L’ambassade de France en Côte d’Ivoire a initié un programme pilote de restauration de la mangrove. Organisé le samedi 31 janvier 2026 à la Résidence de France à Cocody, cet événement sous le slogan “2026 sera durable !” a mobilisé experts, autorités et associations autour de la plantation de palétuviers. Face à la déforestation accélérée et à la pollution plastique qui menacent les écosystèmes côtiers ivoiriens, cette initiative met en lumière des solutions concrètes pour rendre le littoral plus résilient.
Le contexte alarmant de la déforestation
La forêt ivoirienne est passée de 16 millions d’hectares en 1960 à moins de 3 millions d’hectares aujourd’hui. Les mangroves, ces forêts côtières, qui contribuent à la protection contre les inondations, constituent un abri pour la biodiversité et une barrière naturelle contre l’érosion, sont particulièrement vulnérables.
Comme l’a souligné le professeur Allassane Ouattara du Laboratoire de l’environnement et de biologie aquatique de l’université Nangui Abrogoua lors de l’événement, les mangroves agissent comme une « barrière qui protège nos villages », citant l’exemple de Bingerville où elles ont épargné un village des inondations.
L’impact mortelde la pollution plastique
La pollution plastique aggrave la situation, selon Philippe Cecchi, directeur de recherche à l’Institut de recherche pour le développement (IRD) et écologue des milieux aquatiques, qui a fourni une introduction scientifique éclairante.
Chaque jour, 250 tonnes de déchets urbains rejoignent la lagune Ébrié, dont 80 % sont du plastique. En 2023, la Côte d’Ivoire a importé 457 000 tonnes de plastique, soit un millième de la production mondiale, avec une augmentation de 10 % par an depuis 2020. Cela génère 200 000 emplois directs et contribue à 2 % du PIB, mais l’essentiel finit abandonné dans l’environnement.
Les micro-plastiques (moins de 5 mm) et nano-plastiques (moins de 1 micron) sont omniprésents : chaque habitant ingère l’équivalent d’une carte de crédit par semaine. Sur 16 000 produits chimiques utilisés dans la fabrication, seulement 4 000 ont été testés, tous toxiques. Les conséquences sont dévastatrices : des explosions de cancers sont prédites sur trois générations en raison de contaminations chroniques à nano-doses.
Plantation de palétuviers et sensibilisation
Présidé par SEM Jean Christophe Belliard, ambassadeur de France, l’événement a réuni de nombreux participants : étudiants, autorités locales et associations de défense de l’environnement ainsi que le chanteur Siro.
L’ambassadeur a insisté sur l’utilité de l’opération : « Ça masquera un peu cette pollution. C’est encore mieux que ce soit les jeunes qui prennent le lead, parce que c’est notre futur. » Il a remercié l’université Nangui Abrogoua, le représentant du maire de Cocody et l’IRD, soulignant le rôle scientifique face aux négationnistes du changement climatique.
La plantation de palétuviers, arbre des mangroves, a été au cœur de l’action. Prof. Ouattara a expliqué leurs particularités de l’arbre : racines échasses aériennes s’enfonçant dans la vase, avec des lenticelles (pores) pour respirer dans un environnement saumâtre.
Un membre d’une association de préservation de l’environnement a détaillé les techniques : préférer les pépinières au planting direct pour un meilleur taux de survie. Utiliser du terreau local, arroser avec l’eau lagunaire adaptée à la salinité. Chaque participant a planté plusieurs arbres : creuser un trou à la dimension du sachet, enlever le plastique (menace pour les mangroves), installer la plantule.
Cette opération pilote appelle à une mobilisation générale. La restauration des mangroves n’est pas seulement une action environnementale ; c’est une nécessité pour un avenir durable en Côte d’Ivoire.
Yaya K