De passage à Abidjan dans le cadre de la Nuit du Football Africain, Aboubacar Titi Camara a pris part au match hommage à Laurent Pokou, le 23 décembre 2016. Dans cet entretien, l’ancienne vedette de la sélection nationale de Guinée et ex ministre des Sports de ce pays, parle de Laurent Pokou, de la CAN 2017, des Éléphants et du Sily National de la Guinée qui est toujours à la recherche de son premier trophée africain.
-Qu’est-ce que cela vous fait de prendre part à ce match hommage à Laurent Pokou ?
Je suis là pour rendre hommage à l’un des grands attaquants du football africain qu’est Laurent Pokou. C’est un honneur pour moi de participer à ce match de gala. Il est de la génération des Sherif Camara, Maxime et autres qui n’est pas la mienne. Mais il reste que l’homme a laissé une trace indélébile dans l’histoire de la CAN.
–Quand on évoque le nom de Laurent, il rappelle les souvenirs des grands derbies Côte d’Ivoire-Guinée même si vous n’y avez pas participé. Qu’est-ce que cela vous fait ?
Il y avait un honneur à défendre lors des rencontres entre ces deux équipes. Tout le monde se rappelle la rivalité entre les présidents Houphouet-Boigny et Sekou Touré. Il fallait donc défendre la patrie. Je sais également qu’il y avait les derbies ASEC-Hafia dont les gens parlent encore aujourd’hui et qui ont marqué leur temps. Ils ont laissé une bonne image au football africain. Aujourd’hui, on a du mal à trouver des attaquants de race même si la Côte d’Ivoire a eu des joueurs de renommée comme Abdoulaye Traoré, Didier Drogba qui ont marqué leur temps. Laurent Pokou restera dans la mémoire du football africain. (….) C’est déjà une grande perte pour la famille et pour le peuple ivoirien avant de penser à l’Afrique. Un baobab comme ce monsieur n’est pas facile à remplacer. Nous devons penser à tout ce qu’il a pu rendre au football africain. Il a été un modèle pour nous qui avons eu la chance d’évoluer en Europe.
– Dans deux semaines débute la CAN 2017 au Gabon. Quel est votre pronostic ?
Il y a de belles équipes. À une ou deux pays près, ce sont les mêmes pays qui se retrouvent. J’ai suivi la RD Congo qui est une bonne équipe, qui a la technique et qui a un mental de fer. Elle a gagné le CHAN. Il y a également le champion en titre qui est la Côte d’Ivoire même si elle est en reconstruction. Il y a aussi l’Algérie qui a un très bon groupe, qui a prouvé au dernier Mondial mais qui a du mal à convaincre au plan africain. Nous aurons droit à de très belles rencontres et je souhaite que le public aussi joue sa partition en allant en grand nombre au stade. Ce sera l’Afrique qui gagne.
-La difficile qualification de la Côte d’Ivoire en éliminatoires peut-elle avoir un impact négatif sur elle lors de la phase finale ?
Vous savez que ce n’est toujours pas facile de se qualifier pour une phase finale compte tenu du fait que chaque pays veut se qualifier aussi. Mais vu le travail qu’est en train de faire Michel Dussuyer que je connais bien, la Côte d’Ivoire pourra s’en sortir. Et n’oubliez pas que pour ce genre de compétitions il faut des joueurs de talent mais également d’expérience. Et à ce niveau, la Côte d’Ivoire en a.
-Votre pays la Guinée , sera absent à ce rendez-vous. Éprouvez-vous des regrets ?
La Guinée était présente à l’édition de 2015 en Guinée Équatoriale mais sera absente en 2017. Effectivement c’est une grande déception. Cela dit il faut qu’elle se remette au travail.
-La Guinée est toujours à la recherche de son premier titre africain…
Oui depuis 1976 où elle a joué la finale de la CAN contre le Maroc. Vous savez que pour arriver à ces grands rendez-vous et les gagner , il faut du travail. Dans les années 70 et 80 la Guinée a régné avec le Hafia et le Sily , mais elle n’a pas su préparer la relève et vous comprenez pourquoi elle a des résultats en dents de scie.
-Vous avez été joueur de talent à votre époque avec une belle génération. Malgré tout vous n’avez pas pu donner un titre à votre pays. Avez-vous des regrets ?
Des regrets ? Non. Je pense que les autres joueurs et moi avons tout donné. Il y a beaucoup de facteurs pour gagner un titre. Il faut avoir un leadership et les hommes qui peuvent accompagner l’équipe nationale. Malheureusement ce n’est pas le cas. Donc il faut se remettre au travail, avoir de grands joueurs évoluant en Europe comme la Côte d’Ivoire, le Sénégal…avoir une bonne ossature. Cela viendra avec le temps.
Entretien réalisé par Adou Mel