Economie

France – Lionel Zinsou à propos de la croissance en Afrique : ” On n’a presque jamais vu cela dans l’histoire “.

Par Charles Kouassi6 février 2015

AFRIKIPRESSE – Paris. Entre deux tables rondes, Lionel Zinsou, président de la Fondation Africa-France initiatrice du Forum franco-africain pour la croissance partagée répond à AFRIKIPRESSE sur la question de la réduction des parts de marché des entreprises françaises en Afrique :

« Je ne crois pas à la réduction des parts de marché des entreprises françaises en Afrique . Je crois pour l’instant qu’il faut bien analyser les chiffres. La France a augmenté ses échanges tous les ans avec l’Afrique. Çà c’est une réalité. L’autre réalité, c’est qu’il y a des gens qui ont fait mieux qu’elle. Vous aurez observé que ce n’est pas seulement sur l’Afrique qu’il y a eu des problèmes de part de marché et de compétitivité de la France. C’est pour cela qu’il y a une politique en France pour améliorer la compétitivité. Ce que vous dites de l’Afrique, ce n’est pas comme si c’était limité à l’Afrique. Il y a eu des situations analogues avec l’Asie, avec l’Europe et l’Amérique latine. Il y a un problème de compétitivité de l’économie française, et il y a un certain nombre de politiques pour changer cela. Il y a un pacte de responsabilité, il y a un C.I.C.E. (Crédit d’impôt pour la compétitivité et l’emploi : NDLR), il y a des mesures d’attractivité , etc. Tout à l’heure, dans le colloque, on a beaucoup dit que les parts de marché de la France en Afrique, c’est 4,5 à 5% ; ça dépend des années. La part de marché total de la France dans le monde, c’est 3%. La part de marché que la France a en Afrique est supérieure à celle du reste du monde. Distinguez donc bien, la France a progressé avec l’Afrique. Le problème est qu’il y a eu beaucoup de gens en France pour ne pas croire aux chiffres quand on disait qu’il y a 5% de croissance du PIB et 20% de croissance des importations d’Afrique. Ce que nous avons manqué c’est l’ampleur, c’est la vitesse. Il ne faut donc pas caricaturer, nous n’avons jamais régressé. Nous ne sommes pas plus petits qu’auparavant. Et quand on dit que les entreprises françaises ont perdu des parts de marché, c’est des parts de marché relatives. Leurs chiffres d’affaires en Afrique ont doublé en dix ans. Les entreprises françaises en Afrique ont doublé en dix ans. Mais pour doubler en dix ans, il faut faire du 7% de croissance. Pendant que l’Afrique en échange internationaux a progressé de 20%. Vous voyez, quand vous doublez en dix ans, ce n’est pas comme si vous régressiez, vous ne vous rendez même pas compte que vous régressez parce que c’est de la valeur relative. Il y a eu un moment où il fallait croire, et moi cela fait dix ans que j’y crois. En 2005, j’ai accordé une interview à ‘’Le Point’’ dans laquelle j’ai dit qu’il fallait regarder les chiffres en Afrique. Je leur ai dit ; regardez ce qui se passe en Afrique. Pour leur dire ce n’est pas 5 mais 20%. C’est 5% de croissance en PIB, mais 20% en importation. On me disait que je faisais de l’afro-optimisme béat. Je leur avais dit que l’Afrique avançait quatre fois plus vite que ce qu’ils croyaient. Mais en face, j’avais des préjugés. Les préjugés, ça ne fait pas de mal aux gens sur qui on les porte, mais plutôt à celui qui les produit car il manque et rate quelque chose. Nous n’avons pas raté parce que nous ne sommes pas devenus plus petits, mais nous avons raté parce que nous n’avons pas vu que ça allait plus vite. Voilà l’erreur ! Je vous assure, nous sommes en 2015 et la majorité des gens dit toujours peut-être que l’Afrique croît un peu quand même. Mais personne ne voit encore l’ampleur et la vitesse. Pendant ce temps il y a des gens ; prenez la Chine au hasard, mais prenez la Corée et la Turquie qui ont fait progresser leurs échanges de 40% par an. Evidemment, quand l’Afrique va à 20% et vous à 40%, vous gagnez des parts de marché. Et nous, quand on va benoîtement à 7% de croissance, on est assez content, mais l’Afrique va à 20%. Voilà pourquoi je ne laisse pas dire que la France a régressé, elle n’a pas régressé. Elle n’a pas progressé assez vite ! La progression à l’africaine est quelque chose d’inouïe, on n’a presque jamais vu cela dans l’histoire (…) sur une période longue »

Propos recueillis par J.P. Oro

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