Dès les premières violences survenues au mois d’août suite à l’annonce de la candidature du président Alassane Ouattara pour l’élection présidentielle du 31 octobre 2020 et au mot d’ordre de désobéissance civile et autres menaces lancés par l’opposition, nombreux sont les Ivoiriens qui pris de panique du fait de la psychose et des fakenews sur les réseaux sociaux, ont décidé de faire un pas vers les pays voisins.
A l’ouest de la Côte d’Ivoire, ils étaient annoncés 8000, qui ont fui vers le Libéria. Dans le cadre d’une mission d’évaluation post-électorale dans le Cavally, notre équipe de reporters s’est rendue dans la localité de Toulepleu puis dans les villages de Pekan Barrage et Pekan village à la frontière avec le Libéria. Reportage.
Mardi 17 novembre 2020. Il est 10h30 lorsque notre équipe de reporters fait ses civilités au préfet du département de Toulepleu, Bini Koffi Etienne, à la préfecture en présence du secrétaire général de la préfecture, du chef de cabinet du préfet et du sous-préfet de Toulepleu.
Il est 10h45, lorsque nous quittons la ville de Toulepleu (650 km d’Abidjan) à l’ouest, pour le village de Pekan Barrage. Le préfet nous a prévenu. La voie menant à Pekan Barrage longue de 16km est en mauvais état.
Abord de notre voiture de type 4×4, nous empruntons une piste à peine reprofilée mais qui reste encore accidentée avec ses côtes qui font cadencer notre véhicule. Il est 11h40 lorsque nous arrivons à Pekan barrage puis à Pekan village cinq minutes plus tard, après avoir traversé les villages de Zoguiné, Gueya, Tiobly, Kloby et Pekanhouebly.
Selon plusieurs sources, ils seraient au moins 8000 Ivoiriens à avoir fui la ville de Toulepleu pour le Libéria voisin.
Mais en réalité, si ce chiffre est vu à la baisse, ces déplacés viennent de plusieurs localités de la Côte d’Ivoire.
Selon le préfet du département de Toulepleu et le Directeur général du Conseil régional du Cavally, ces personnes qui ont décidé d’aller se réfugier au Libéria avec une majorité à la frontière dans les villages de Pekan village et Pekan Barrage viennent de Bloléquin, de Daloa, de Danané et même d’Abidjan. Chacun avec son argument.
« Ceux de Bloléquin qui ont vu périr leurs parents dans le fleuve Cavally lors de la traversée pendant les crises de 2002 et 2011 ont décidé de passer cette fois par Pekan barrage pour atteindre le Libéria. D’ailleurs beaucoup sont restés à Pekan barrage, alors que la première ville du Libéria, B’Haï, est à 500 mètres du poste de contrôle frontalier à Pekan barrage » nous explique Tia Junior, un jeune de Pekan village.
Pekan village, avec ses 435 déplacés manque de tout.
Si le village de Pekan Barrage au poste de contrôle frontalier avec le Libéria compte 350 familles qui ont fui Guiglo, Bloléquin et autres localités de la région du fait des rumeurs d’un risque de violence à l’approche des élections, ils sont près 435 personnes qui elles ont fait le détour vers Pekan village, village voisin.
« Avant les élections, nous avons fait de la sensibilisation ensemble les allogènes et allochtones. Dieu merci les élections se sont bien passées ici. Il faut aussi noter que toujours avant le scrutin du 31 octobre nous avons accueilli près 435 déplacés qui fuyaient vers le Libéria. Seulement, alors que rien ne justifiait cet exode, notre modeste village de 999 âmes est surpeuplé. Actuellement si certains ont décidé de retourner dans leurs localités d’origine, beaucoup sont encore avec nous. Ce qui pose le problème d’hébergement, de nourriture mais et surtout pour un village qui manque de pompe hydraulique et de personnel de santé. Nous avons un centre de santé qui a vu son seul infirmier muté ailleurs après une année de service.
Sur le plan de la communication, il n’est pas normal que pour une localité située à la frontière avec un autre état, ne reçoive pas de signal téléphonique. Comment alerter en cas de sinistre ou d’attaque quelconque ? Vous verrez que la même préoccupation est partagée par les agents de la sécurité mixte postés à Pekan Barrage » nous explique Klagnon Maurice, chef de Pekan Village.
Le message de la présidente du conseil régional, Anne Ouloto qui a rassuré
Avant, pendant et après l’élection présidentielle du 31 octobre, le conseil régional avec à sa tête la ministre Anne Désirée Ouloto a mené une campagne de sensibilisation avec des messages de paix et de vivre ensemble. Des messages qui ont été entendus au regard du climat apaisé dans lequel s’est déroulée l’élection présidentielle.
« Son message a eu un effet, c’est pourquoi chez nous ici à Pekan village personne n’a bougé. Ce qui a aussi fait que tous ceux qui passaient par ici pour le Libéria ont décidé de rester ici, parce que leurs frères que nous sommes n’avons pas bougé » a renchéri Gnandé Koulaté Maturin, secrétaire du chef de Pekan Village dans la sous-préfecture de Tiobly à 3 km de B’Haï, premier village libérien à partir de la localité de Toulepleu.
Philippe Kouhon envoyé spécial dans le Cavally