AFRIKIPRESSE – Abidjan. Le monde n’en finit plus de subir les soubresauts du terrorisme. Charlie Hebdo à Paris en France en Janvier 2015, la Terrasse à Bamako au Mali en Mars 2015, le musée Bardo à Tunis en Tunisie en Mars 2015 et le campus universitaire de Garissa au Kenya en Avril 2015, sans oublier le Nigeria qui subit de manière récurrente les attaques de Boko Haram.
Sur ces quatre (4) attaques terroristes, trois (3) ont été perpétrées en Afrique de l’Ouest, du Nord et de l’Est. Les terroristes vont d’éclat en éclat en imposant au continent une vraie guerre asymétrique dont les instruments, les idéologies, les armes et le mode opératoire de destruction sont implantés pour imposer une vision d’un autre age contraire à la coexistence pacifique des religions.
L’attentat du campus universitaire de Garissa au Kenya est au delà de l’in-humanité, avec ses 148 morts dont 142 étudiants chrétiens, rappelant affreusement et douloureusement la sanglante prise d’otages en Russie dans une école d’Ossétie du Nord par des séparatistes tchétchènes, en 2004.
Les 142 étudiants à Garissa sont tombés au champ d’honneur sur un campus universitaire. Ils étaient des héros du front de la recherche du savoir dans le temple du savoir. Pour nous africains de l’Est à l’Ouest, du Nord au Sud, en passant par le centre, ils sont nos héros, et les héros ne meurent pas.
Face au terrorisme qui dissimule son énergie, sa capacité de nuisance et les déploie à dose calculée et précise, l’Afrique doit éviter de s’installer dans les critiques stériles, les déclarations de forme, les démonstrations tapageuses par voie de presse écrite et audiovisuelle, sur les réseaux sociaux, à travers des propos décourageants et ingrats à l’endroit de tous ceux africains et non africains qui aident à combattre et lutter contre le terrorisme sur le continent.
A la vérité, l’Afrique travaille à l’éradication des groupes terroristes qui sont devenus des organismes robotiques autonomes spécialisés dans le camouflage, l’embuscade, la complicité, le renseignement, l’infiltration, l’hibernation, l’attentat surprise,l’attaque suicide, la bombe humaine, la violence meurtrière en grandeur exponentielle. Les terroristes du continent aiment plus être devant la camera que derrière la camera pour avoir un nom, une signature, une marque de fabrique, un statut. Les africains ne doivent les aider et les accompagner dans l’atteinte de cet objectif spécifique de la menace et de l’entreprise meurtrières.
L’Afrique travaille avec ses moyens dérisoires, sa tension de trésorerie, l’énormité de ses besoins prioritaires et la faible préparation psychologique de ses populations pour mettre les consciences en éveil, prévenir le mal, avertir de l’existence du mal et agir.
L’Afrique remporte des succès contre le terrorisme dans la discrétion, le professionnalisme et la coopération, avec en ce mois d’Avril 2015, neuf terroristes tués en Tunisie, un otage hollandais libéré d’AQMI par les forces spéciales françaises, des morts, des blessés et des prisonniers parmi les jihadistes au Mali, le chef du groupe jihadiste AJNAD MISR tué en Égypte, le bombardement de deux (2) camps des shebabs en Somalie par l’aviation kenyane. L’Afrique n’a pas baissé la garde face au terrorisme et à l’intolérance religieuse.
Le terrorisme est plus une guerre idéologique qu’économique. Le terroriste ne craint pas la mort qui lui sert d’inspiration. Renoncer est un mot qui est étranger au terroriste. Toutes les atrocités humaines naissent dans l’innocence. Les populations innocentes africaines aident les terroristes par ignorance, injustice, lavage de cerveau, endoctrinement, coercition contre leur gré, vengeance, appât du gain en étroit lien avec les trafics d’armes et de drogue.
Sur le campus universitaire de Garissa, les terroristes ont pris en otage 400 étudiants. Profondément convaincus, endoctrinés et ancrés dans l’islamisation forcée de la société, les tueurs terroristes ont tiré au hasard, puis ont laissé partir les musulmans et tué 142 étudiants chrétiens. Avec cet acte odieux, l’Afrique doit se réveiller, se dépasser et comprendre que l’islam est désormais tributaire du fond de violence et de domination plus que de la forme de religion d’amour et de paix.
Mettant en garde contre le fondamentalisme religieux, à Izieu lors du 71 eme anniversaire de la rafle de 44 enfants juifs par la GESTAPO, le Président de la République française François Hollande disait : ” A chaque fois que des juifs sont tués parce qu’ils sont juifs, des chrétiens sont tués parce qu’ils sont chrétiens, des musulmans sont tués parce qu’ils sont musulmans, la barbarie n’a pas d’âge, de couleur et de limite. Plus que jamais, l’histoire nous livre ses leçons pour le présent “
La foi naît de ce que l’on entend. Il n’y’a pas d’hérésie ou de philosophies plus odieuse pour la religion que le dogmatisme ou l’obscurantisme de l’homme qui se prend pour Dieu sur terre ou qui croit agir au nom et pour le compte de Dieu. Le Dieu “Allah ” de l’islam, Puissant et Miséricordieux, Créateur du ciel et de la terre est seul à savoir qui il veut punir, qui il veut épargner. Le Dieu ” Allah ” est Compatissant. Il n’aime pas le péché mais aime le pécheur qu’il a crée à sa ressemblance et à son image. Tu ne tueras point est un des commandements de Dieu ” Allah ” c’est à dire tu n’ôteras point la vie à un être humain, sa créature.
L’Afrique est par essence plus collective qu’individuelle. Le plus grand défi auquel les africains sont confrontés face au terrorisme est le déficit d’implication des populations musulmanes dans la méthode, l’organisation, la communication, la sensibilisation, la mobilisation et la pédagogie sur la démarcation et la différence entre l’islam, une religion de paix, de partage, d’ouverture qui accepte la coexistence avec les autres religions. Cet engagement doit se faire pour éviter que les innocents paient pour les dogmes, les erreurs, les engagements, les politiques d’une vision sectaire musulmane qui cherche la domination de l’islam sur les autres religions.
Face au terrorisme à connotation religieuse, l’islam doit résorber l’islamisme par les onze (11) solutions suivantes:
1. mettre de l’ordre dans la maison islam ;
2. désacraliser la violence meurtrière ;
3. bannir la destruction des acquis démocratiques, économiques et sociaux par les fusils, les grenades, les bombes et les attaques suicides ;
4. faire un toilettage au niveau des textes, des commentaires, des prêches, de l’éducation et de la formation religieuses au lieu d’une révolution religieuse ;
5. aider à résorber la méfiance, la haine et la peur des autres à l’égard du musulman qui est désormais pris en otage par les aissemets terroristes dont il n’est ni responsable ni comptable ;
6. prôner un islam tolérant, intégrateur, légaliste en conformité avec le droit en vigueur ;
7. ouvrir les yeux sur la vulnérabilité des musulmans tolérants mais cibles collatérales de l’intolérance religieuse fondamentaliste parmi environ 500 millions de chrétiens que compte l’Afrique ;
8. faire comprendre que la détermination des islamistes à faire gagner du terrain à la violence en Afrique révèle la faiblesse de l’approche attentiste de l’élite musulmane, des guides religieux, dans la réaction tardive dans la communication, la sensibilisation, la vulgarisation, la mobilisation, la pédagogie, l’éducation et la formation religieuse sur la menace stratégique et imminente de l’islamisme ;
9. ne plus faire de l’islam un acteur neutre ou désespérément absent mais sérieux et de bonne foi contre le terrorisme ;
10. ne pas confondre islam et islamisme ;
11. ne pas favoriser l’ambition islamiste comme prétention de domination et de risque émergent pour l’Afrique.
Laurent Maurice Kouakou
chroniqueur expert consultant