c’est après ce scandale que la FIFA a décidé de faire tourner l’organisation de la coupe du monde; ainsi l’Afrique à travers l’Afrique du Sud a pu bénéficier de cette organisation. La vérité est qu’il faut changer de système de votation pour l’attribution de l’organisation de la coupe du monde. En lieu et place du Comité exécutif, il faut que tous les pays membres puissent voter directement.

La majorité des membres ou dirigeants de ce scandale du mois de mai vient du continent américain. Y a-t-il une leçon particulière à tirer ?

Cela veut dire que la corruption, la bêtise, le lucre n’ont pas de nationalité, et ne sont pas toujours le fait des africains Cela pouvait bien être également des Européens.

Comment expliquez-vous que ce soit toujours en majorité des dirigeants et autres cadres des pays en voie de développement ou sous-développés qui soient soupçonnés ou incriminés ?

Ça pose un sérieux problème. Les autres seraient-ils plus vertueux que les dirigeants sud-américains et africains ? Je ne pense pas puisqu’à la veille de l’attribution des coupes du monde 2018 et 2022, des médias avaient révélé une rencontre entre Platini (président de la FIFA) et le Nicolas Sarkozy (chef de l’Etat français d’alors). (lire un article du journal le Monde : Dans une enquête consacrée au “Qatargate” et publiée en janvier, ). Par ailleurs l’hebdomadaire France Football avait clairement pointé l’implication de la France, évoquant une visite à l’Elysée, le 23 novembre 2010, du prince héritier Al-Thani. Reçu par Nicolas Sarkozy en présence de Michel Platini, président de l’UEFA et potentiel candidat à la présidence de la FIFA en 2015, celui qui est entre-temps devenu propriétaire du Paris-Saint-Germain et a succédé à son père sur le trône aurait notamment discuté avec ses hôtes du rachat du club de la capitale. Ancien meneur de jeu des Bleus, Zinédine Zidane a, lui aussi, soutenu la candidature de l’émirat lors du scrutin de 2010. “Les dirigeants qataris ont multiplié les visites en Allemagne, à Chypre et en Turquie…”, fait également remarquer un diplomate. Pourquoi faire ? On ne le saura jamais mais ça pose problème.

Il y a quatre ans, des Africains, notamment, le président Issa Hayatou de la CAF, l’Ivoirien Jacques Anouma, le Nigérian Amos Adamu, tous trois alors membres du Comité Exécutif de la FIFA et le Malien Ahmadou Diakité ont été au centre d’une affaire de corruption à la FIFA. Les deux premiers ont été blanchis et les deux derniers condamnés. Aujourd’hui on parle de l’Afrique du Sud. Quelle réflexion faites vous de cela ?

Justement, c’est ce que je disais, ce n’est pas un problème africain mais un problème de différence et encore une fois c’est le système de vote et d’attribution qu’il faut changer. Que tous les pays membres de la FIFA puissent participer à la désignation des pays organisateurs. Que cela soit aussi le cas en Afrique. On se rappelle du courroux des Algériens quand le Gabon a été choisi pour organiser la CAN 2017.

Aujourd’hui, la réputation de la FIFA est-elle souillée ?

C’est clair que toutes ces affaires ne participent pas à donner une belle image de la FIFA. Mais ceux qui tirent aujourd’hui à boulets rouges sur la FIFA n’ont-ils pas participé dans le système. Platini n’a-t-il pas été le soutien indéfectible de Blatter en 1998 ? Il faut se demander quand a-t-il décidé de se soustraire de l’emprise de Blatter ?

Ne pensez-vous pas que ce soit le président Sepp Blatter qui soit visé dans tous ces scandales ?

Entre autres mais je crois sincèrement qu’on ne peut pas demeurer aussi longtemps à la tête d’une institution, deux mandats de quatre ans sont suffisants pour un président de la FIFA.

Justement l’UEFA qui a carrément pris position pour l’adversaire de Sepp Blatter demande subitement le départ de ce dernier. Quel jugement portez-vous sur cette manière de voir les choses ?

C’est clair qu’il y a un football à deux vitesses. L’Afrique et l’Asie n’ont pas les mêmes besoins que l’UEFA dans la gestion du football mondial et cela transparait partout. Les Fédérations européennes ont les moyens de leur indépendance mais pas l’Afrique et l’Asie.

Selon vous, Blatter est-il protégé ? Sa candidature est-elle de trop ?

Oui cette candidature est de trop. Il est quand même président depuis 1998, je pense qu’il doit passer la main mais il ne le veut pas parce que ce n’est pas sûr pour lui-même. A-t-il été trempé dans certains scandales ? Il ne faut pas l’exclure totalement.

Que faut-il faire pour que cessent ces scandales à n’en point finir ?

Changer de système de gouvernance du football mondial.

L’UEFA a pris position et veut faire tomber Blatter. Peut-elle atteindre son objectif ?

Mais avec le Prince Ali, ont-ils choisi la bonne personne ? Celui-là même est vice-président de la FIFA et n’est-ce pas quelqu’un que Platini peut manipuler à sa guise? Platini a été un grand footballeur mais est-ce un dirigeant irréprochable ? En Europe même des voix s’élèvent contre sa gestion de l’UEFA.

Propos recueillis par
Mel Adou

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